Un « acte III » promis par l’Union syndicale lycéenne ce mardi 6 octobre

Publié le par FSC

Les agences de presse du 05 octobre 2026

Devant le lycée Louis-le-Grand, à Paris, le 2 octobre 2026. SIMON WOHLFAHRT/AFP

 

L’Union syndicale lycéenne a promis un « acte III » mardi 06 octobre. Plusieurs syndicats et des associations, comme la Ligue des droits de l’homme, accusent le gouvernement de « réprimer » les lycéens avec une brutalité « disproportionnée », pour faire taire des revendications « légitimes ».
Une vaste intersyndicale de l’éducation nationale a appelé à participer aux mobilisations de mardi. La CGT a quant à elle promis d’être « aux côtés » des lycéens, pour notamment « sécuriser » les manifestations, et a appelé les salariés de l’énergie, en grève, à les rejoindre.


Il aura fallu à peine dix jours pour qu’un blocage, organisé le 21 septembre dans un lycée de Créteil afin de dénoncer des postes vacants, fasse tache d’huile dans la banlieue parisienne, avant de gagner tout le pays. Le mouvement lycéen, qui entre, lundi 5 octobre, dans une troisième semaine s’est d’ores et déjà hissé au rang des plus importantes mobilisations adolescentes des dernières décennies par son ampleur et sa nature.


Signe de la fébrilité ambiante : rien qu’en Ile-de-France, 160 lycées sont fermés lundi, soit près d’un tiers d’entre eux.
Jeudi 1er octobre, jusqu’à près de 30 % des 3 600 lycées du pays ont été mobilisés et des actions sont recensées chaque jour dans de nouveaux établissements. Des milliers de lycéens manifestent en banlieue, dans la capitale, dans les grandes villes, ainsi que dans de plus petites communes. Ils se mobilisent majoritairement dans le public, mais aussi dans le privé ; en voie générale et technologique comme au lycée professionnel.
Sur tous les blocages, les lycéens conspuent ainsi, pêle-mêle, un manque de personnel, des enseignants non remplacés, des « classes à 35 élèves », des emplois du temps trop chargés, la plateforme Parcoursup qui « décider[ait] de leur avenir », ou encore des bâtiments vétustes.


Derrière les slogans adolescents en apparence désordonnés, on retrouve une préoccupation partagée pour l’égalité des chances, dans un pays où l’origine sociale pèse lourdement sur la réussite scolaire, et des maux bien documentés.
La génération de lycéens d’aujourd’hui est celle du pic démographique de 2010, dont la scolarité dans le secondaire a été marquée par les conséquences des milliers de suppressions de postes décidées dans les collèges et lycées sous les deux mandats d’Emmanuel Macron. L’enseignement secondaire public compte aujourd’hui moins d’enseignants qu’en 2008, alors qu’il scolarise 250 000 élèves de plus. Les effectifs n’ont ainsi cessé d’augmenter dans les lycées généraux et technologiques : dans le public, plus de 70 % des classes comptent plus de 30 élèves, voire plus de 35 dans 20 % des cas.


Ceux-ci subissent, en outre, les effets de la crise de recrutement historique que traverse l’éducation nationale. Entre la hausse des postes vacants et la contraction du nombre de remplaçants depuis vingt ans, le volume des absences de longue durée (plus de quinze jours) non remplacées a doublé entre 2018 et 2024. Des difficultés particulièrement prégnantes dans les académies de Créteil et de Versailles, d’où est parti le mouvement.
Le mécontentement concernant les emplois du temps en voie générale fait aussi écho à des constats dressés dès 2023 par l’inspection générale de l’éducation nationale dans son bilan de la réforme du lycée, instaurée en 2018 – elle fut à l’origine du dernier mouvement lycéen. Avec la création de 12 spécialités à combiner, la réforme a considérablement complexifié la fabrique des emplois du temps. « Ils apparaissent très denses, et, surtout, pas toujours bien équilibrés, ce qui complique beaucoup la vie hors de l’établissement, notamment pour ceux qui dépendent des transports scolaires », notaient les inspecteurs.


La vétusté des locaux est également un problème connu. Les lycées français sont en moyenne vieux de soixante et un ans, et même soixante et onze dans le cas des lycées professionnels. A peine 15 % du parc a été construit ou rénové depuis 2015 ; plus d’un tiers des établissements ont atteint leurs pleines capacités d’accueil ou les ont dépassées. Les bâtiments scolaires, gérés par les collectivités locales, sont très majoritairement inadaptés à la chaleur, et la génération actuelle des lycéens est aussi celle qui éprouve depuis plusieurs années les périodes de scolarité et les examens maintenus sous canicule. « 40 °C pendant le brevet, c’est pas OK !!! », pouvait-on ainsi lire sur certaines pancartes.


Quant à la plateforme Parcoursup, elle est associée à une pression croissante sur les résultats scolaires et cristallise toutes les problématiques liées à l’orientation, qui « génère beaucoup d’insatisfaction et d’angoisse », relève le sociologue Olivier Galland. Dans une étude qu’il a réalisée en 2024 pour l’Institut Montaigne, 77 % des jeunes se disaient stressés par Parcoursup et 21 % souhaitaient sa disparition.
« Il y a un malaise profond dans cette population scolaire du secondaire, analyse plus largement le sociologue. Mettre le feu à son établissement, c’est symboliquement très fort. On peut penser que ce mouvement est lié aux ratés de la massification scolaire et à l’intensification de la compétition entre les élèves. Une partie de ces jeunes se sentent relégués, ils ont peur d’être orientés vers des voies de garage. »

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