A Rafah, la percée d’Israël douche les espoirs d’un cessez-le-feu immédiat

Publié le par FSC

Agence France Presse du 07 mai 2024

Des destructions à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, après une frappe israélienne, le 7 mai 2024. HATEM KHALED / REUTERS

 

L’offensive de l’armée israélienne a eu lieu quelques heures après que le Hamas a annoncé avoir accepté une proposition de trêve de l’Egypte et du Qatar, non validée par l’Etat hébreu, qui affirme vouloir poursuivre les négociations.

L’armée israélienne a fini par lancer un assaut sur Rafah, lundi 6 mai. Dès mardi matin, elle a affirmé s’être emparée d’un lieu symbolique et crucial pour 2 millions de Gazaouis : la partie palestinienne de l’unique poste-frontière entre la bande de Gaza et l’Egypte, qui s’ouvre en plein cœur de cette ville, derrière une immense arche d’aluminium, au débouché de la longue route Saladin. Des photographies ont été diffusées de drapeaux israéliens levés dans ce terminal, dont la prise parachève le siège de la bande de Gaza.

Cette percée soudaine a eu lieu quelques heures à peine après que le Hamas a annoncé, à la surprise de tous les acteurs, avoir accepté lundi une proposition de cessez-le-feu israélienne, non sans y avoir apporté d’importantes modifications, qu’Israël juge inacceptables. L’armée présente son opération à Rafah comme limitée, et non comme l’amorce d’une conquête de la cité, cul-de-sac méridional de la bande de Gaza et seule ville à ne pas avoir été investie jusqu’alors par les troupes de l’Etat hébreu, où se sont réfugiées plus d’un million de personnes ayant fui les bombardements.

Des sources palestiniennes avaient signalé plus tôt des mouvements de troupes depuis le corridor de Netzarim, la position avancée de l’armée au centre de l’enclave. Des chars ont également été signalés par une source médicale au Monde près de l’hôpital européen de Khan Younès (sud) en début de journée lundi. Des personnels internationaux de l’hôpital ont depuis lors été évacués. L’armée a aussi bombardé une centaine de cibles dans la région de Rafah, selon la radio de l’armée, notamment dans le quartier occidental de Tel Al-Sultan.

Le cabinet de guerre israélien avait décidé unanimement, dès lundi soir, de poursuivre les opérations à Rafah, après trois mois de menaces presque quotidiennes. Reste à savoir si cette avancée signe l’abandon par Israël du dernier round de pourparlers en cours avec le Hamas, alors que celui-ci a averti, tout comme les médiateurs qataris et égyptiens, qu’une invasion de Rafah ferait dérailler ces efforts. Le bureau du premier ministre, Benyamin Nétanyahou, a affirmé lundi soir que son gouvernement entendait pour sa part poursuivre les négociations : « Israël va envoyer une délégation en Egypte, dans un effort pour maximiser la possibilité d’atteindre un accord selon des termes acceptables par Israël. »

M. Nétanyahou était accusé depuis samedi de tenter de faire dérailler ces pourparlers, sous la pression de ses alliés d’extrême droite, partisans d’une poursuite sans fin de la guerre et d’un nettoyage ethnique de Gaza. Cependant, le ministre centriste Benny Gantz a affiché, lundi soir, un front uni avec le chef du gouvernement. Le général, qui compte parmi les plus actifs défenseurs d’un accord de cessez-le-feu au sein du cabinet de guerre, afin de libérer les otages du Hamas, affirmait que « l’opération militaire à Rafah est une part inséparable de nos efforts constants et de notre détermination à ramener nos kidnappés et à changer la réalité sécuritaire dans le Sud ».

Cet ancien chef d’état-major balayait la proposition du Hamas, estimant qu’elle « ne correspond pas au dialogue qui a eu lieu jusqu’à présent avec les médiateurs », tout en affirmant sa volonté de « ne négliger aucune piste », et d’envoyer une délégation au Caire. « Chaque décision sera soumise au cabinet de guerre et il n’y aura pas de considérations politiques », précisait-il, se posant en rempart contre toute manœuvre de M. Nétanyahou et de ses alliés messianiques.

« Scénario catastrophe »


L’armée affirme également avoir disposé des troupes autour du lieu-dit Dahaniya, à la frontière israélienne. Lundi, elle avait ordonné aux civils d’évacuer une zone qui s’étend le long de la frontière depuis ce point jusqu’au premier bâti de Rafah. Elle indiquait son intention de progresser dans cet espace largement vide, situé au sud de l’ancien aéroport de Gaza, jusqu’à des villages de tentes et du bâti où se massaient quelque 100 000 personnes, selon son estimation. Ces ordres ne laissaient pas deviner la percée vers le terminal de Rafah, situé en plein cœur de l’agglomération.

