Le SNESup-FSU joue les va-t-en-guerre

Publié le par FSC

 

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Déclaration du Front Syndical de Classe

 

 

Le SNESup-FSU1joue les va-t-en-guerre

 

 

La direction du SNESup avait déjà banni, lors de son congrès en 2011, toute discussion à propos de la guerre en Libye et d'une intervention de l'OTAN.

Aujourd'hui, concernant la Syrie, elle franchit une étape supplémentaire en se faisant le supplétif des va-t-en-guerre. Le communiqué publié le 23 octobre 2012 intitulé « Le SNESUP aux côtés du peuple syrien » est particulièrement instructif.

 

Le SNESUP aux côtés du peuple syrien

1) Le SNESUP est en contact avec les mouvements d’"activistes" syriens qui sont engagés dans le combat contre la dictature en place depuis 42 ans, pour la chute du régime et l’instauration d’une alternative démocratique.
2) Le SNESUP exerce une veille d’information sur la situation de la Syrie et de sa population, notamment sur la situation des universitaires et étudiants, afin de la faire partager par le canal de ses médias. Il est prêt à inviter des représentants syriens à venir faire des points sur la situation.
3) Le SNESUP est solidaire du peuple syrien et participe aux événements visant à informer sur la situation du pays, à dénoncer la dictature, à exiger des sanctions contre les agents du régime et leur traduction devant le Tribunal Pénal International, mais aussi des sanctions économiques visant le régime.
4 ) Le SNESUP contribue à la mobilisation des syndiqués et des collègues pour peser dans le rapport des forces en faveur d’une issue démocratique à la révolution syrienne.
5) Le SNESUP s’inscrit en faux contre les mouvances qui s’emploient à minimiser la dévastation de la Syrie par le clan Al Assad, à établir une symétrie entre régime et opposants, à occulter l’intervention des pays tiers permettant aujourd’hui au régime Al Assad de perdurer.
6) Le SNESUP contribue dans la FSU et au contact des autres organisations à faire partager l’urgence d’une dénonciation du régime, d’une solidarité en actes et d’un soutien du mouvement social français à une alternative démocratique. Le SNESUP participe notamment au Comité de Secours à la population syrienne.
7 ) Comme dans d’autres conflits, le SNESUP appelle de ses vœux des solutions passant par des voies pacifiques. Il considère qu’une conflagration armée impliquant au Proche Orient des puissances étrangères n’est pas l’issue pour le peuple syrien.
8 ) On sait que les insurgés syriens demandent à la communauté internationale une protection, mais aussi une force d’interposition, notamment celle de casques bleus sous mandat international, et un acheminement des secours qui soit sécurisé. Ces demandes, jusqu’ici non satisfaites, appellent une réflexion suite aux fiascos survenus dans d’autres régions du monde aux dépens de populations exposées à un massacre effectif (neutralité mortifère en Bosnie, …).

Le Bureau National du SNESUP du 23 octobre 2012

 

 

Le Bureau National du SNESUP postule donc que toute opposition à cette offensive occidentale en Syrie vaut appui à une infâme dictature qui accable un peuple presque entier.

Pourtant, selon les aveux publics du général Westley Clark en 2007, l’offensive contre la Syrie a été programmée par les États-Unis depuis 2001 au moins, et de nombreuses sources confirment que l’État syrien a fait de longue date l'objet de préparatifs, politiques, idéologiques, militaires de guerre du même type que ceux qui ont présidé aux guerres conduites notamment contre l’Irak, l’Afghanistan, la Yougoslavie et la Libye. D'ailleurs, la vision « occidentale » adoptée par le SNESUP est antagonique de celle des universitaires syndiqués d’Afrique et du Proche-Orient opposés aux interventions extérieures en Syrie comme au Mali et évidemment comme en Iran, soulignant aussi la répression terrible de la révolte à Bahreïn, l'intervention des troupes de l’Arabie saoudite... et le silence de l'occident.

Au minimum, la direction du SNESUP, qui n’a soumis au débat ni le dossier de Libye ni celui, en cours, de la Syrie, doit créer les conditions d’une telle confrontation des thèses.

Pourquoi dissimule-t-elle aux syndiqués que l’Occident, toutes forces réunies, soutient et arme par toutes les voies clandestines possibles, y compris des « agents spéciaux » la présumée Armée syrienne de Libération, sur laquelle circulent, du Figaro au Canard enchaîné, les informations les plus effrayantes? Pourquoi leur cache-t-elle le financement et l’armement massifs et notoires de l’ASL et assimilés par le Qatar et l’Arabie Saoudite avec le soutien et la participation des officiers américains de la CIA, français de la DGSE, turcs et britanniques? (cf. Canard enchaîné du 9 octobre). Ces soutiens seraient-ils apportés en vue d’« une alternative démocratique »?

Dans le même temps, pourquoi la direction du Snesup omet-elle de nommer ses ennemis, la Russie et la Chine – ainsi que la plupart des pays non occidentaux   quand elle désigne « l’intervention des pays tiers » ? L’expression « intervention des pays tiers » ne vise ici que celle des pays du camp défini comme ennemi. Bafouant tout esprit critique, les universitaires sont sommés par leur syndicat de choisir le seul « bon camp », l’occidental2.

