UE : une association de malfaiteurs

Publié le par FSC

 

L'Union européenne « n’est pas ce qu’en disent en général ses promoteurs, un moyen d’améliorer le niveau de vie général des populations. C’est une entente, une association des grands capitalistes en vue d’essayer de surmonter leurs contradictions et de renforcer leur puissance sur le dos des masses exploitées. » (B. Frachon, 1962)

 

Alors que c'est au nom de l'Euro et des déficits que sont imposés, aujourd'hui en Grève ou en Espagne, demain en France, des reculs sans précédent pour les travailleurs, le Front Syndical de Classe publie ces extraits d’un discours prononcé par Benoit Frachon, alors secrétaire général de la CGT, en 1964 devant le Conseil général de la Fédération Syndicale Mondiale. Ces paroles font  ressortir la terrible responsabilité et les reniements de ceux qui, aujourd’hui, ne jurent plus que par la Confédération Européenne des Syndicats, laissant le champ libre à l'extrême-droite pour récupérer et détourner l'opposition ouvrière et populaire à l'Europe du Capital.

 

 

« Au cours de ces dernières années, la constitution du Marché commun a été présentée comme répondant aux nécessités du développement économique et social de l’heure, comme une réalisation qui apportera le bien-être aux peuples intéressés. On a même flatté les sentiments profonds de la classe ouvrière pour un rapprochement entre les peuples, en la présentant comme un pas vers l’internationalisme.

 

La CGT a dénoncé ces mensonges et mis à jour le caractère impérialiste de cette opération des monopoles qui ne visait ni au bien des peuples ni à l’amélioration des conditions de vie et de travail des prolétaires ni à l’établissement d’une amitié entre les peuples favorables à la paix, mais uniquement aux intérêts des capitalistes, placés dans les conditions actuelles, devant la nécessité d’une concentration industrielle et bancaire de plus en plus impérieuse.

 

L’une des objections qui était faite à notre position par ceux qui étaient impressionnés par les campagnes en faveur du Marché commun, ou qui estimaient qu’on pouvait infléchir la position des monopoles, était que nous tournions le dos à l’histoire, que nous nous opposions au progrès de la société humaine en nous opposant au développement et à la concentration des moyens de productions.

 

Le problème est, pour les organisations ouvrières, de prendre résolument la défense des travailleurs et des masses populaires qui sont appelés à faire les sacrifices de cette opération des monopoles, et non de justifier ou d’admettre, si peu que ce soit, sous prétexte que cette concentration est inévitable en régime capitaliste, les opérations réactionnaire qu’elle appelle.

 

Le Marché commun n’a pas et ne pouvait pas aboutir à l’amélioration de la situation de la classe ouvrière. Il l’a aggravée. Le Marché commun, sous le signe des monopoles, ne pouvait pas ne pas aboutir à ce que ces derniers dominent de plus en plus l’Etat dans chacun de ses pays où tous les gouvernements exécutent désormais fidèlement leur politique.

 

La domination des monopoles qui a abouti, dans tous les pays du Marché commun, à l’installation de gouvernements à leur dévotion, est une menace permanente pour les libertés ouvrières et démocratiques. Les mesures déjà prises, celle dont on nous menace en permanence contre le droit de grève, deviendront de plus en plus la règle commune au fur et à mesure que s’exacerberont les antagonismes de classe.

 

C’est seulement ainsi qu’on peut amener la classe ouvrière, alliée aux autres travailleurs à la seule solution possible du problème : l’élimination des monopoles.

 

Le vrai problème pour les organisations ouvrières est donc celui de briser cette puissance que constituent les monopoles et de les priver de leurs moyens d’action.

 

Nous le disons très franchement aux militants des organisations qui participent aux institutions du Marché Commun, nous n’avons aucune confiance dans la possibilité de transformer ces organismes, de les infléchir vers une politique différente.

 

Quelles que soient les modifications qui puissent leur être apportées, ils poursuivront leur politique actuelle aussi longtemps que les représentants des monopoles et les gouvernements à leur dévotion en seront les animateurs et les bénéficiaires. Ce n’est ni dans ces organismes, ni au simili parlement de Strasbourg, que sont élaborées les décisions à prendre et les orientations à donner. C’est dans les conseils d’administration des Banques et les hautes sphères dirigeantes des monopoles que tout est réglé selon un principe immuable : servir les intérêts des potentats modernes, même en écrasant tout ce qui s’y oppose. C’est à ces directives qu’obéissent, et les fonctionnaires les plus hauts placés, et les représentants des gouvernements. Les projets et les plans qui ne répondraient pas à ces données n’ont aucune chance de voir la moindre application, car ce sont eux-mêmes, les monopoles et les gouvernements, qui sont chargés de cette application.

(…)

 

Cela nous amène à donner notre opinion sur les questions de supranationalité et du fétichisme créé autour de la « nation européenne », voire des Etats-Unis d’Europe.

 

Nous n’avons pas le droit de nous griser de paroles et de prendre des rêves pour des réalités. Les nations existent avec leur histoire, les traditions dans lesquelles elles se sont formées, leurs coutumes, leur culture, leur langue, leur développement économique et social, différent d’un pays à l’autre, et par conséquent avec des besoins différents.

 

Pour parvenir à des progrès, il faut aussi, dans chaque pays, changer les gouvernements domestiques des monopoles. La classe ouvrière ne peut le faire seule. Elle doit réaliser l’alliance avec les autres couches sociales victimes des monopoles et les conditions de cette alliance sont nécessairement différentes dans leurs détails, d’un pays à l’autre. Il est peu, ou même pas du tout probable que de tels changements surviennent en même temps dans tous les pays du Marché commun mais un succès dans l’un de ces pays aidera à faire avancer les autres dans ce sens.

 

Est-ce faire preuve de nationalisme ou bien plutôt d’un souci des réalités que de tenir compte de ces faits ? Est-ce servir les intérêts profonds des travailleurs et des peuples des pays du Marché commun, que d’adopter le cosmopolitisme des monopoles dont la patrie se trouve partout où ils réalisent des profits ?

 

Nous nuirions à la collaboration fraternelle des peuples, nous retarderions l’union ouvrière pour le progrès, pour la liberté et la paix, si nous laissions croire un seul instant que dans l’Union européenne que les capitalistes veulent réaliser, il y a la moindre parcelle de cet internationalisme auquel aspirent les travailleurs. Nous devons au contraire démasquer leurs subterfuges et expliquer que les Etats-Unis d’Europe dont parlent d’abondance les représentants les plus typiques des monopoles, ne seraient qu’une simple association réactionnaire d’exploiteurs unissant leurs efforts pour maintenir les peuples sous leur domination, et empêcher l’évolution de la société vers le socialisme, vers une véritable collaboration fraternelle des peuples. »

 

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