Médecins du monde plaide pour le 100 % Sécu .

Publié le par FSC

 
 
par  Eugénie Barbezat

Santé Dans son rapport sur l’accès aux droits et aux soins publié ce mercredi, l’ONG dénonce une érosion progressive de l’assurance-maladie qui touche particulièrement les populations les plus précaires.

L’observatoire de l’accès aux droits et aux soins, publié ce mercredi 1er octobre par Médecins du monde (MDM), dresse un constat alarmant sur l’état de notre système de santé. En 2024, les personnes reçues dans les centres fixes de l’ONG étaient SDF pour un quart d’entre elles ou vivaient pour plus des deux tiers dans un logement temporaire ou instable. Si deux personnes sur cinq n’étaient pas éligibles à une couverture maladie, celles qui l’étaient n’avaient pas de droits ouverts pour 79 % d’entre elles et c’était le cas de neuf personnes sur dix éligibles à l’aide médicale d’État (AME).« Les chiffres de notre rapport le montrent, loin de “profiter du système”, les personnes les plus précaires de notre société – personnes âgées, travailleurs précarisés, personnes en situation administrative irrégulière – souffrent d’un accès restreint aux services de soins, ce qui provoque des retards de traitement importants et met en péril leur santé », dénonce Matthias Thibeaud, référent accès aux droits de santé pour Médecins du monde.

des obstacles multiples

Ce défaut d’accès aux soins est alarmant car 57 % des patients reçus par l’association sont diagnostiqués pour au moins une maladie chronique nécessitant un suivi (diabète, hypertension artérielle, etc.). Or, 34 % des patients de MDM présentent un retard de recours aux soins et près de 40 % nécessitent une prise en charge urgente ou assez urgente. Par ailleurs, plus de 8 femmes sur 10 n’ont jamais réalisé de dépistage de cancer du col de l’utérus (contre 7 % en population générale) et 87 % des femmes de 15 à 49 ans reçues n’ont pas de contraception.« En France, les dépassements d’honoraires ont doublé en vingt ans, les déserts médicaux s’étendent, et plus d’un tiers des personnes que nous accueillons arrivent trop tard pour se soigner », alerte Yannick Le Bihan, directeur des opérations France. Le nombre de ménages qui peuvent débourser les quelque 300 euros de reste à charge moyen annuel (selon la Dress) tend à se restreindre à mesure que gagne la pauvreté.

Parmi les obstacles au soin touchant les plus précaires, figurent les entraves à la domiciliation. Plus de la moitié des centres communaux d’action sociale (CCAS) refusent de domicilier les personnes vivant en bidonville, squat ou à la rue ou les travailleurs précaires et itinérants. Ce qui les empêche d’ouvrir des droits à la santé, révèle une enquête réalisée via une méthode de testing auprès des services sociaux communaux ainsi que des personnes accompagnées en Île-de-France et dans la région du Médoc.

La dématérialisation est également un frein rédhibitoire pour les personnes âgées, précaires ou peu diplômées : 44 % des personnes ont déclaré avoir renoncé au moins une fois au cours des douze derniers mois à une démarche administrative à distance, selon une enquête flash réalisée par Médecins du monde à Rouen. En cause notamment, le manque d’équipements ou de compétence numérique ou un délai d’attente trop long.

Enfin, les personnes en situation administrative irrégulière sont régulièrement discriminées quand elles ont recours à la médecine libérale. Une enquête testing auprès de cabinets de chirurgiens- dentistes à Montpellier révèle que dans 38 % des cas, les personnes éligibles à l’aide médicale d’État (AME) se sont vu refuser un rendez-vous alors qu’il était proposé pour une demande identique formulée par une personne assurée sociale. Ces refus constituent des violations manifestes du droit légal à l’accès aux soins.

en finir avec un système inefficace

Enfin, les effets d’un plan d’austérité gouvernemental, tel qu’évoqué cet été avec 5 milliards d’euros d’économies sur le secteur de la santé, principalement supportées par les usagers, ne feraient qu’augmenter ces difficultés. C’est pourquoi, à contre-courant des politiques néolibérales, et parce qu’aux yeux de l’ONG« la santé est un droit avant d’être un marché », MDM propose la création d’une couverture santé universelle fondée sur la fusion des dispositifs existants, parfois stigmatisants, tels que la protection universelle maladie(Puma), la complémentaire santé solidaire (C2S) et l’AME, dans un régime unifié, avec un remboursement de l’intégralité des frais de santé par l’assurance-maladie.

Ce modèle, dit du « 100 % Sécu », mettrait fin à un système dual jugé inefficace et inégalitaire. « Ce n’est pas une utopie, mais une réponse juste et efficace à la dégradation de notre modèle social. Pour preuve, un rapport de 2022 du Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance-maladie montre qu’une réforme allant dans ce sens – le scénario dit de la “grande Sécu”, bien que moins ambitieux – pourrait déjà générer 5,4 milliards d’euros d’économies par an », pointe Jean-François Corty, président de MDM, appelant à bâtir une assurance- maladie du XXIe siècle, réellement universelle, solidaire et accessible à toutes et tous. Conforme à la promesse faite il y a pile quatre-vingts ans.

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