Quand le RN fait tout pour éviter la NATIONALISATION d'ArcelorMittal

Publié le par FSC

par  Naïm Sakhi
« La main des députés ne doit pas trembler »

 

Sidérurgie L’Assemblée doit se prononcer, ce jeudi, sur une nationalisation temporaire d’ArcelorMittal, alors que la direction prévoit 636 suppressions de postes. Pour Gaëtan Lecocq (CGT), cette mesure serait rentable pour l’Europe entière.

La souveraineté industrielle au cœur de la préoccupation des partis ? Ce jeudi 27 novembre, les députés seront mis devant leurs responsabilités. À l’occasion de la niche LFI, l’Assemblée nationale doit se prononcer sur une nationalisation temporaire d’ArcelorMittal. La mesure, également soutenue par les communistes, les socialistes et les écologistes, avait été adoptée en commission. En déposant près de 300 amendements, le RN espère faire durer les débats après minuit, rendant impossible l’adoption du texte.

ArcelorMittal, Novasco, Erasteel… l’acier français connaît une liquidation de ses usines. La nationalisation d’ArcelorMittal peut-elle être le premier acte d’une reprise en main de son industrie ?

Bien sûr. Et c’est pour cela que la direction d’Arcelor s’inquiète officiellement, dans un communiqué, d’une possible nationalisation. Ce serait une première étape pour sauver l’acier français, européen et notre souveraineté nationale. Nous sommes en train de gagner la bataille culturelle : 67 % des Français soutiennent une nationalisation d’ArcelorMittal. C’est l’aboutissement de dix-huit mois de combat acharné pour la CGT. L’acier est comme l’eau et l’électricité : un bien commun. Si les hauts-fourneaux ferment, l’ensemble de l’industrie française passera à la trappe. La perte du site de Dunkerque entraînera une catastrophe économique et sociale dans tout le nord de la France. À Denain, le four a fermé en 1980 et la ville ne s’est toujours pas relevée de ce sinistre. La main des députés ne doit pas trembler.

Comment financer cette nationalisation ?

En France, les sites d’ArcelorMittal ont dégagé, entre 2021 et 2023, 1,2 milliard d’euros de bénéfice. Une nationalisation coûterait 3 milliards d’euros, sans prendre en compte le remboursement des aides publiques perçues. En une décennie, cet investissement dans notre souveraineté industrielle serait remboursé. La sauvegarde des hauts-fourneaux permet aussi d’éviter un drame, la liquidation de l’industrie française, dont il faudra assumer financièrement le coût social.

Qu’en est-il de la mise en œuvre du « plan de sauvegarde de l’emploi » (PSE) annoncé ?

La CFDT et la CFE-CGC ont signé, ce 25 novembre, le PSE, qui prévoit la suppression de 636 emplois. Pourtant, un audit réalisé par le cabinet Secafi, commandé par le comité social et économique (CSE), expose très clairement que ces licenciements ne sont pas justifiés. Et ce n’est qu’un début. Un deuxième PSE est à craindre au second semestre 2026. Et, dans le même temps, depuis janvier, l’action d’ArcelorMittal a augmenté de 50 % malgré la vague de licenciements annoncée. Nos matières grises ont été délocalisées en Inde, et Mittal investit dans des hauts-fourneaux au charbon, pour atteindre 30 millions de tonnes de production en 2030. C’est une volonté délibérée de se soustraire aux normes sociales et environnementales en Europe. Et de faire une croix sur la production de l’acier vert.

Le Sénat s’est opposé à un texte du groupe communiste nationalisant ArcelorMittal, le 30 octobre. La mesure peut-elle trouver une majorité au Parlement ?

Oui, en guise de compromis, le texte étudié à l’Assemblée prévoit une nationalisation temporaire. L’ensemble des groupes parlent d’industrie et de souveraineté nationale. Ils doivent désormais prendre leurs responsabilités. Le gouvernement et la droite s’inquiètent de la rentabilité en cas de nationalisation.

Mais l’Union européenne s’apprête à adopter un plan acier et ambitionne de réduire de 50 % nos importations. Ce qui reviendrait à produire 18 millions de tonnes supplémentaires sur le continent. Un objectif ambitieux, vu l’état des infrastructures de production, mais jouable. Et c’est une raison supplémentaire pour nationaliser ArcelorMittal : avec le plan d’acier, nous serons rentables.

Le Rassemblement national se vautre dans l’obstruction des débats, au travers des amendements, afin d’empêcher la nationalisation. Qu’est-ce que cela traduit ?

Une nouvelle fois, l’extrême droite tire une balle dans le dos des ouvriers de l’acier. J’ai l’intime conviction que le Rassemblement national est le porte-flingue du patronat, qui cherche par tous les moyens à empêcher une nationalisation d’ArcelorMittal. Le groupe RN compte dans ses rangs Frédéric Weber, ancien délégué syndical CFDT à Florange, en 2013, lors de la fermeture des hauts-fourneaux, avant de devenir délégué syndical central FO. Puis il a trahi ses syndiqués pour rejoindre l’extrême droite. Il est désormais à la manœuvre pour bloquer ce texte. Les électeurs RN doivent ouvrir les yeux et réclamer des comptes.

 
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