Élue présidente d’une intercommunalité de 730 000 habitants en Île-de-France, la communiste Méhadée Bernard annonce « un service public pour toutes et tous »

Publié le par FSC

Gaël De Santis
L'Humanité du 15 avril 2026

 

« C’est une chance que d’être dans une ville qui nous aide à grandir, une commune avec un très fort niveau de services publics, un conservatoire, une bibliothèque, des théâtres, la possibilité de partir en vacances, de forger des liens avec d’autres gens de ma génération », analyse Méhadée Bernard

 

Adjointe au maire communiste d’Ivry-sur-Seine, Méhadée Bernard a été élue mardi présidente de l’EPT Grand-Orly Seine Bièvre. Elle est la première femme à la tête d’une intercommunalité de 730 000 habitants en Île-de-France.
La tâche est immense. L’humilité aussi. « Peu de gens peuvent se permettre de ne pas beaucoup travailler parce qu’ils ont beaucoup de talent. Je crois énormément au travail et je pense qu’il va falloir énormément travailler, être opiniâtre », confie la communiste Méhadée Bernard, au lendemain de son élection, mardi 14 avril, à la tête de l’établissement public territorial (EPT) Grand-Orly Seine Bièvre, qui compte 730 000 habitants et des villes comme Villejuif, Ivry-sur-Seine, Vitry-sur-Seine, Chevilly-Larue, Rungis, Savigny-sur-Orge.

Quels sont vos objectifs à la tête de l’intercommunalité. Peut-on améliorer le quotidien des citoyens depuis cet échelon ?

Méhadée Bernard


Les territoires aident à porter des projets ambitieux comme la régie publique de l’eau. Les biens communs ne devraient pas subir les méandres du capital et du marché. Ce que l’on met dans nos assiettes peut constituer un chantier de travail intéressant. Je pense que nous pourrons obtenir des conquêtes en vue d’une alimentation de qualité, avec les acteurs locaux dans toutes nos villes. Paray-Vieille-Poste a une ferme, Villejuif en a acheté une dans l’Yonne, qui produit des repas à destination des enfants, et permet des visites auprès des agriculteurs pour les enfants du centre de loisirs.
Notre volonté, malgré les difficultés, est de rendre les services publics accessibles au plus grand nombre. C’est avec des politiques publiques de ce type que l’on pourra rapprocher le territoire des habitantes et habitants car, aujourd’hui, le millefeuille territorial est logiquement assez incompréhensible pour la plupart des gens.


Quels projets portez-vous ?

Méhadée Bernard


À partir de ce qui existe dans certaines villes, des actions peuvent être envisagées autour des régies de chauffage urbain. Cela permet de baisser la facture des usagers, comme c’est le cas pour l’eau, en respectant l’environnement. Des actions pourraient être menées autour du numérique.
À l’échelle territoriale, il est possible de réfléchir ensemble à des choses impossibles individuellement. La question de transports peut fédérer. Nous discuterons avec Île-de-France Mobilités, avec la présidente de région Valérie Pécresse, et avec l’État, pour essayer d’obtenir les moyens nécessaires pour faire vivre un transport de qualité.


Qu’est-ce qui distingue une présidence communiste à la tête d’une intercommunalité ?

Méhadée Bernard


Élus de droite ou de gauche, nous avons un point commun : l’intérêt des communes que nous représentons. Je me devrai d’être garante de ce respect, dans une intercommunalité qui compte 15 villes de droite sur 24. Les communistes ont une manière de gérer les villes respectueuses des forces politiques en présence. S’il y a une force capable de dialogue et de produire du commun, c’est bien la nôtre.
Qu’un territoire soit présidé par une élue de gauche, qui plus est communiste, doit envoyer un message à l’ensemble des élus qui siègent pour des politiques publiques profondément émancipatrices et porteuses de sens. Mon objectif est un service public pour toutes et tous.


Qu’est-ce qui, dans votre parcours, a forgé votre vision du monde ?

Méhadée Bernard


J’ai eu la chance d’avoir des parents communistes, d’avoir toujours vécu dans une ville, Ivry-sur-Seine, qui a l’expérience de cent ans de communisme municipal. C’est une chance que d’être dans une ville qui nous aide à grandir, une commune avec un très fort niveau de services publics, un conservatoire, une bibliothèque, des théâtres, la possibilité de partir en vacances, de forger des liens avec d’autres gens de ma génération. Mon père est ivryen, né ici. Ma mère est algérienne, elle est arrivée en France à l’âge de 22 ans. Évoluer dans une famille métissée, avec deux cultures qui se rapprochent et dialoguent est important.

Jeune adulte, j’ai commencé à prendre des responsabilités. D’abord comme conseillère municipale, puis en devenant adjointe au maire. Je me suis rapprochée des communistes sur l’antiracisme et la Palestine. Je vis dans une ville où ils tiennent des tables de l’Humanité le week-end, animent des cellules où il est possible de se rencontrer, de débattre et même de se fâcher, mais en tout état de cause, en ayant pour objectif de lutter et de conquérir de nouveaux droits.


Seulement 12 % des intercommunalités sont dirigées par des femmes. Trop peu accèdent à ces responsabilités…

Méhadée Bernard


Être la première femme à la direction d’un établissement public territorial de cette taille en Île-de-France est important. Cela dit quelque chose de l’état de nos institutions. Certes, nous avons des lois sur la parité mais, dans les intercommunalités, ce sont toujours, trop souvent, les hommes qui sont en responsabilité. Si mon action permet de faire changer les lignes, j’en serais heureuse.
 

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