Flottille pour Gaza : « La solidarité internationale est un principe fondateur de la CGT »
Publié le par FSC
Émilien Urbach
L'Humanité du 11 septembre 2025
Le syndicaliste français Cédric Caubère vient de prendre le large, depuis la Sicile, à bord d’un navire de la flottille solidaire voguant vers Gaza afin de briser le blocus imposé par Tel-Aviv aux Palestiniens de l’enclave dévastée.
Secrétaire général de l’union départementale de la CGT de Haute-Garonne et membre du comité confédéral national du syndicat, Cédric Caubère a pris la mer, ce jeudi 11 septembre, à Augusta, en Sicile, à bord d’un des voiliers de la Global Sumud Flotilla, nommé Wahou. Depuis, le Mia-Mia, un autre voilier de cette armada citoyenne inédite, sur le point de quitter les rivages tunisiens, l’Humanité donne la parole au militant syndical.
Pourquoi la CGT a-t-elle fait le choix de rejoindre la Global Sumud Flotilla ?
Cédric Caubère
La décision d’embarquer à bord de la flottille a été prise directement par le bureau confédéral de la CGT. Face à la situation qui ne cesse d’empirer de jour en jour à Gaza et partout en Palestine, nous avons considéré qu’il était indispensable qu’un représentant du syndicat soit présent à bord.
Nous estimons que l’inaction des gouvernements du monde entier est une complicité tacite dans les crimes commis par Israël. Il est de notre devoir d’agir. La solidarité internationale est un principe fondateur de la CGT.
Personnellement, comment appréhendez-vous cette mission ?
Cédric Caubère
C’est une immense responsabilité par rapport à mon syndicat et une charge émotionnelle énorme pour ma famille. Il me semble, néanmoins, que cette action est indispensable parce que les gouvernements n’ont pas de réaction à la hauteur de la situation en Palestine. C’est un engagement personnel profond, mais aussi un honneur de pouvoir incarner les valeurs de la CGT dans cette action significative.
Les dockers génois ont fait du bruit avec leurs menaces de bloquer l’Europe. Où en est l’action des syndicats européens pour protéger cette flottille ?
Cédric Caubère
Une forme de coordination internationale se met peu à peu en place avec de nombreux syndicats, dont la CGT, bien sûr, mais aussi la Fédération générale du travail de Belgique (FGTB), la Confédération générale italienne du travail (CGIL), les commissions ouvrières (CCOO – Espagne) et l’Union générale des travailleurs (UGT – Espagne).
Nous interpellons collectivement les gouvernements européens sur la nécessité de tout mettre en œuvre pour dénoncer et stopper ce qu’il se passe à Gaza, pour ouvrir un corridor humanitaire vital et briser le blocus imposé à la population gazaouie. Je pars avec la ferme conviction que nous allons réussir notre mission malgré les intimidations, en nous appuyant sur notre détermination et la solidarité internationale qui grandit de jour en jour.
La flottille a cependant déjà été attaquée à deux reprises…
Cédric Caubère
C’est justement le signe que la pression que nous mettons sur Israël et sur ses alliés, les États-Unis, est considérable. À la suite de la première attaque de drones contre un bateau, l’État tunisien a semblé vouloir laisser faire. Après la deuxième, la situation est en train de bouger.
Les autorités tunisiennes viennent de réagir, sans doute grâce, aussi, à la pression internationale. Et la flottille, partie de Barcelone, vient à peine d’être rejointe par les bateaux de Tunis. Elle va encore grossir considérablement avec les vingt et un navires en partance de Sicile et ceux qui viendront encore de Grèce.
Dans ce rapport de force, Tel-Aviv et Washington sont déstabilisés au point de se mettre à dos une grande partie de la communauté internationale et de connaître, aussi, des tensions internes extrêmement fortes. Israël répond de manière très violente, et la situation devient de plus en plus dangereuse.
Pour cette raison, les États européens doivent rapidement prendre la situation au sérieux en sanctionnant immédiatement Israël. C’est le seul moyen pour faire stopper ce qui est un véritable génocide, ouvrir un couloir humanitaire et protéger leurs ressortissants embarqués dans la flottille.
Y a-t-il une convergence possible entre ce combat et le mouvement social qui a repris très fort, ce 10 septembre, en France ?
Cédric Caubère
Bien sûr. C’est le même système économique qui précarise et opprime les travailleurs partout dans le monde. C’est la même logique de cet ordre mondial qui est en train de tenter de rayer les Palestiniens de la carte. Si Israël devait y parvenir, la vie serait encore plus dure pour les travailleuses et les travailleurs de France.
Nous ne pouvons plus accepter, au XXIe siècle, ce qui se passe et l’inaction des États. Avec ce que nous enseigne l’histoire, comme la Seconde Guerre mondiale, la guerre en ex-Yougoslavie ou au Rwanda, on ne peut pas continuer de déplorer la situation tout en laissant se reproduire le même type de scénario.
Nous sommes obligés d’intervenir. C’est le principe même de l’action internationale de la CGT face au système économique mondial et à l’impérialisme. Et pour changer ce monde, nous devons, en tant qu’organisation de travailleuses et de travailleurs français, devenir de plus en plus puissants et influents en France.