Netanyahou en visite à Washington : pourquoi, cette fois, le premier ministre va faire profil bas face à Trump ?

Publié le par FSC

Pierre Barbancey
L'Humanité du 28 juillet 2026

En avril 2025, Netanyahou se rendait déjà à Washington pour rencontrer Donald Trump. Ce 28 juillet, les deux hommes se voient pour une huitième rencontre officielle.
© Andrew Leyden/ZUMA-REA

 

Les deux hommes se rencontrent ce 28 juillet à Washington pour la huitième fois depuis que le magnat de l’immobilier est revenu s’installer à la Maison-Blanche. L’un et l’autre doivent affronter les électeurs à l’automne. Malgré quelques divergences tactiques, ils sont néanmoins d’accord sur l’essentiel.
« Je me rends à Washington pour une rencontre avec notre ami, le président Donald Trump. Il s’agit de ma huitième rencontre avec lui depuis son élection pour un second mandat ; aucun autre dirigeant international n’en a autant à son actif. C’est un immense privilège, mais aussi une grande responsabilité. » Sur la passerelle à l’entrée de l’avion qui allait l’emmener aux États-Unis, Benyamin Netanyahou, sourire aux lèvres, fait bonne figure car cette huitième rencontre n’est peut-être pas la plus simple.
Elle est la première depuis que les deux dirigeants ont lancé une guerre commune contre l’Iran et c’est une chance pour Netanyahou d’apaiser les tensions dans leurs relations. Il le sait. D’où son assertion : « en ces temps complexes, nous devons agir avec une détermination et une sagesse accrues. »


Le président états-unien a semblé tergiverser les jours précédents, ne confirmant pas qu’ils se rencontreraient dans le bureau ovale. Pis, il a laissé entendre qu’il recevrait son « ami Bibi » si celui-ci participait, ce 28 juillet, aux funérailles du sénateur Lindsey Graham, fervent soutien d’Israël disparu le 11 juillet. La manière trumpienne de faire des reproches. Il a cependant arrondi les angles en affirmant lundi 27 juillet, « nous avons une petite différence », lorsque les journalistes lui ont demandé si lui et le Premier ministre israélien étaient sur la même longueur d’onde sur l’Iran, ajoutant même « mais assez proche ».

Au départ, un front uni contre l’Iran


Entre Trump et Netanyahou s’est construit au fil des années une histoire marquée par des hauts (beaucoup) et des bas (assez peu). Au retour du magnat de l’immobilier à la Maison Blanche l’année dernière, leur alliance semblait plus forte que jamais.
Lorsqu’ils ont commencé la guerre ensemble en février, c’était avec un front uni, vantant leurs armées respectives comme agissant de concert pour éliminer le leadership iranien et ouvrir la voie à un gouvernement plus amical envers l’Occident tout en « libérant » le peuple iranien. Aveuglés par ce qu’ils pensaient sans doute être une promenade de santé, ils en ont oublié les capacités de l’adversaire.
Alors que l’Iran ripostait – en envoyant des drones et des missiles contre des bases américaines situées dans les pays du Golfe, et en bouchant le détroit d’Ormuz – Trump a subi une immense pression, tant chez lui que de la part de ses alliés de la région, pour mettre fin au conflit.


Netanyahou, qui souhaitait poursuivre les combats en Iran et contre le Hezbollah au Liban tout en occupant le sud du pays du Cèdre, a été mis à l’écart alors que Washington cherchait un accord avec Téhéran. Le journaliste et analyste politique israélien Amit Segal dans le quotidien Israel Hayom, ne s’y est pas trompé. « Les Américains font comprendre aux Israéliens que ce sont eux qui mènent la guerre », a-t-il écrit lundi. « Il est évident pour tout le monde qu’Israël a été relégué au second plan. »
Il reste que Netanyahou sait qu’il doit – une fois n’est pas coutume – faire profil bas pour balayer les accusations selon lesquelles il a menti à Trump pour le pousser à attaquer l’Iran. Dimanche, le chef du gouvernement israélien a déclaré qu’il espérait s’asseoir avec Trump « pour entendre ce qu’il a en tête » concernant l’Iran. « Parce que je pense que, à bien des égards, c’est sa décision » sur la façon de poursuivre. Et demander faussement ingénu : « S’il peut le faire sans retourner à des combats militaires intenses, c’est très bien. Pourquoi pas ? Mais d’une manière ou d’une autre, ils doivent mettre fin à leur programme nucléaire », a-t-il asséné.

Une communauté juive aux États-Unis de plus en plus hostile à sa politique
Netanyahou doit également mettre la pédale douce sur des dossiers comme le Liban et Gaza pour lesquels Donald Trump a besoin de calme et de stabilité à l’approche des élections de mi-mandat au mois de novembre. L’hôte de la Maison-Blanche doit persuader dans son propre pays que ses efforts visent à redorer le blason de la voie diplomatique et permettre la reconstruction, là où « trop de personnes sont tuées » par les frappes israéliennes. Ce qui n’empêche pas Israël de poursuivre ses attaques.


Ce qui ne veut évidemment pas dire que Tel Aviv a abdiqué toute velléité de jouer un rôle dans le cadre de ses propres intérêts (qui se confondent avec ceux de Netanyahou). Le premier ministre doit en effet affronter les électeurs le 27 octobre prochain et, pour l’heure, les sondages ne lui prédisent pas une victoire certaine. D’où sa volonté de jouer la carte de la sécurité d’Israël. « J’entreprends cette mission avec un objectif clair : garantir la sécurité, la force et l’avenir de notre cher État d’Israël », a-t-il lancé avant de partir.


Paradoxalement, Benyamin Netanyahou sera peut-être moins à l’aise qu’à l’habitude. Trump sera accompagné de son vice-président JD Vance, le gardien du temple MAGA (Make America Great Again). En juin, ce dernier avait averti les responsables israéliens de manière peu conciliante, que Trump était leur seul ami parmi les dirigeants mondiaux.
Au-delà du tapis rouge qui va être déroulé, Benyamin Netanyahou doit également composer avec une communauté juive aux États-Unis mais également dans le monde, de plus en plus hostile à sa politique. « Sa vision d’une guerre sans fin, d’une occupation permanente et d’une annexion est rejetée par l’écrasante majorité des Juifs américains », a écrit Jeremy Ben-Ami, fondateur et président de J Street, une organisation juive états-unienne libérale.

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