"Le syndicalisme poursuit la coordination des efforts ouvriers, l'accroissement du mieux-être des travailleurs par la réalisation d'améliorations immédiates. (...) Mais cette besogne n'est qu'un côté de l'œuvre du syndicalisme : il prépare l'émancipation intégrale, qui ne peut se réaliser que par l'expropriation capitaliste."
Charte d'Amiens
En finir avec le vote utile ... OU comment depuis longtemps, pour éviter le pire on a été conduits au pire actuel !
Publié le
par FSC
Jean-Paul LEGRAND
Je ne résiste pas à recopier une réflexion solide de Jean-Paul LEGRAND sur l’élection Présidentielle
LE RN, PRODUIT DE QUARANTE ANS DE POLITIQUES LIBÉRALES
À chaque élection, le même scénario se reproduit. Les citoyens sont appelés non pas à voter pour leurs convictions ou leurs intérêts de classe, mais à voter contre un danger présenté comme imminent : celui du fascisme. Le problème c’est que ceux qui hurlent contre le retour du fascisme n’ont pas vu qu’il est dejà là, qu’il ne prend pas ses formes du XXeme siècle, qu’il est intrinsèque à l’évolution du capitalisme impérialiste, que les conditions sont mûres pour si nécessaire le capital puisse utiliser le RN pour garantir et perpétuer sa domination
Depuis plus de trente ans, le Rassemblement national est utilisé comme l’épouvantail permettant de discipliner électoralement les catégories populaires. À droite, au centre et parfois même à gauche, le même argument revient : il faudrait suspendre les revendications sociales, oublier les divergences politiques et se rallier au candidat supposé le mieux placé pour faire barrage à l’extrême droite.
Autrement dit abandonner la lutte des classes, abandonner tout projet d’une société socialiste a tendance communiste. Or ce n’est pas en affaiblissant le communisme qu’on combat le fascisme, c’est tout le contraire.
Plus la stratégie de l’effacement communiste liée à celle du vote utile est utilisée, plus le RN progresse. Ce simple constat devrait conduire à s’interroger sur son efficacité réelle. Car le RN n’est pas né d’un accident de l’histoire. Il est le produit direct de décennies de politiques libérales qui ont détruit des emplois industriels, fragilisé les services publics, affaibli les protections collectives et plongé des millions de travailleurs dans l’insécurité sociale.
Le RN est la continuité logique du capitalisme impérialiste comme Trump l’est aux Etats-Unis. À mesure que les gouvernements successifs ont renoncé à répondre aux besoins populaires, ils ont créé les conditions de la colère, du désespoir et du ressentiment sur lesquels prospère aujourd’hui l’extrême droite.
La montée du RN ne peut donc être comprise indépendamment des choix économiques qui ont organisé le déclassement social d’une partie croissante de la population. Ceux qui prétendent combattre le RN sans remettre en cause les politiques qui l’ont fait naître se condamnent à traiter les conséquences tout en préservant les causes.
LE RN : UNE ROUE DE SECOURS DU CAPITAL
Mais reconnaître les causes de la progression du RN ne signifie nullement considérer ce parti comme une solution. Bien au contraire. Derrière sa rhétorique antisystème, le RN ne remet jamais en cause les fondements de la domination capitaliste. Il ne propose ni transformation de la propriété des grands moyens de production, ni remise en cause du pouvoir de la finance, ni démocratisation de l’économie.
Comme de nombreux mouvements nationalistes avant lui, il canalise la colère populaire vers des impasses qui préservent l’essentiel pour la classe des plus riches : le pouvoir du capital. Sous des formes nouvelles, il constitue une solution de rechange lorsque les forces traditionnelles du libéralisme peinent à conserver leur légitimité. Le RN n’est pas l’adversaire principal du grand capital. Il est l’une de ses solutions possibles lorsque les mécanismes habituels de domination politique s’essoufflent.
C’est pourquoi le combat contre le RN ne peut être réduit à une bataille électorale. Il suppose de s’attaquer aux racines sociales, économiques et idéologiques qui alimentent sa progression.
RECONSTRUIRE LA CONSCIENCE DE CLASSE
La question centrale devient alors celle de la conscience de classe. Depuis des décennies, tout a été fait pour fragmenter le monde du travail. On a opposé les salariés du privé à ceux du public, les ouvriers aux cadres, les actifs aux retraités, les travailleurs français aux travailleurs immigrés. Pendant ce temps, les grands groupes financiers et industriels poursuivaient leur concentration et renforçaient leur pouvoir y compris en utilisant les technologies numériques pour accroître leur contrôle et organiser la surexploitation.