Quand le Snesup « exige […] aussi des sanctions économiques visant le régime », a-t-il oublié que la demande puis l’application « des sanctions économiques3 » ont constitué le b. a.-ba de la tactique pratiquée contre tous les pays frappés par les guerres rappelées ci-dessus, et qui a précédé sans exception la guerre d’agression stricto sensu, contre la Libye en dernière date ?

De même, le SNESUP soutient la demande par les « insurgés syriens […] à la communauté internationale [d’]une protection, mais aussi [d’]une force d’interposition, notamment celle de casques bleus sous mandat international, et un acheminement des secours qui soit sécurisé ». Or, chacune des guerres récentes des Occidentaux a été précédée de ce genre d’appels « intérieurs »4mais en outre, la direction du SNESUP réduit « la communauté internationale » 1° à la « communauté occidentale » que dirigent les États-Unis à l’ONU et 2° à l’OTAN placé sous leur direction : autrement dit, et pour la première fois de son histoire, elle soutient ouvertement et exclusivement le camp impérialiste ou qu’elle définissait encore ainsi il y a peu.



Pourquoi, s’alignant sans réserve sur les thèses occidentales, le SNESUP ne dit-il pas à ses syndiqués que les porte-voix des guerres relevant prétendument « du droit d’intervention humanitaire » réclament à nouveau la guerre contre la Syrie. Bernard-Henri Lévy appelle une fois de plus à l’hallali sous le prétexte, révélé faux (voir le Canard enchaîné), que « Pendant qu'on envoie des médicaments, les Russes envoient des armes, les Iraniens des combattants ». Et de réclamer « la création, comme en Libye, « d'une “no-fly zone” » (l’intéressé pratique volontiers la langue des maîtres, oubliant la sienne). Chacun se rappelle que le bobard de « la zone d’exclusion aérienne » a immédiatement précédé la guerre stricto sensucontre la Libye.

Bref, le Bureau National du SNESUP adhère à cette nouvelle mouture du droit d’intervention naguère théorisé par M. Kouchner, ministre selon les cas de gauche ou de droite. Le SNESUP prétend bien sûr prôner des « solutions passant par des voies pacifiques [sachant] qu’une conflagration armée impliquant au Proche-Orient des puissances étrangères n’est pas l’issue pour le peuple syrien », posture hypocrite ou imbécile tant les précédents échelonnés de 1991 à aujourd'hui permettent d’affirmer que toutes les mesures qu’il prescrit ont servi de thèmes de lancement aux autres guerres coloniales d’agression.

 Après avoir jusqu'ici interdit tout débat, la direction du SNESUP laisse désormais poindre la censure contre toute critique par sa dénonciation, vague et menaçante, des « mouvances » dissidentes. Pourquoi ne pas d’emblée qualifier les opposants de « rouges-bruns » le font à tout propos, ces derniers temps, de prétendus « antifascistes »? Ce très grave point 5 amorce la remise en cause des traditions, particulièrement solides dans notre organisation, de débat démocratique.



A l'inverse du comportement adopté depuis la guerre contre la Libye, tendant désormais vers le soutien ouvert des guerres coloniales, le Bureau National du SNESUP a actuellement pour seul devoir de soumettre la question syrienne au débat, d’inciter les syndiqués à une information contradictoire, et ce d’autant plus que chacun sait qu’après l’assaut contre la Syrie viendra l’attaque contre l’Iran.

Les syndiqués doivent être en mesure de comprendre pourquoi et au nom de quoi leur syndicat abdique son long passé de lutte anti-impérialiste et s’aligne sur un gouvernement français de « gauche » dont l’engagement aux côtés des États-Unis et de l’OTAN est aussi enthousiaste que celui d’un président volontiers qualifié d’« américain ».

 

Front Syndical de Classe-Education, le 30 octobre 2012

 

 

1Le Syndicat national de l'enseignement supérieur est un des syndicats nationaux de la FSU

2-Lire l’ouvrage d'Anne Morelli, Principes élémentaires de propagande de guerre applicables en cas de guerre chaude, froide ou tiède, 1ère édition 2001, dernière édition Aden 2010.

3-Les « sanctions économiques » ont provoqué la mort de 500 000 enfants en Irak, chiffre que Madeleine Albright, précédente secrétaire d’État américaine, jugeait « valoir la peine », confronté aux immenses avantages de l’établissement de la « démocratie » en Irak. On peut aujourd'hui mesurer les effets de la guerre des États-Unis avec leur cohorte de l’OTAN contre l’Irak, effets dont la direction du SNESUP n’informe pas ses syndiqués.

4-sachant que ceux qui les lancent sont mandatés par leurs tuteurs occidentaux pour remplacer les dirigeants des régimes vaincus (dans des pays également vaincus et ravagés), avant de céder tout ou partie des ressources nationales à ces « sauveurs » ou « fondateurs » occidentaux de la démocratie. Que les champions de l’intervention « démocratique » ou « humanitaire » nous citent un seul exemple non conforme à ce modèle.

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