La guerre en Iran dévoile une diplomatie française alignée sur Washington
Dans les faits c'est davantage une confirmation qu'une révélation.
Pas d'illusion à avoir et inutile de l'interpeller, c'est au peuple qu'il convient de s'adresser en toute priorité pour recouvrer la voie de l'indépendance, de la souveraineté ... et de la dignité !
***********************
Vadim Kamenka
L'Humanité du 04 mars 2026
Les prises de position du président Emmanuel Macron, depuis samedi et le déclenchement des bombardements israélo-américains sur l’Iran, confirment la perdition de la politique étrangère. Contradictoire, inaudible, la France fait le choix de la surenchère militaire au détriment du multilatéralisme.
Seul, sans débat parlementaire, le président français a acté, en l’espace de quarante-huit heures, deux décisions diplomatiques majeures. Lundi, sur l’île Longue, près de Brest (Finistère), Emmanuel Macron dévoilait le concept de « dissuasion avancée », soit l’élargissement du parapluie nucléaire français au-delà du « seul tracé de nos frontières nationales », en incluant des partenaires européens : le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark. Il a également promis l’augmentation de l’arsenal nucléaire et des armes conventionnelles. Une initiative qui va engager la diplomatie de la France sur plusieurs décennies.
Mais Emmanuel Macron ne s’arrête pas là. Mardi soir, lors de son allocution télévisée, depuis l’Élysée, il a d’abord reconnu que les bombardements américano-israéliens contre l’Iran avaient été menés « en dehors du droit international ». Passé cette condamnation, le président a annoncé au nom de la « crédibilité » de la France et de la « solidarité » que Paris devait honorer ses « accords de défense qui (la) li (ai) ent au Qatar, au Koweït et aux Émirats arabes unis », où environ 800 militaires français sont stationnés.
Une coalition y compris militaire
Afin de protéger les intérêts et les ressortissants français au Moyen-Orient, le président a choisi, là encore, l’engrenage, en envoyant le porte-avions Charles-de-Gaulle et une frégate en Méditerranée, ainsi que des systèmes antimissiles à Chypre. Mais le bellicisme ne s’arrête pas là. Emmanuel Macron a indiqué chercher à bâtir une coalition afin de réunir des moyens, « y compris militaires », dans le but de sécuriser les « voies maritimes essentielles à l’économie mondiale ».
Pour le secrétaire national du Parti communiste français, Fabien Roussel, « l’heure n’est pas à l’escalade, mais à la diplomatie. La France doit agir avec les pays de la région pour un cessez-le-feu immédiat, stopper l’embrasement généralisé, faire respecter le droit international » et éviter, avec l’envoi du Charles-de-Gaulle, de « devenir cobelligérant d’une guerre aux conséquences imprévisibles ». Le PCF appelle à l’organisation d’un débat parlementaire.
Dans cette surenchère, le gouvernement français n’est pas en reste et appuie la politique étrangère du président. « La France est un allié fiable, aux côtés de ses partenaires et alliés dans la région, au service de leur sécurité. En plus des moyens déjà présents, des Rafale et des systèmes de défense anti-aérienne ont été déployés ces dernières heures », a ainsi précisé la ministre des Armées, Catherine Vautrin.
Une perte d’indépendance diplomatique
« Alors que la force et la guerre n’ont jamais semblé autant revenir comme une option politique dans les relations internationales, le Quai d’Orsay et notre président n’ont fait qu’enterrer un peu plus la charte de l’ONU et le multilatéralisme. Et le droit international, ils le défendent de manière variable », condamne un ancien ambassadeur.
Emmanuel Macron n’est pas le seul responsable. Le dialogue avec le Sud semble à l’arrêt, la politique de désarmement et de sécurité collective également. La politique étrangère d’indépendance, d’influence et d’équilibre a disparu. Jacques Chirac, puis Nicolas Sarkozy en 2007, avait déjà accéléré le déclin diplomatique français en ralliant le commandement intégré de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan).
François Hollande engagea le pays dans la « guerre mondiale contre le terrorisme ». « À force d’avoir dit une chose et son contraire, à force de se laisser chasser de tous les terrains d’influence, de l’Afrique au Moyen-Orient ou à l’Amérique latine, la France ne dispose d’aucune marge de manœuvre souveraine », analyse l’ancien ministre Dominique de Villepin dans Libération.
En attendant, par la voix du chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejei, la République islamique a prévenu que l’Iran était « en état de guerre » et répondrait avec « fermeté » à l’encontre de ceux qui agissent contre lui.
« La France a raison d’honorer ses engagements mais nous ferons très attention à ce qu’elle ne mette pas un doigt dans une guerre illégale qui a été décidée uniquement par Trump et Netanyahou », a prévenu la cheffe des députés LFI, Mathilde Panot, sur France inter. Paris pourrait également se saisir de la légitimité de l’ONU et de son Assemblée générale, avec d’autres nations comme la Chine, le Brésil, l’Afrique du Sud afin de stopper la guerre.