Pourtant, qu’il soit ouvrier, employé, technicien, ingénieur, chercheur, agriculteur, artisan ou petit entrepreneur, chacun subit aujourd’hui les conséquences d’un système qui privilégie l’accumulation du capital au détriment des besoins humains. Les formes de dépendance ne sont pas identiques, mais elles procèdent d’une même logique : celle d’un pouvoir économique toujours plus concentré.
L’enjeu du moment n’est donc pas seulement électoral. Il est politique, culturel et idéologique. Il s’agit de faire comprendre que les intérêts fondamentaux du monde du travail sont incompatibles avec la domination du capital financier et des monopoles mondialisés. Absolument incompatibles et qu’il faut impérativement passer à une autre organisation de la société dans laquelle ce seront les forces du travail qui domineront les forces du capital.
DÉMOCRATISER L’ÉCONOMIE ET MAÎTRISER LES FORCES PRODUCTIVES
Cette prise de conscience conduit inévitablement à poser la question du pouvoir économique. Qui décide des investissements ? Qui contrôle le crédit ? Qui oriente la recherche ? Qui possède les grands moyens de production ? Qui décide de l’usage de l’intelligence artificielle et des nouvelles technologies ?
Derrière chacune de ces questions se trouve la même interrogation : qui dirige réellement la société ?
La démocratie ne peut s’arrêter aux portes des entreprises. Les travailleurs doivent pouvoir intervenir dans les choix économiques qui déterminent leur avenir. Cela suppose une démocratisation profonde de l’État, mais aussi une socialisation progressive des secteurs stratégiques, une maîtrise publique du crédit et une planification démocratique orientée vers les besoins sociaux, industriels et écologiques.
L’intelligence artificielle illustre parfaitement cet enjeu. Utilisée sous la domination du capital, elle risque d’accroître la surveillance, la précarité et la concentration des richesses, elles visent déjà à renforcer l’exploitation et à déshumaniser les relations sociales comme le souligne les marxistes mais aussi des responsables de l’église catholique dont le premier en la personne du pape. Placée sous contrôle démocratique, l’IA peut au contraire contribuer à réduire le temps de travail, développer les connaissances et améliorer les conditions de vie. Là encore, tout dépend de la question de la propriété et du pouvoir.
LE PIÈGE DU VOTE UTILE ET L’ILLUSION PRÉSIDENTIELLE
C’est ici qu’apparaît le véritable piège du vote utile. Pendant longtemps, il a servi à soutenir les candidats du système libéral contre le RN. Aujourd’hui, il est repris par Jean-Luc Mélenchon qui se présente comme le seul candidat capable d’empêcher l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir. En politicien aguerri il tente d’utiliser une vieille ficelle qui a marché jusqu’ici à part que les consciences bougent, que le monde bouge et que l’avenir n’appartient pas aux vieilles méthodes éculées de l’électoralisme mais au développement de la conscience de classe et des luttes populaires. Ni dieu, ni César, ni tribun, producteurs , sauvons nous, nous mêmes !
La démarche de Mélenchon repose sur une logique profondément présidentialiste. Elle consiste à concentrer toute l’attention politique sur l’élection d’un homme présenté comme le recours décisif. La colère populaire, le rejet des politiques libérales et les aspirations au changement deviennent alors essentiellement des ressources électorales destinées à construire une candidature majoritaire.
Mais aucune présidentielle ne remplacera jamais l’organisation consciente du monde du travail. Aucun candidat, quel qu’il soit, ne peut se substituer à la mobilisation populaire. L’histoire sociale démontre que les conquêtes les plus importantes n’ont jamais été obtenues par la victoire d’un homme providentiel. Elles ont été arrachées par les luttes, les syndicats, les mouvements populaires, avec un parti communiste ancré massivement dans la vie sociale et le travail pour créer des rapports de force construits dans la durée. Le paradoxe c’est que cette « gauche » qui n’a que le mot démocratie à la bouche corrompt par son comportement et ses illusions du grand soir et du chef suprême, la grande et puissante idée de la démocratie populaire de classe.
Le danger du vote utile est donc précisément de détourner les travailleurs de leur propre puissance collective en leur faisant croire que leur avenir dépend avant tout du résultat d’une élection présidentielle bien que cette illusion commence à avoir du plomb dans l’aile notamment avec l’abstention qui traduit ce rejet croissant.
