« Plus jamais ça ne peut signifier que plus jamais ça pour les Juifs »

Publié le par FSC

Antoine Portoles
L'Humanité du 08 septembre 2025

 

« Plus jamais ça ne peut signifier que plus jamais ça pour les Juifs ». Accusée de soutien aux Palestiniens le musée de l’Holocauste de Los Angeles retire cette publication Instagram

 

Le mémorial états-unien a retiré, dimanche 7 septembre, un post sur Instagram que certains ont accusé d’être un message caché de solidarité à destination des Palestiniens dans la bande de Gaza. Un backlash révélateur de l’instrumentalisation mémorielle de la Shoah, notamment par les dirigeants israéliens, pour justifier le pire.
« Plus jamais ça ne peut signifier que plus jamais ça pour les Juifs », a-t-on pu lire la semaine dernière sur un post Instagram partagé par le musée de l’Holocauste de Los Angeles.
Mais ladite publication a été supprimée dimanche 7 septembre face à l’afflux de commentaires accusant le mémorial de révisionnisme historique, voire d’antisémitisme.
« Ce message respire la haine de soi juive », a prétendu l’un des internautes. D’aucuns y ont vu une allusion au génocide du peuple palestinien commis par les autorités israéliennes dans la bande de Gaza.

Un message d’inclusion mal interprété


Face à la polémique, le premier musée consacré à la Shoah fondé par des survivants et le plus ancien des États-Unis a donc retiré son contenu, puis présenté un message d’excuse : « Nous avons récemment publié sur les réseaux sociaux un message qui s’inscrivait dans le cadre d’une campagne préplanifiée visant à promouvoir l’inclusion et la communauté, mais qui pouvait facilement être interprété à tort par certains comme une déclaration politique reflétant la situation actuelle au Moyen-Orient. Ce n’était pas notre intention. »


Ses représentants concluent en assurant avoir « pris des mesures en interne pour garantir que notre message reste toujours clair et reflète notre mission qui consiste à inspirer l’humanité par la vérité ».
Revenons au post supprimé. Sur l’illustration accompagnant le message, on aperçoit six avant-bras s’entrelacer. L’un de peau blanche, tatoué d’un numéro de matricule des déportés des camps de concentration, les cinq autres de couleurs de peau mates ou noires.
En sus de la phrase rappelant que le « plus jamais ça » a une vocation universelle, conception que la communauté internationale avait d’ailleurs admis en 1945 au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le post Instagram mentionne également : « les Juifs ne doivent pas laisser le traumatisme de notre passé faire taire notre conscience. » Puis conclut : « Se tenir aux côtés de l’humanité ne trahit pas notre peuple. Il l’honore. »


Y avait-il derrière cette initiative une quelconque évocation de l’horreur perpétrée dans l’enclave palestinienne, comme certains ont pu l’affirmer ? Quoi qu’il en soit, les pressions subies par le musée de l’Holocauste de Los Angeles traduisent une volonté parmi certains défenseurs de l’Etat d’Israël de s’arroger le « plus jamais ça », étant entendu un concept seulement applicable aux Juifs après la Shoah, à l’exclusion de tout autre génocide infligé à d’autres populations.
Dans son livre La nation et la mort : La Shoah dans le discours et la politique d’Israël, l’historienne israélienne Idith Zertal analyse ce procédé, qui a infusé dans la rhétorique israélienne notamment au début des années 60, durant le mandat de David Ben Gourion. « Auschwitz — en tant qu’incarnation du mal absolu — est évoqué et invoqué régulièrement quand Israël se trouve face à des problèmes politiques ou de sécurité dont il avait jusque-là refusé d’affronter les conséquences ou d’assumer le coût. C’est ainsi qu’Israël s’est transformé en lieu crépusculaire où la Shoah n’est plus un événement du passé, hétérogène et complexe, mais une éventualité permanente et une idéologie à tout faire », écrit-elle.


Aujourd’hui, il n’est pas rare de voir les soutiens actifs du gouvernement de Benyamin Netanyahou en Israël et leurs pendants à l’étranger et notamment en France se saisir de la Shoah comme d’un argument d’autorité pour réfuter toute intention génocidaire dans la guerre menée à Gaza.
Un Casus belli brandi dès le lendemain de l’attaque terroriste du 7 octobre 2023 par le premier ministre israélien lui-même et par des diplomates ou hommes politiques du pays, pour justifier le pire. D’où l’intérêt de rappeler une évidence. Oui, le génocide subi par les Juifs en Europe ne doit jamais se reproduire, contre aucun peuple, quel que soit le gouvernement et le pays qui le mènent.

 

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