Des destructions à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, après une frappe isréalienne, le 7 mai 2024. HATEM KHALED / REUTERS
C’est justement des abords de ce poste-frontière que le Hamas avait tiré au mortier, le 5 mai, tuant quatre soldats dans le camp militaire israélien d’Amitai, où des forces israéliennes préparaient l’invasion de Rafah. Ces tirs avaient conduit l’Etat hébreu à fermer le principal point de passage de l’aide humanitaire internationale depuis son territoire, situé non loin, à Kerem Shalom. Lundi, le président américain, Joe Biden, a demandé à M. Nétanyahou d’ordonner sa réouverture, sans effet pour l’heure.

L’armée indique que l’opération en cours à Rafah est censée prendre en compte les inquiétudes de l’Egypte, qui craint un mouvement de panique de la foule vers sa frontière. Elle prétend contrôler ces flux en se rendant maîtresse du point de passage – sans rien dire des 12 kilomètres de frontière qui s’étendent de part et d’autre, le long de laquelle un immense village de tentes a poussé depuis six mois. Un diplomate égyptien se disait cependant relativement confiant lundi, estimant que « les Israéliens paraissent avoir compris notre ligne rouge, et surtout avoir entendu Washington qui la leur a confirmée. Mais le terrain, c’est autre chose : l’Egypte se prépare à un scénario catastrophe, qui la contraindrait à accueillir quelques dizaines de milliers de personnes fuyant les combats ».

Permettre une évacuation des civils


Par son opération éclair, mardi, Israël a de fait pris en charge le principal point d’entrée terrestre pour l’aide humanitaire à Gaza, et pourrait étendre son contrôle sur 6 kilomètres de frontière largement vide, jusqu’à Kerem Shalom. L’Etat hébreu assumerait ainsi une responsabilité accrue dans l’acheminement de l’aide, qu’il a systématiquement limitée, jusqu’à provoquer un début de famine dans le nord de l’enclave assiégé, selon les Nations unies.

Une source israélienne a affirmé au site d’actualité Axios que l’Etat hébreu entendait impliquer dès les prochains jours des Palestiniens de Gaza non affiliés au Hamas dans le contrôle et la distribution de l’aide entrant par Rafah. Israël orchestre déjà de telles collaborations dans l’enclave, sans dévoiler l’identité de ses partenaires, et sans que ces convois, qui gagnent en intensité, n’aient pu prévenir la famine.

Les Etats-Unis demeuraient largement silencieux mardi, entretenant l’ambiguïté sur leur éventuel soutien aux avancées militaires de leur allié israélien. Le président Joe Biden s’est entretenu dimanche avec M. Nétanyahou. Il lui a répété que Washington demeurait opposé à une opération de grande ampleur à Rafah qui ne serait pas accompagnée d’un plan crédible afin de protéger la population de la ville et de permettre une évacuation des civils en bon ordre. Un porte-parole de la Maison Blanche, John Kirby, n’a cependant pas précisé si Washington considérait l’incursion en cours dans Rafah comme une opération de grande ampleur – ce que l’armée israélienne s’emploie à nier avec force.

Par Louis Imbert
Le Monde du 07 mai 2024

La Chine exhorte Israël à « cesser d’attaquer Rafah »


La Chine a exhorté Israël mardi à « cesser d’attaquer Rafah », après l’annonce par l’armée israélienne de sa prise de contrôle du côté gazaoui du point de passage de Rafah entre la bande de Gaza et l’Egypte.
« La Chine (...) appelle fermement Israël à tenir compte des nombreuses demandes de la communauté internationale, à cesser d’attaquer Rafah et à faire tout ce qu’il peut pour éviter une crise humanitaire plus grave dans la bande de Gaza », a déclaré le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Lin Jian.
L’armée israélienne a procédé dans la nuit de lundi à mardi à des frappes sur Rafah, à la lisière sud de la bande de Gaza assiégée. Israël cherche à accentuer la « pression » sur le Hamas quelques heures avant de nouveaux pourparlers, mardi au Caire, pour tenter d’infléchir un accord de trêve auquel le mouvement islamiste a donné son feu vert.
Après avoir dit pendant des semaines prévoir une offensive terrestre à Rafah, Israël a appelé lundi les Palestiniens de l’est de la ville à évacuer la zone, en prélude à une « opération terrestre ».


Un correspondant de l’AFP présent dans la ville a fait état d’un bombardement durant la nuit de lundi à mardi. Onze personnes y ont été tuées et des dizaines d’autres blessées dans des frappes israéliennes, selon l’hôpital koweïtien de Rafah.
L’armée israélienne a ensuite annoncé mardi que des troupes au sol avaient entamé une « opération ciblée de contreterrorisme » dans l’est de Rafah.
Pékin « exprime sa vive préoccupation au sujet du lancement prévu par Israël d’une opération militaire terrestre contre Rafah », a fait savoir la Chine mardi.
« La guerre et la violence ne peuvent pas résoudre fondamentalement le problème et ne peuvent pas conduire à une véritable sécurité », a déclaré M. Lin.


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