OUI, IL FAUT CHANGER LE RAPPORT DE FORCE, SANS ATTENDRE LE PROCHAIN PRÉSIDENT
Une objection revient souvent : la situation est tellement grave qu’il faudrait avant tout renverser le pouvoir actuel.
Bien sûr qu’il faut battre les politiques qui détruisent l’emploi, les services publics et l’industrie. C’est le meilleur acte pour faire reculer le RN. Bien sûr qu’il faut mettre en échec les représentants du capital financier. Mais la véritable question est de savoir comment et pour quoi faire.
Si l’on réduit le combat politique à l’élection présidentielle, alors les travailleurs sont condamnés à attendre passivement le prochain scrutin. Or les salaires n’attendent pas. Les licenciements n’attendent pas. Les fermetures d’usines n’attendent pas. Les délocalisations n’attendent pas.
La question décisive est donc celle de la construction immédiate de rapports de force dans les entreprises, dans les territoires et dans les institutions. Les travailleurs doivent intervenir partout pour défendre l’emploi, imposer des augmentations de salaires, protéger les capacités industrielles, exiger des investissements productifs et s’opposer aux logiques de rentabilité financière.
Dans cette bataille, le Parlement conserve une importance stratégique. Non parce qu’il pourrait transformer à lui seul la société, mais parce qu’il peut devenir un point d’appui pour les luttes populaires. Renforcer la présence de députés communistes et de parlementaires véritablement engagés aux côtés du monde du travail permet d’arracher des droits nouveaux, de faire avancer des propositions progressistes et d’offrir un relais politique aux mobilisations .
Le combat pour le progrès social ne consiste donc pas à attendre le résultat d’une présidentielle providentielle. Il consiste à combiner l’intervention populaire, les luttes sociales, l’action syndicale, la bataille idéologique et la conquête de positions institutionnelles utiles au monde du travail.
Imaginons que demain il y ait un puissant mouvement populaire que personne n’aura prévu et dont l’ampleur sera plus forte que celle des gilets jaunes, vous verrez tous ces politiciens de droite, de gauche et du RN, freiner au maximum la lutte ou tenter de la récupérer. Or ce qui transformera vraiment la société ce sera un tel mouvement à condition qu’il soit sur des bases de classe très claires qui viseront le grand capital comme adversaire et lui uniquement.
UNE CANDIDATURE COMMUNISTE AU SERVICE DE LA CONSCIENCE DE CLASSE
Dans cette perspective, une candidature communiste à l’élection présidentielle n’a de sens que si elle se met au service de cette stratégie. Son rôle n’est pas de participer à la compétition des ambitions personnelles ni d’alimenter les logiques présidentialistes d’autant que la fonction du président dans la 5eme république est totalement contraire à la vision démocratique des communistes en raison des pouvoirs exorbitants confiés à un seul homme. Le rôle du candidat communiste est de participer à l’élévation du niveau de conscience politique, de populariser les idées de transformation sociale, de remettre au centre du débat la question de la propriété, du travail, de l’industrie de la souveraineté populaire, et des conditions pour la paix mondiale.
L’utilité d’une candidature communiste ne se mesure pas seulement à son score électoral. Elle se mesure à sa capacité à aider les travailleurs à comprendre les mécanismes de leur exploitation, à s’organiser et à intervenir eux-mêmes dans la vie politique et économique.
Car la véritable alternative ne réside ni dans le vote utile pour les représentants du libéralisme, ni dans le vote utile pour une nouvelle figure du présidentialisme de gauche. Elle réside dans la reconstruction d’une conscience de classe capable de transformer durablement le rapport de force en faveur du monde du travail. Toute la difficulté c’est que la majorité des partis politiques nient la lutte des classes ou la transforment en luttes sociétales qui revient à opposer les français entre eux, à les ranger dans des camps, alors que l’opposition fondamentale et principale, celle qui est la plus déterminante et cruciale est celle entre la classe des ultra-riches et l’ensemble des autres classes qui a des degrés divers subissent la domination de la première et le déclassement général vers le bas.
C’est là que se situe le défi historique de notre époque. Non pas choisir le meilleur gestionnaire du système existant, mais construire les conditions de son dépassement. Non pas déléguer son avenir à un homme providentiel, mais permettre aux travailleurs de devenir les acteurs conscients de leur propre émancipation.