Répression syndicale : Basic-Fit s’acharne sur un élu CGT au Havre

Publié le par FSC

SOURCE: Révolution Permanente

 Répression syndicale : Basic-Fit s’acharne sur un élu CGT au Havre à l’ouverture des NAO

À l’ouverture des NAO chez Basic-Fit, Souleymane, délégué syndical CGT au Havre, fait face à une cinquième procédure disciplinaire. Une nouvelle offensive patronale après les grèves nationales de 2025 sur les salaires et les conditions de travail, qui avaient déjà subi une forte répression.

Souleymane n’est pas un cas isolé. À Bordeaux, Julien, délégué syndical CGT et élu au CSE, a lui aussi été confronté à plusieurs convocations disciplinaires. Pour les représentants syndicaux, ces procédures répétées participent d’un climat d’intimidation à l’encontre des salariés qui s’organisent et contestent les décisions d’une entreprise qui jusqu’à-là n’avait connu que très peu de contre-pouvoir.

Une offensive qui vise une nouvelle génération de syndicaliste qui refuse de baisser la tête

Pour comprendre la situation actuelle et l’acharnement, il faut revenir à l’implantation de la CGT dans l’entreprise. Dans un contexte de mécontentement grandissant contre les procédures disciplinaires, les « copinages », les inégalités de rémunération, les avancement dépendant plus de la proximité avec la hiérarchie, ainsi que les conditions de travail, en janvier 2024, une nouvelle équipe de cégétistes gagne les élections. Mais le scrutin est annulé par la justice, l’employeur n’ayant pas invité une autre organisation syndicale, la CAT, alors que celle-ci avait, selon les syndicalistes, adressé un courrier recommandé au siège. De nouvelles élections sont organisées en octobre 2024, ce qui renforce, au grand dam de la direction, la percée du syndicat CGT.

Cette percée est due à une volonté de fer de ces jeunes élus de dépasser les problématiques de l’éclatement du collectif de travail sur une multitude de site sur l’ensemble du territoire, par une communication audacieuse et en utilisant tous les outils numériques à leur disposition pour établir des canaux de communications avec leurs collègues. En effet, chez Basic-Fit, le modèle économique repose sur un vaste réseau de salles de sport, dans lesquelles les agents d’accueil travaillent souvent seuls. Cet isolement constituait, jusque-là, un obstacle majeur à l’organisation collective.

Pour briser cet isolement, les syndicalistes ont cherché à développer leurs propres outils de communication : diffusion de tracts via WhatsApp, adresse électronique syndicale, sondages auprès des salariés et utilisation d’espaces d’échange permettant aux travailleurs de clubs différents de se parler.

Un colère qui s’est organisée et a choqué une direction que se croyait toute puissante

C’est sur cette base que la mobilisation s’est progressivement développée, jusqu’à prendre une dimension nationale à l’automne 2025 concernant les rémunérations et des évolutions professionnelles opaques mais plus largement contre des conditions de travail difficiles : vétusté de certains locaux, circulation insuffisante de l’air, problèmes de sécurité, malaises survenus pendant le travail et absence de moyens adaptés pour intervenir en cas d’urgence. En effet, en octobre 2025, des centaines de salariés participent à un mouvement de grève touchant plusieurs établissements.

De plus, dès leur élection, les élus CGT ont également cherché à utiliser toutes les prérogatives du CSE pour obtenir des informations sur la situation économique de l’entreprise. Le recours à l’expertise leur a permis de contester le discours de la direction sur l’absence de marges financières pour augmenter les salaires. Ces leviers et la perspective d’une mobilisation collective des salariés leur ont permis d’arracher des augmentations de rémunération.

Du fait de leur combativité, ils racontent que la direction a tenté de leur mettre des bâtons dans les roues. Les élus dénoncent des difficultés d’accès aux documents, des retards dans la transmission des informations et des obstacles à l’exercice de leurs mandats. Des problèmes d’accès aux comptes et au budget de fonctionnement auraient notamment empêché les représentants de disposer pendant plusieurs mois d’une visibilité suffisante sur les moyens de l’instance.

Une répression patronale pour tenter d’étouffer coûte que coûte la dynamique

La mobilisation s’est aussi heurtée rapidement à une réaction de la direction. Le lendemain de la grève, des mutations ont été notifiées à plusieurs salariés grévistes sur le fondement de clauses de mobilité inscrites dans leurs contrats de travail.

Parallèlement, les élus dénoncent le recours à des dispositifs destinés à assurer la continuité de l’activité malgré les grèves, comme le recours à des agents de sécurité ou encore la possibilité pour des salariés du nettoyage d’ouvrir les salles à la place de l’agent d’accueil.

Les représailles ne se sont pas résumées à des mises en œuvre de clauses de mobilités mais aussi par l’accumulation de convocations, d’avertissements et de reproches disciplinaires pour les élus.

Également, le bouton qui permettait aux salariés de contacter les élus via l’intranet professionnel a disparu.

À l’ouverture des NAO, une nouvelle escalade contre Souleymane

C’est dans ce contexte que survient la nouvelle procédure visant le délégué syndical havrais. Selon les représentants CGT, les négociations annuelles se sont déroulées dans une atmosphère particulièrement conflictuelle. Une séance aurait été suspendue après de vifs échanges entre Souleymane, qui réclamait le droit à l’information loyale, et des membres de la direction, qui a contraint le salarié à être placé en arrêt maladie pour accident du travail.

Les syndicalistes rapportent que le directeur aurait conditionné la reprise des négociations à l’absence de Souleymane. L’hypothèse selon laquelle la direction cherche à écarter un représentant syndical des discussions collectives s’est confirmé puisque quelques heures après le début de l’ouverture des NAOs, Souleymane a été convoqué à un entretien préalable à licenciement et mise à pied de manière conservatoire.

Pour les élus, l’agressivité de la direction est aussi en lien à sa volonté de développer le modèle de franchise chez Basic-Fit que le syndicat redoute notamment concernant ses conséquences sur la fragmentation des collectifs de travail, la différenciation des conditions de travail et l’affaiblissement de la représentation syndicale.

En quelques années, des salariés auparavant isolés ont commencé à s’organiser, à se syndiquer et à mener des grèves communes. Ils ont fait émerger des revendications nationales. Les procédures disciplinaires répétées contre des militants comme Souleymane et Julien sont dénoncées par la CGT comme autant de tentatives d’affaiblir cette dynamique. En vain.

Ce vendredi 23 octobre 2026, il était reçu pour son entretien préalable. La quasi-totalité des griefs qui lui sont reprochés sont en lien avec l’exercice de son mandat syndical : l’envoi de mail à la hiérarchie en lien avec l’exercice de son mandat, sa communication à ses collègues en lien avec l’exercice de son mandat, le côté soi-disant « intimidant » de sa personne notamment lors de la dernière réunion des négociations annuelles obligatoires. Il fait désormais partie de la longue liste de syndicalistes accusés d’intimider leur employeur simplement parce qu’ils refusent de baisser la tête.

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