Tunis vibre au rythme du cinéma de résistance palestinien
Noureddine Baltayeb
Le 07 avril 2026
Traduit de l'arabe par Roland Richa
Depuis la fin mars, la capitale tunisienne est en effervescence avec la première édition du Festival du film palestinien, une initiative menée par Habib Belhadi, producteur de théâtre et de cinéma, fondateur du Cinéma Rio, situé en plein cœur de Tunis.
Cette initiative, organisée pour commémorer la Journée de la Terre et se déroulant jusqu'au 12 avril, arrive à un moment critique pour le monde arabe, où la culture de la résistance est en déclin, menaçant l'existence même de la cause palestinienne et le déplacement de la population de Gaza, dans un silence officiel arabe. Dans son discours d'introduction au festival, Habib Belhadi a déclaré :
« Le Festival du film palestinien de Tunis est un événement culturel majeur pour faire découvrir le cinéma palestinien et sensibiliser le public tunisien à la richesse et à la diversité de la culture palestinienne. Ce festival vise à renforcer les liens entre la Tunisie et la Palestine et à offrir un espace de dialogue et d'échange autour de la créativité cinématographique. »
Le cinéma palestinien, qui a atteint un niveau avancé et diversifié et est considéré comme l'un des plus développés aux niveaux arabe et international, constitue un phénomène unique qui attire l'attention malgré le manque de ressources, l'absence de soutien d'un État inexistant et le manque d'institutions spécialisées. Il n'en demeure pas moins un cinéma productif, dynamique et rayonnant.
Il ajoute : « Nous avons également été attirés par le cinéma palestinien car il porte un message et puise sa source dans les souffrances de son peuple. Nous soutenons le peuple palestinien dans cette entreprise et nous nous tenons solidaires de lui en tant que mouvement de libération nationale et humanitaire contre le colonialisme, l'apartheid, l'ignorance et l'illettrisme.
Nous poursuivons le travail entrepris par de nombreux artistes, intellectuels, critiques, ciné-clubs, cinéphiles, réalisateurs, distributeurs et organisateurs de festivals tunisiens pour promouvoir ce cinéma depuis ses débuts, à travers la distribution et la programmation.
Avec le lancement de ce festival, nous exprimons notre profond engagement envers le cinéma palestinien, ses enjeux et ses propositions esthétiques, artistiques, nationales et humanitaires. Nous soulignons son influence durable malgré les difficultés politiques, géographiques et financières. »
Cette édition est en réalité un projet pilote, en attendant l'édition officielle en 2027, qui coïncidera avec le centenaire du Théâtre Rio (1927). « Nous aspirons à présenter une vision culturelle anticoloniale et humanitaire dans un espace construit à l'époque coloniale pour divertir les colonisateurs. »
Le comité d'organisation a défini les objectifs du festival comme suit : présenter la diversité du cinéma palestinien, classique et contemporain, longs, courts et très courts métrages, fictions, documentaires et autres genres ; mettre en lumière le talent des cinéastes palestiniens et les réalités de la société palestinienne ; favoriser la compréhension culturelle et la solidarité entre les peuples tunisien et palestinien ; encourager la réflexion sur les enjeux sociaux, politiques et humanitaires abordés dans les œuvres cinématographiques ; et créer un espace d'échange entre professionnels du cinéma, universitaires et public.
Le festival proposera une sélection variée de films palestiniens, incluant longs métrages, documentaires, courts métrages et œuvres expérimentales, accompagnée de débats, tables rondes, ateliers, projections de films palestiniens classiques et contemporains, rencontres avec des réalisateurs et des acteurs, ateliers d'écriture de scénarios et de réalisation pour jeunes Tunisiens, expositions d'art et de musique liées à la culture palestinienne, ainsi que des séminaires et des discussions sur le cinéma et la résistance culturelle. Les films présentés couvrent un large éventail de périodes historiques, y compris ceux qui abordent la cause palestinienne.
Cette première édition du festival a bénéficié du soutien d'institutions tunisiennes, palestiniennes et internationales, d'ambassades, de sociétés de production, de distributeurs, d'organisations et d'associations culturelles, et bien d'autres.
Cette édition portera le nom d'Ismail al-Junaidi en hommage à sa mémoire et à son combat. Avocat palestinien, il s'installa en Tunisie au début des années 1970, faisant de ce pays sa seconde patrie. Il y étudia, travailla et lutta. Figure historique du Front populaire de libération de la Palestine, il était étroitement lié aux mouvements démocratiques, nationalistes et progressistes, et passionné de culture et de créativité. Il resta dévoué aux causes de la liberté et de la justice jusqu'à son décès, il y a environ un an, laissant une empreinte indélébile sur tous ceux qui l'ont connu.
Cette édition mettra également à l'honneur l'œuvre du cinéaste palestinien Michel Khleifi, présenté par le critique de cinéma Iqbal Zlila, qui écrivit : « Dans le cinéma de Michel Khleifi, la Palestine n'est pas seulement une terre marquée par l'histoire et les blessures ; c'est un souffle de vie, une présence fragile et pourtant résiliente qui persiste dans les détails du quotidien, dans le vent qui souffle sur les collines, dans les visages qui attendent, espèrent et se souviennent.» De « Mémoire fertile » à « Zindiq », en passant par « Maaloul », « Route 181 », « Le Conte des trois joyaux », « Mariage en Galilée » et « Le Chant des pierres », l’œuvre de Michel Khleifi se déploie comme une méditation sensorielle sur la vie sous occupation. Pourtant, la tragédie qui imprègne ses films n’obscurcit jamais l’horizon ; au contraire, elle ouvre un espace de dignité, de tendresse et de résistance intime.
Ce festival coïncidera avec la Journée des martyrs en Tunisie (9 avril), commémorée par les Tunisiens en souvenir de ceux qui sont tombés en martyrs le 9 avril 1938, lorsque des centaines de personnes furent tuées par les forces coloniales françaises pour avoir réclamé un parlement tunisien.
La naissance de ce festival, initiative indépendante, témoigne que la Palestine, en tant que cause humanitaire, demeure au cœur des préoccupations des intellectuels et des artistes tunisiens.
