Communistes : Pour en finir avec la censure ... et l'évitement du débat !

Publié le par FSC

Didier Gosselin : Robert Charvin et une Chine qui développe sa présence dans différentes parties du monde sur un mode pacifique et en promouvant une relance du droit international et du multilatéralisme sur lesquels s’assoient aujourd’hui les Etats-Unis et l’Europe

 

Didier Gosselin

Les peuples qui luttent contre « l’internationale brune » n’attendent plus grand chose de la France ni même malheureusement du Parti Communiste Français. Lequel n’a plus depuis longtemps cette aura construite depuis 1920 et qui faisait qu’en tant que dernier dépositaire après Maurice Thorez et les légendaires ministres de 1946, Georges Marchais pouvait, à la hauteur d’un homme d’Etat et parce que le PCF était encore respecté, rencontrer Javier Perez De Cuellar ou Boutros Ghali, secrétaires généraux de l’ONU, rétablir les relations politiques avec Deng Xiaoping et les communistes chinois, discuter avec Brejnev ou Gorbatchev, être reçu par Yasser Arafat quand celui-ci était en visite officielle à Paris, recevoir chez lui Fidel Castro, Nelson Mandela au siège du Parti ou encore Abraham Serfaty à la fête de l’Humanité… Plus rien de tout cela n’est aujourd’hui même envisageable tant que le PCF, son Secteur international et l’Humanité resteront sur une vision du monde étriquée, ignorant la lutte de classe à l’échelle internationale, à l’inverse de tout ce qui a prévalu tout au long du 20e siècle au PCF…

 

 

En lisant la double page que l’Humanité du 17 octobre 2025 offre à Patrick Le Hyaric pour promouvoir son livre « Un monde à la renverse », on reste perplexe face au contenu de la proposition énoncée pour combattre « l’internationale brune ». Si le constat global sur la stratégie impérialiste dont l’épicentre se trouve aux Etats-Unis et qui vise à sécuriser le capital, y compris par le fascisme, est pertinent, ce constat pêche effectivement par manque de vision élargie. Patrick Le Hyaric considère que seule une « initiative communiste », concept non précisé, permettrait d’ouvrir une voie humaine pour sortir du capitalisme. Soit. Mais que penser d’une « initiative communiste » qui fait l’impasse sur le basculement géopolitique à l’œuvre porté par les BRICS et sa locomotive chinoise ? Des BRICS qui s’opposent pourtant à l’hégémonie capitaliste génératrice de « l’internationale brune » et une Chine qui développe sa présence dans différentes parties du monde sur un mode pacifique et en promouvant une relance du droit international et du multilatéralisme sur lesquels s’assoient aujourd’hui les Etats-Unis et l’Europe (dixit le juriste Robert Charvin dans l’Humagazine n°973 du 9/10/25), voilà qui mériterait au moins un débat en profondeur. Selon le raisonnement et la démonstration de Patrick le Hyaric, cette « initiative communiste » ne peut prendre corps que dans notre pays, à partir des « fils rouges hérités de la constitution de 1793, des combats pour la république sociale et laïque, du CNR qu’il faut tirer pour dégager un processus communiste de transformation sociale, démocratique, écologique et féministe ».

 

 

C’est une évidence que les communistes français doivent se battre à partir de leur réalité et de leur histoire, mais nous ne sommes pas isolés sur la planète et nous subissons de plein fouet les conséquences de la crise internationale du capitalisme, avec son cortège d’horreurs, et nous ne pouvons envisager la bataille qu’en prenant également en compte ces dimensions internationales. Si Patrick Le Hyaric évoque en deux lignes dans cet article les pays du Sud global, sans nommer la Chine et les BRICS et en étrillant la Russie, implicitement classée dans « l’internationale brune », c’est parce qu’il est persuadé que ces pays, pourtant longtemps dominés, marginalisés ou combattus férocement par le capitalisme, ne sont pas dignes de confiance dans le combat contre l’impérialisme, notamment et entre autres parce qu’ils ne répondent pas stricto sensu pas aux critères qu’il énonce pour définir « un processus communiste de transformation sociale » : démocratie, écologie, féminisme et laïcité !

