Budget 2026 : le gouvernement sacrifie les « colos apprenantes » et les enfants défavorisés des quartiers populaires
L'Humanité du 02 décembre 2025
Le gouvernement a rayé de son projet de loi de finances l’aide d’État qui a permis à 400 000 enfants, fragiles ou défavorisés, de partir en « colo apprenante », entre 2020 et 2024. Les acteurs du tourisme social appellent les sénateurs à batailler contre cette décision dès jeudi 4 décembre.
On trouve de tout dans le projet de loi de finances (PLF) 2026 : des coups de rabot, des coupes sombres, des coupes claires et, plus rares heureusement, des coupes rases. Malheureusement, c’est bien cette coupe totale qui risque de s’abattre sur les « colos apprenantes ».
Créé pour relancer les voyages scolaires après la crise du Covid, le dispositif apporte une solution aux 4,7 millions d’enfants qui ne partent jamais en vacances (soit deux sur cinq). Cette aide financière, parfois complétée par celles de la Caisse d’allocations familiales (CAF), des collectivités locales et même de l’ANCV (Association nationale des chèques-vacances), vise à une prise en charge totale d’un séjour jusqu’à huit nuitées.
Les aides aux vacances des enfants défavorisés menacées en 2026
Tout cela pour le bonheur des mineurs en situation de handicap ou de l’aide sociale à l’enfance (ASE), des enfants de familles défavorisées des quartiers prioritaires de la politique de la ville comme des zones de revitalisation rurale, et de partout ailleurs (selon le quotient familial). Plus de 400 000 enfants de 3 à 17 ans en ont bénéficié entre 2020 et 2024.
Cette aide d’État, qui a obtenu 95 % de satisfaction de la part des familles, selon une étude du ministère de l’Éducation nationale, ne devrait pas être mise en œuvre en 2026. Car les 36,8 millions d’euros de l’enveloppe 2025 n’ont pas été reconduits pour l’année prochaine.
Aucune justification n’a accompagné ce trait de plume budgétaire que le Sénat va examiner à partir de jeudi. « Le pass Colo (aide au départ pour les 11 ans entre 200 et 350 euros – NDLR) a été maintenu, mais le budget prévoit la disparition totale des « colos apprenantes » qui avaient fait leur preuve. Si l’étau se resserre, entre les diminutions des aides d’État et des collectivités territoriales qui ont du mal à suivre, la situation deviendra complexe », résumait Laurent Lafon (Union centriste), président de la commission sénatoriale de l’Éducation, de la Culture et du Sport, mardi, lors d’un colloque organisé par l’Unat, l’union nationale des associations du tourisme social, qui sonne à nouveau l’alarme.
Le 30 octobre, une cinquantaine d’organisations d’éducation populaire (Ligue de l’enseignement, Jeunesse au plein air, Secours catholique, Scoutisme français, Resocolo…) avait déjà adressé une lettre ouverte au premier ministre et aux parlementaires. « Priver les enfants de vacances, c’est les priver d’une partie de leur enfance et c’est leur dire : « Tu n’as pas les moyens, alors tu n’y as pas droit. » C’est aussi briser le principe d’égalité au cœur même de la devise de la France, c’est oublier l’éducation, la santé et l’avenir », soulignait leur lettre ouverte à pétition.
Mobilisation contre la suppression des aides aux vacances pour les enfants défavorisés
« Attention de ne pas nous donner le coup de grâce », a de nouveau averti Michèle Demessine, présidente de l’Unat, lors de sa rencontre la semaine dernière avec Marina Ferrari, ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative.
Car la disparition des colos apprenantes viendrait fragiliser un peu plus le tourisme social, ce maillage territorial composé d’associations de jeunesse et d’éducation populaire, des services dédiés des collectivités territoriales et des centres de vacances des CSE (comités social et économique) d’entreprise. Un maillage aux retombées cruciales pour les communes le plus souvent rurales qui les accueillent.
Une enquête menée en 2024 dans les régions Auvergne-Rhône-Alpes et Bretagne démontre que chaque centre accueille en moyenne à l’année 5 000 personnes (40 % voyages scolaires, 20 % colonies, 40 % groupes, clubs sportifs…) et engendre 750 000 euros de retombées locales (dont 100 000 euros rien que grâce à l’argent de poche dépensé !) et 16 emplois directs et indirects.
Relancer les classes de découverte pour une éducation accessible à tous
« Pour nous, c’est un vrai choix politique structurant à Fontenay-sous-bois. Une classe d’âge en CM1 part au moins une fois pendant onze jours et 1 000 enfants vont en colonie en juillet et août. C’est 320 000 euros de budget, hors coûts de régie », revendique le maire de la ville, Jean-Philippe Gautrais. « Mais si des budgets ne sont pas fléchés par l’État, on prend le risque qu’il n’y ait plus rien de tout ça », prévient-il.
En plus du combat à mener contre la mesure austéritaire visant les colos apprenantes, les parlementaires disposent d’une autre cartouche. Votée en 2023 à l’Assemblée de manière transpartisane, la proposition de loi (PPL) portée par Émilie Bonnivard (LR) est en attente d’examen au Sénat.
Celle-ci vise à « relancer l’organisation des classes de découverte » en créant un fonds national d’aide au départ des voyages scolaires de 3 millions d’euros, ainsi qu’une indemnité plancher de 1 250 euros en faveur des enseignants qui organisent aujourd’hui encore des voyages scolaires de façon tout à fait bénévole. « Cette PPL ne réglera pas tout. Mais une loi sur le sujet n’a jamais existé. Elle permettra de lancer un débat de société sur notre jeunesse », espère la sénatrice (PCF) Cécile Cukierman.
