BERGER

Publié le par FSC

Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, livre ses impressions sur les mesures annoncées jeudi soir par le président de la République, Emmanuel Macron, pour faire face à l’épidémie du coronavirus.

Le coronavirus, c’est aussi une crise sociale ?

Nos sociétés sont fragiles. C’est ce que nous enseigne le coronavirus. On voit qu’une crise sanitaire peut déboucher sur une crise économique et financière avec potentiellement de graves conséquences sociales. Ce choc intervient par ailleurs dans un contexte de forte défiance et de tensions dans la société. En attendant, l’urgence, c’est d’abord de répondre aux enjeux de santé et de protéger les personnes les plus vulnérables. C’est ce que le Président de la République a essayé de faire jeudi soir.

Le Président de la République a su trouver les mots justes ?

Oui, je le crois. C’était un discours grave. Et il a su trouver les mots justes quand il a parlé des hôpitaux publics. Il faudra maintenant traduire cela de façon concrète. L’autre bonne nouvelle, c’est qu’il est très offensif sur le chômage partiel avec une prise en charge à 100 % par l’État. Il suit l’exemple de l’Allemagne en 2008.

Les mesures annoncées seront-elles suffisantes ?

Tous les leviers disponibles doivent être activés : aides aux secteurs et aux entreprises en difficulté, soutien au maintien des emplois, télétravail, aide aux parents. On peut par exemple s’appuyer sur les dispositifs liés à la formation. Il ne faut pas oublier les plus précaires. J’espère que le gouvernement va renoncer à la mise en place de la réforme de l’assurance chômage prévue le 1eravril qui durcissait les règles d’indemnisation pour ceux qui alternent contrats courts et périodes de chômage. Beaucoup travaillent dans la restauration, le tourisme ou l’événementiel, des secteurs qui subissent de plein fouet les conséquences de la crise du coronavirus avec la fin de contrats à durée déterminée. Par ailleurs, que deviennent les vacataires qui travaillent dans les centres de loisirs ? Que se passe-t-il pour les salariés des particuliers employeurs qui ne disposent d’aucune solution pour la garde de leurs enfants. Le gouvernement s’est dit disposé à regarder toutes ces situations. Nous aurons besoin pour cela de dialogue social à tous les niveaux : dans les entreprises, les secteurs professionnels et au niveau national.

C’est le fonctionnement même de notre société qui est en jeu ?

C’est notre modèle de développement qui est questionné. Le coronavirus remet en lumière des questions qui étaient déjà posées avant cette crise : la relocalisation de certaines activités de production, l’organisation de nos filières industrielles, la place de l’hôpital public, de nos services publics et l’importance de l’Europe.

Est-ce que l’Europe, justement, a été à la hauteur ?

La Confédération européenne des syndicats (NDLR. présidée par Laurent Berger) a fait une déclaration appelant l’Europe à être offensive pour faire face à cette crise. Pour l’instant, la réponse n’est pas suffisante. Mais il est encore possible de rectifier le tir.

Comment poursuivre la réforme des retraites dans un tel contexte ?

Travaillons sur ce qui nous unit aujourd’hui : faire face à cette crise. Il n’y a aucune urgence ailleurs. La réforme des retraites peut être reportée de trois ou six mois sans que cela pose de problèmes. Nous sommes dans une société où les affrontements prévalent déjà trop souvent sur ce qui nous unit »

 
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