« On nous a expliqué qu’on n’avait plus les moyens de laver les patients tous les jours » : Elsan, le géant de la santé privée face à la mobilisation de ses salariés
Cécile Rousseau
L'Humanité du 22 juillet 2026
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| Les salariés du géant Elsan se mobilisent pour maintenir leurs emplois. © PHOTOPQR/L'INDEPENDANT/MICHEL CLEMENTZ |
Les employés du leader de la santé privée se sont mobilisés ces derniers mois, non pas pour gagner de nouveaux droits, mais pour exiger le maintien des postes et des primes.
Réduire le personnel jusqu’à la dernière limite. À la clinique Keraudren, à Brest (Finistère), qui appartient au groupe Elsan, les salariés ont tenté d’arrêter leur direction. Les soignants ont mené cent jours de grève jusqu’au 25 juin sans qu’un accord ait pu être trouvé, selon la CGT : « Nous voulions absolument sauver les 15 équivalents temps plein (ETP) menacés, précise Julie *, une des employés. Avec des réorganisations tous les un ou deux ans, nous avons atteint le point de rupture. Dans certains services, on nous a expliqué qu’on n’avait plus les moyens de laver les patients tous les jours… Avec un ratio d’une infirmière pour 15 malades, nous avons aussi de plus en plus d’événements indésirables graves signalés. »
Pour tailler dans l’effectif, Elsan n’a pas besoin de licencier : « Une partie du personnel est en CDD, il suffit de ne pas renouveler les contrats et, pour les CDI, de redispatcher les postes. Lors des dernières réorganisations, certains salariés se sont retrouvés de nuit. Quand on a plus de 50 ans, c’est hyperviolent, poursuit Julie. Au quotidien, tout le monde s’autoremplace, les infirmières vont deux heures dans un service, deux heures dans un autre, elles se retrouvent à gérer des situations pour lesquelles elles ne sont pas formées. »
« La première variable d’ajustement, c’est les salariés »
À l’échelle nationale, la recherche de l’efficience est le maître mot. Comme le précise Valérie Galaud, secrétaire du comité de groupe CGT, « chez Elsan, des experts passent dans les cliniques pour voir où on peut encore réaliser des économies. La première variable d’ajustement, c’est les salariés mais aussi les patients, qui subissent la dégradation de l’offre de soins ». Ces derniers mois, les employés de plusieurs établissements se sont mis en grève contre cette optimisation forcenée.
Dans les cliniques Médipôle à Cabestany et Saint-Pierre à Perpignan (Pyrénées-Orientales), les soignants se sont ainsi mobilisés durant trente-deux jours en mai pour éviter la fonte de leurs revenus. « Il a fallu lutter pour conserver une prime de 1 500 euros basée sur l’activité, qui pourra être revue à la baisse, une prime exceptionnelle de 500 euros pour 2026 et une autre de 400 euros, cotisée, dès 2027. Même si c’est en deçà de ce que nous voulions, nous avons quand même l’impression d’avoir fait plier un mastodonte du capitalisme », lance Kate Level, déléguée syndicale CGT à Cabestany.
« Vu le niveau de nos salaires, j’aurais préféré une augmentation, soupire Sylvie*, une aide-soignante qui touche à peine plus que le Smic grâce à la prime Ségur et à deux dimanches travaillés par mois. En attendant, je mets mes primes de côté pour ma retraite, nous sommes beaucoup à faire ça. »
Face à ces mobilisations tous azimuts, Elsan estime de son côté que « les mouvements sociaux observés dans quelques-uns de nos établissements s’inscrivent dans un contexte plus large de fortes tensions qui affectent l’ensemble du système de santé, et en particulier l’hospitalisation privée ». Et précise, à rebours de la colère des salariés, que, « malgré ce contexte économique de plus en plus contraint et ces écarts croissants et injustifiés avec le secteur public, les rémunérations des salariés chez Elsan ont progressé entre 2019 et 2025 de 23 % en moyenne ».
* Les prénoms ont été changés.