Outre son côté « modèle normatif » cette position est tout à fait contre-productive car elle réduit l’action politique à l’Hexagone, peut-être à l’Europe alors que celle-ci accepte sa vassalisation sur tous les plans par l’impérialisme américain, et s’avère de fait inopérante dans la bataille contre « l’internationale brune ». Effectivement, à partir du moment où l’on refuse d’admettre que d’autres pays et partis communistes se battent contre l’impérialisme et qu’on refuse de prendre langue avec eux parce qu’on se contente de délivrer, ou pas, des brevets de respectabilité à ces autres qui se battent contre « l’internationale brune », alors cette « initiative communiste » n’est qu’un coup d’épée dans l’eau… D’ailleurs, affirmer que le capitalisme « veut sa revanche sur quatre-vingt ans d’émancipation » témoigne d’un certain mépris envers celles et ceux qui ont lutté bien avant 1945 contre l’impérialisme et notamment les révolutionnaires bolchéviques de 1917 (il y a 108 ans !) et dans la foulée les peuples de l’Union Soviétique qui ont construit une forme de socialisme dans des conditions historiques complexes, avec des résultats indéniables, parfois discutables et discutés mais qui en matière d’émancipation de la féodalité tsariste vers l’éducation, la santé, l’égalité n’ont pas de leçon à recevoir…

 

Qui plus est, « l’émancipation », brandie par Patrick Le Hyaric, construite à partir de la Libération doit beaucoup au poids de l’Union Soviétique, victorieuse du nazisme, et ce n’est d’ailleurs pas pour rien si dès 1947 l’impérialisme américain a lancé sa « guerre froide » pour reprendre la main sur le destin de la France et de l’Europe en commençant par évincer les ministres communistes du gouvernement d’alors.

Il faut noter les efforts récents impulsés par Fabien Roussel pour encourager le débat et relancer cet internationalisme cher au PCF, notamment en préfaçant le livre censuré par l’Humanité et le Secteur international « Quand la France s’éveillera à la Chine », en engageant un accord de solidarité avec Cuba, en soutenant sans faille la Palestine et sa représentante en France, en exigeant la libération de Marwan Barghouti, comme nous l’avions fait avec l’ANC, Nelson Mandela et Dulcie September par exemple, et en évoluant quelque peu sur les enjeux du conflit Russie-Ukraine, la nécessité de construire la paix et une sécurité collective, et le rôle de l’OTAN, structure militaro-politique de laquelle le PCF pense depuis toujours qu’il faut sortir… Encourageant mais encore insuffisant tant que les adhérents du PCF ne prendront pas cette question internationale à bras-le-corps. Et on ne peut que regretter que la Fête de l’Humanité ait donné carte blanche au seul Patrick Le Hyaric alors qu’il aurait été beaucoup plus intéressant de confronter les deux ouvrages à travers un débat…

Juste pour établir un rapport de proportion concernant notre action et notre influence, nous nous sommes embarqués dans une louable flottille pour Gaza alors qu’à la fin des années trente le PCF, avec Georges Gosnat entre autres, fut en mesure de créer « France-Navigation », une compagnie de 22 navires et 2 000 marins qui se chargea d’alimenter et d’armer la République espagnole en lutte contre le fascisme… Et ce, dans le cadre de l’internationale communiste… On est aujourd’hui loin du compte pour ce qui concerne les relations avec tous les partis communistes ou progressistes du monde et la nécessaire bataille à mener au niveau de la planète contre « l’internationale brune ». Sachant que c’est précisément cet internationalisme qui donna tout son souffle à la lutte des communistes français, il faut se poser la question de (re) construire les liens avec les partis frères des différents pays, sur la base du respect mutuel intégrant le respect des conditions historiques propres à chaque pays pour l’édification du socialisme. Le socialisme à la française, celui que nous proposons pour notre pays et notre peuple, nous ne souhaitons l’imposer à personne, et nous nous sommes suffisamment battus pour qu’aucun autre parti communiste ne nous impose un modèle de socialisme. Mais nous ne pourrons le construire, ce socialisme à la française, qu’en nous intégrant au mouvement international, initié par les BRICS, « pour la mise en œuvre généralisée, sans ingérence ni lutte armée, de l’autodétermination de chaque peuple (Robert Charvin) ».

 

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