Pour les dépenses de guerre ils taillent dans TOUS les budgets sociaux !
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| Déjà près de 100 000 étudiants se retrouvent, depuis le 1er juillet, brusquement amputés de cette aide vitale de 100 à 250 euros par mois. © Stevens Tomas/ABACA |
Commandé par le premier ministre, un rapport préconise de réviser le mode de calcul des APL pour les étudiants, en tenant compte des revenus des parents. Une mesure qui nie l’existence de ruptures familiales et la volonté d’émancipation des jeunes.
Dans un rapport commandé par le gouvernement afin de réformer les politiques familiales, l’Inspection générale des finances et l’Inspection générale des affaires sociales préconisent dix mesures résolument antisociales pour réaliser 4,2 milliards d’économies. Parmi elles, la révision du mode de calcul des aides pour le logement (APL) pour les étudiants.
Jusque-là détaché du revenu des parents, le rapport suggère de les calculer en fonction des revenus de ces derniers. « Bien plus qu’un simple changement de calcul, cela va entraîner la suppression directe des APL de plus de 200 000 étudiants et la baisse de l’allocation pour 150 000 étudiants supplémentaires », alerte l’Union étudiante.
Le syndicat met en garde sur des conséquences dramatiques : « La mise en place de ces recommandations par le gouvernement mettrait à la rue des dizaines de milliers d’étudiants et entraînerait par conséquent la fin de leurs études ».
Un étudiant sur deux déjà en situation de mal-logement
Chaque été déjà, c’est le parcours du combattant pour les futurs étudiants afin de trouver un toit. Car dénicher un logement étudiant abordable en France relève aujourd’hui du miracle. Le loyer moyen d’un studio indépendant s’élève à 550 euros par mois. Une somme qui engloutit à elle seule plus de 60 % du budget moyen d’un jeune, dans un contexte de saturation chronique des résidences du CROUS.
Faisant fi de cette réalité, le rapport ambitionne de récupérer 550 millions d’euros sur le dos des étudiants en brisant leur autonomie fiscale. Selon les projections des inspecteurs, cette mesure « conduirait à diminuer les APL perçues par 310 000 foyers, dont 200 000 en perdraient le bénéfice ».
L’argumentaire officiel se veut moralisateur : l’exécutif affirme vouloir « corriger les injustices » (SIC !) d’un système qui profiterait à « des familles aisées ». Pour l’Union étudiante, le son de cloche est tout autre. « Ces mesures antisociales visent à asphyxier encore davantage les plus précaires ».
Le syndicat rappelle une réalité que le gouvernement n’entend pas prendre en compte : « Actuellement, un étudiant sur deux est déjà en situation de mal-logement et 48 % d’entre eux ont déjà renoncé à se nourrir pour des raisons financières. Ils sont 78 % à avoir sacrifié un poste de dépense essentiel. »
Non seulement rattacher les APL aux ressources parentales pénaliserait de plein fouet les classes moyennes, mais cela nierait aussi l’existence des ruptures familiales et la volonté d’émancipation des jeunes. De son côté, l’UNEF dénonce un acharnement structurel contre la jeunesse et un démantèlement méthodique.
Le syndicat étudiant historique précise que « le coût de la vie universitaire a bondi de plus de 30 % depuis 2017, transformant les campus en usines à précarité ». Pour sa direction nationale, saboter l’indépendance financière des étudiants, à l’heure où les files d’attente aux banques alimentaires atteignent des records, représente « un non-sens ». Le syndicat fustige « un calcul de boutiquier qui va forcer des dizaines de milliers de jeunes au salariat précaire ou au décrochage scolaire direct, sous prétexte de vider les caisses de l’État social ».
Les étudiants étrangers premiers à avoir été visés
Les étudiants étrangers hors Union européenne et non boursiers ont été les premiers à faire les frais de cette politique gouvernementale pour le moins scabreuse. Par un décret d’application publié le 28 juin, l’État les a exclus des critères de l’APL. Près de 100 000 étudiants se retrouvent, depuis le 1er juillet, pris au piège de loyers impayables, brusquement amputés d’une aide vitale de 100 à 250 euros par mois.
Avec les syndicats étudiants, la Fondation pour le logement s’était fermement opposée à cette bascule en déposant une contribution extérieure auprès du Conseil constitutionnel. Pour l’ex-Fondation Abbé-Pierre, cette exclusion arbitraire s’apparente à l’instauration d’une véritable « préférence nationale dans l’aide au logement ».
L’organisation a alerté sur les conséquences directes d’une telle mesure, la qualifiant de « véritable machine à fabriquer de la précarité extrême, qui va pousser des milliers de jeunes vers la rue ou vers des marchands de sommeil, mettant en danger leur santé et leur dignité ». À l’Union étudiante, on reste lucide sur les objectifs du gouvernement : « Cette exclusion brutale sert de laboratoire idéologique. L’exécutif s’attaque d’abord aux droits des étudiants étrangers pour faciliter la généralisation des attaques contre les droits de tous ».
Une mobilisation prévue le 15 septembre
Face à ces économies de bout de chandelle, les syndicats étudiants et les associations du droit au logement ont depuis longtemps apporté des alternatives concrètes comme l’encadrement strict des loyers du privé dans toutes les grandes villes universitaires, l’investissement massif dans le logement social étudiant afin de construire au plus vite les 150 000 places Crous manquantes, la taxation des logements vacants ou encore la suppression des niches fiscales qui profitent aux plateformes de location de courte durée type Airbnb.
L’Union étudiante a d’ores et déjà annoncé une mobilisation générale dès la rentrée universitaire en appelant l’ensemble de la jeunesse à « descendre dans la rue le 15 septembre » pour défendre l’université des droits et le droit à l’émancipation de toute une génération.
Le ministère de l’Économie, de son côté, a salué « un travail de grande qualité » de la part de l’Igas et de l’Igf, tout en prenant soin de préciser que le rapport « n’engage que ses auteurs » et qu’il « ne préjuge pas des décisions qui seront prises par le gouvernement », à l’heure où l’exécutif doit préparer le projet de loi de finances pour 2027.
