Interception de la flottille pour Gaza : comment l’Espagne se prépare à lancer « une offensive diplomatique et juridique »

Publié le par FSC

Luis Reygada
L'Humanité du 03 octobre 2025

Sánchez lui-même a discrètement admis que son gouvernement étudiait toutes les voies légales pour poursuivre devant la justice internationale et espagnole le gouvernement dirigé par Benjamin Netanyahu.© Jesus Merida/SOPA Images via ZUMA Press Wire

 

Le gouvernement de gauche dirigé par Pedro Sánchez se préparerait à lancer « une offensive diplomatique et juridique » pour poursuivre Israël suite à l’assaut militaire illégal effectué dans les eaux internationales.
Au moins 65 citoyens espagnols font partie des centaines de militants humanitaires membres de la flottille pour Gaza Global Sumud arraisonnée ces dernières heures par l’armée d’Israël, et pour le moment tout indique que le gouvernement espagnol cherche à faire preuve de prudence afin d’éviter toute situation qui pourrait compliquer le retour au pays de ses ressortissants.


« Pour l’instant le plus important est la sécurité de nos compatriotes, qu’ils puissent rentrer chez eux rapidement, et à partir de là, nous étudierons tout type d’action », a déclaré ce jeudi le chef de l’exécutif ibérique, le socialiste Pedro Sánchez.
Jusqu’à maintenant, le ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares s’est contenté de convoquer, ce jeudi, la chargée d’affaires d’Israël (les deux pays ont rappelé leurs ambassadeurs respectifs ces derniers mois) pour lui faire savoir que les citoyens espagnols arrêtés sont « des citoyens pacifiques et solidaires dont l’objectif était uniquement et exclusivement humanitaire, qui ne représentaient aucune menace pour Israël et qui exerçaient un droit fondamental du droit international ».

Une offensive diplomatique et juridique pour dénoncer Israël


« Je n’accepterai aucune accusation totalement injuste et infondée à leur encontre », a déclaré Albares lors d’un entretien sur la chaîne publique RTVE, durant lequel il a exprimé que la flottille exerçait « un droit de passage inoffensif dans les eaux internationales ». Tout en justifiant l’action de celle-ci face à l’impossibilité d’acheminer l’aide humanitaire dans la bande de Gaza en raison du « blocus inhumain imposé par Israël ».
Mais l’Espagne, fer de lance européen de la dénonciation du génocide en cours à Gaza, semble aussi disposée à aller bien plus loin. Le quotidien El País rapporte en effet que le pays ibérique n’attendrait que le retour de ses concitoyens pour lancer « une offensive non seulement diplomatique mais aussi juridique pour poursuivre Israël » pour l’assaut contre la flottille. Une action militaire dont plusieurs membres du gouvernement de coalition ont déjà reconnu le caractère illégal étant donné qu’il représente une violation manifeste du droit international et notamment maritime.


Sánchez lui-même a discrètement admis que son gouvernement étudiait toutes les voies légales pour poursuivre devant la justice internationale et espagnole le gouvernement dirigé par Benjamin Netanyahu, visé depuis bientôt un an par un mandat d’arrêt lancé par la Cour pénale internationale.

Tel-Aviv de nouveau dénoncée devant la CPI ?


Alors que le procureur général espagnol annonçait, il y a deux semaines, que la justice de son pays allait collaborer activement avec la Cour internationale de justice et la Cour pénale internationale (CPI) dans le cadre de l’enquête en cours au sujet de l’entreprise génocidaire lancée dans l’enclave palestinienne, le parquet général a déclaré ce jeudi enclencher de nouvelles procédures afin de déterminer les circonstances dans lesquelles l’armée israélienne a intercepté la flottille humanitaire Global Sumud.
Les éléments de ce nouveau dossier pourraient ainsi être inclus à l’enquête menée par la CPI. Le parquet a ainsi sollicité, d’après un communiqué diffusé ce jeudi, des informations sur « les navires concernés, les coordonnées maritimes où l’interception a eu lieu, la nationalité des personnes qui voyageaient à bord de ces navires, la nature de l’expédition, leur cargaison et l’aide consulaire éventuellement fournie aux citoyens espagnols ».


Pour rappel, la « zone d’exclusion » située à 120 miles de Gaza a été déterminée unilatéralement par Tel-Aviv, et n’a donc pas de valeur juridique du point de vue international. Par conséquent, l’endroit où les membres de la flottille ont été arrêtés se trouve en eaux internationales, ce qui fait de l’arraisonnement réalisé par l’armée israélienne – qui a aussi visé les plus de 20 journalistes internationaux présents à bord parmi lesquels le journaliste de l’Humanité Émilien Urbach – une action militaire illégale.

Netanyahou fustigé par des membres du gouvernement espagnol


Des sources au sein de l’exécutif espagnol ont aussi exprimé à El País que celui-ci « étudie également d’autres formules (pour dénoncer Israël) non seulement devant la Cour pénale internationale, mais aussi devant l’ONU elle-même ».
« L’attaque israélienne contre la flottille Global Sumud est un crime contre le droit international ; nous exigeons d’Israël la libération immédiate de toutes les personnes détenues », a exprimé sur Bluesky la deuxième vice-présidente du gouvernement espagnol Yolanda Díaz. Soulignant que la mission « humanitaire » de la flottille vers Gaza « est légitime et nécessaire », la ministre du Travail et cheffe de file de la coalition Sumar (aile gauche du gouvernement Sánchez III) a demandé la rupture des relations entre Tel-Aviv et l’Union européenne tout en rappelant que « Netanyahou est un criminel de guerre responsable du génocide contre le peuple palestinien ».


Présente lors de la dernière édition de la Fête de l’Humanité pour dénoncer le génocide à Gaza, la ministre espagnole de la Jeunesse et de l’enfance Sira Rego (coalition Sumar) a de son côté fustigé « l’État génocidaire (qui) viole une nouvelle fois le droit international », tout en réclamant la fin de l’« impunité » dont jouit Israël.
 

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