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Pour l’Eurovision, les artistes nordiques demandent l’exclusion d'Israël

REPRIS de : https://assawra.blogspot.com/2024/02/pour-leurovision-les-artistes-nordiques.html

SOURCE : Par Anne-Françoise Hivert
Le Monde du 09 février 2024

 

Lors d’une manifestation pour le retrait d’Israël du concours Eurovision de la chanson, devant les locaux de la société norvégienne de radiodiffusion (NRK), à Oslo, le 31 janvier 2024. FREDRIK VARFJELL / NTB VIA AFP

 

Le 31 janvier, au terme d’une visite d’Etat de deux jours en Suède, alors qu’il se trouvait à une vingtaine de kilomètres de Malmö, où se déroulera l’Eurovision en mai, Emmanuel Macron a voulu faire plaisir à ses hôtes en mentionnant la compétition dans un pays qui l’a remportée sept fois. « Je dois confesser que la France n’a pas toujours eu beaucoup de succès », a-t-il admis, sourire en coin, avant d’ajouter qu’il espérait « le meilleur » pour le chanteur Slimane, qui représentera l’Hexagone cette année.


Sans doute Emmanuel Macron ignorait-il alors la polémique faisant rage en Suède et dans les pays voisins, depuis que l’Union européenne de radio-télévision (UER), organisatrice de l’événement, a confirmé la participation d’Israël, le 10 décembre 2023. Une décision qui a provoqué une levée de boucliers en Europe du Nord, alors que la réplique israélienne aux massacres perpétrés par le Hamas le 7 octobre a fait plus de vingt-quatre mille morts à Gaza, selon l’organisation islamiste.


Deux jours seulement avant le discours du président français, mille cinq cents artistes suédois ont signé une tribune dans le journal Aftonbladet pour exiger l’exclusion d’Israël. « Accueillir des pays qui se placent au-dessus du droit humanitaire et les autoriser à participer à des événements culturels internationaux banalise les violations du droit international et rend invisible la souffrance des victimes », indique le texte, qui mentionne l’enquête de la Cour internationale de justice contre Israël, pays accusé de « génocide » par l’Afrique du Sud.

En Islande, un appel au boycott


Parmi les signataires, la chanteuse pop Robyn, le duo First Aid Kit et le rappeur Timbuktu, ainsi que la mezzo-soprano Malena Ernman, candidate de la Suède à l’Eurovision en 2009 et mère de l’activiste Greta Thunberg, qui s’est récemment retrouvée dans la tourmente pour avoir affiché son soutien aux Pales­tiniens. Les artistes reprochent à l’UER de faire preuve de « double morale » en autorisant Israël à participer au concours, après en avoir radié la Russie en 2022, à la suite de la guerre en Ukraine.


Les Suédois ne sont pas les seuls à protester. Dès le 11 décem­bre, l’Association islandaise des auteurs et compo­siteurs demandait à la RUV, le groupe d’audiovisuel public islandais, de boycotter le concours, à moins qu’Israël n’en soit exclu, « sur les mêmes bases que la Russie ». « Nous avons tous le devoir de prendre position contre la guerre et le meurtre de civils et d’enfants innocents », arguait l’association, soutenue par cinq cents artistes islandais qui ont signé une pétition appelant au boycott, le 18 janvier.


La RUV a fait savoir qu’elle prendrait une décision après la sélection de leur représentant. Or, cette année, un des dix candidats – et grand favori des sites de paris en ligne – n’est autre que le chanteur palestinien Bashar Murad (qui chantera en islandais). Lors de l’Eurovision en 2019, à Tel-Aviv, il avait déjà collaboré avec le groupe Hatari. A cette occasion, les Islandais avaient d’ailleurs écopé d’une amende, le trio ayant brandi des drapeaux palestiniens lors de la finale, en violation du règlement de l’UER.

« Un prix aux terroristes »


La mobilisation ne s’arrête pas là. En Finlande, mille trois cents artistes ont envoyé une lettre au radiodiffuseur Yle, s’opposant à ce qu’« un Etat qui commet des crimes de guerre et poursuit une politique d’occupation puisse polir sa façade au nom de la musique ». En Norvège, deux cent quatre-vingt-treize artistes – dont la chanteuse Ane Brun – demandent eux aussi la disqualification d’Israël.


Le 29 janvier, sur la chaîne suédoise SVT, l’ambassadeur d’Israël à Stockholm a réagi, en s’adressant directement aux artistes : « En signant une pétition de la sorte, vous pouvez donner l’impression que vous décernez un prix aux terroristes du Hamas. Un prix qui punit Israël pour quelque chose que le Hamas a commis », a dénoncé Ziv Nevo Kulman, rappelant l’attaque du Hamas contre le festival Tribe of Nova, le 7 octobre : « Des gens (…) sont juste venus pour célébrer la musique et l’amour et ils ont été massacrés, violés et pris en otage. »


En Suède – premier pays membre de l’Union européenne à reconnaître la Palestine, en 2014 –, la coalition gouvernementale de droite et d’extrême droite, qui affiche un soutien quasiment indéfectible à Israël depuis le début de la guerre, est gênée par la mobilisation des artistes. De nombreux éditorialistes soulignent les différences entre l’invasion de l’Ukraine par la Russie et l’offensive israélienne à Gaza. Certains vont même jusqu’à railler « l’aveuglement embarrassant de la gauche culturelle » suédoise.

La crainte d’un « désastre »


Sociologue à l’Université hébraïque de Jérusalem et expert de l’Eurovision, Chen Ozeri estime pourtant les critiques contre son pays justifiées. « Depuis sa première participation au concours, en 1973, Israël a toujours utilisé l’Eurovision pour promouvoir l’intérêt national », projetant l’image d’un pays « libéral, progressiste et pro-LGBT », dit-il.


Avec succès, puisque l’Etat hébreu a remporté quatre fois la compétition. Mais, cette année, le sociologue craint « un désastre », à moins qu’Israël ne se retire : « Sur les réseaux sociaux, les gens en parlent comme d’un nouveau front sur le champ de bataille et d’une opération militaire destinée à montrer aux Européens que nous n’avons pas peur et que nous ne succomberons pas à la critique, ce qui est complètement à côté de la plaque. »


Dans le quotidien suédois Dagens Nyheter, la journaliste Hanna Fahl constate que la mobilisation des artistes est en train de tourner au « cauchemar » pour l’UER. L’organi­sation continue d’affirmer que le concours est « apolitique » en dépit des incidents qui, chaque année, démontrent précisément le contraire.

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