Sanctions contre Israël, comment l’Espagne s’est distinguée dès les premières heures du génocide
Les « Viva España » fleurissent sur les réseaux sociaux. Beaucoup d’internautes contre la guerre expriment leur désir de demander refuge en Espagne. Après deux ans et six mois de tentatives, au milieu du quasi désert, pour freiner Israël dans sa folie meurtrière, le gouvernement espagnol a annoncé mercredi 11 mars 2026 qu’il mettait fin officiellement aux fonctions de son ambassadrice à Tel Aviv, qui avait déjà été rappelée à Madrid au mois de septembre 2025.
Le gouvernement espagnol de gauche est l’une des voix européennes les plus critiques et les plus actives contre l’action criminelle israélienne en Palestine et ailleurs. Pedro Sanchez, premier ministre espagnol, a été le seul leader politique européen à élever la voix contre la guerre d’agression américaine et israélienne en Iran et au Liban et à agir en conséquence en refusant que les bases militaires espagnoles soient utilisées pour des opérations contre l’Iran, déclenchant la colère de Donald Trump.
En Europe, l’Espagne se distingue depuis le début du génocide à Gaza. Dès qu’Israël a commencé ses bombardements à Gaza, dimanche 7 octobre 2023, le gouvernement espagnol, dirigé par Pedro Sanchez, lui-même appuyé par des femmes politiques de premier plan comme Ione Bellara, ministre et secrétaire générale de Podemos, et Irene Montero, députée européenne de Podemos, annonce immédiatement des mesures pour protester contre le carnage, plus aucune nouvelle licence d’exportation d’armes vers Israël ne sera autorisée par Madrid.
Une semaine après le dimanche 7 octobre 2023, Ione Bellara, ministre des droits sociaux, demande que son gouvernement poursuive Benjamin Netanyahou devant la Cour Pénale Internationale (CPI) pour des crimes de guerre contre la tentative de génocide menée par l’état d’Israël à Gaza. Le mot de génocide est dit et écrit. Le même jour, l’ambassade d’Israël exige de Pedro Sánchez qu’il dénonce et condamne sans équivoque ces déclarations. L’ambassade d’Israël écrit que « ces déclarations sont des déclarations honteuses et immorales et elles mettent en danger les communautés juives en Espagne, en les exposant au risque d’un plus grand nombre d’incidents et d’attaques antisémites ».
En France, une telle déclaration de l’ambassade aurait immédiatement semé la panique, elle aurait provoqué la démission du ministre et elle aurait été accompagnée de tirs à boulets rouges contre le ministre de la part des médias mainstream. Il est par ailleurs improbable qu’un ministre avec de telles idées puisse figurer dans un gouvernement sous Emmanuel Macron, mais en Espagne, quelques minutes après la publication des exigences israéliennes, le gouvernement espagnol répond que « nous rejetons catégoriquement les contre-vérités du communiqué de l’ambassade d’Israël concernant certains ministres et nous n’acceptons pas les insinuations infondées à leur sujet. Dans une démocratie comme en Espagne, les leaders politiques peuvent exprimer librement leurs positions comme représentants de leur parti politique ». Ione Belarra et Irene Montero continueront de dénoncer le génocide des Palestiniens et d’appeler à des sanctions économiques exemplaires contre Israël.
Au mois de novembre 2023, Israël convoquait les ambassadeurs de Belgique et d’Espagne pour une réprimande sévère, car ils avaient dénoncé, depuis l’Égypte, la destruction de Gaza et ils avaient appelé Israël à reconnaître l’Etat de Palestine. Rien n’y fait. Israël ne parvient pas à intimider Madrid.
Au mois de janvier 2024, alors que la majorité des pays occidentaux croient aux mensonges israéliens contre l’United Nations Relief and Works Agency (UNRWA) et qu’ils annoncent couper leur contribution à cette agence de l’Organisation des Nations Unies (ONU), vitale pour les Palestiniens, l’Espagne annonce pour sa part maintenir ses contributions, rejoignant, en Europe, la Norvège et l’Irlande, pour la défense du droit international. La Belgique leur emboîtera le pas quelques jours plus tard.
L’Espagne a activement soutenu l’avis de la Cour Internationale de Justice (CIJ) du mois de janvier 2024 prévenant contre un risque sérieux de génocide à Gaza et ordonnant une série de mesures conservatoires urgentes pour préserver la vie des Palestiniens de Gaza. Au mois de juin 2024, l’Espagne a soumis sa déclaration d’intervention à la CIJ dans l’affaire de l’Afrique du Sud contre Israël, en application de l’article soixante-trois du statut de la CIJ, exerçant son droit d’intervention en tant qu’état partie à la Convention pour la Prévention et la Répression du Crime de Génocide (CPRCG).
Au mois de mai 2024, l’Espagne, l’Irlande et la Norvège, reconnaissent l’Etat de Palestine. Au mois de mai 2024, Emmanuel Macron se dit favorable à la reconnaissance d’un Etat palestinien, mais pas sous le coup de l’émotion. Au mois de mai 2024, Yolanda Diaz, vice-présidente du gouvernement espagnol, reprend à son compte le slogan « du fleuve à la mer, la Palestine sera libre ». Pour punir Madrid, Israël décide de rappeler son ambassadeur à Madrid et de couper les relations entre l’Espagne et les Palestiniens. « J’ai décidé de rompre le lien entre la représentation espagnole en Israël et les Palestiniens et d’interdire au consulat espagnol à Jérusalem de fournir des services aux Palestiniens de Cisjordanie », annonce le ministre israélien des affaires étrangères.
En guise d’application des mesures urgentes pour tenter d’empêcher le génocide, l’Espagne a décrété au mois de septembre 2025 un embargo interdisant l’exportation et l’importation des armes et du matériel de défense et des interdictions portant sur les biens à double usage. Des exceptions dans le domaine aéronautique seront cependant tolérées dans l’intérêt national espagnol. Au mois de septembre 2025, Madrid a annoncé une série de mesures, interdiction aux navires transportant du matériel militaire israélien d’accéder aux ports espagnols, fermeture de l’espace aérien espagnol aux avions transportant des armes vers Israël, restrictions sur les entrées en Espagne pour ceux qui sont impliqués dans le génocide à Gaza, interdiction d’importation de produits en provenance des colonies israéliennes en Cisjordanie, de Jérusalem-Est et du plateau du Golan, et obligation pour les plateformes touristiques de retirer les annonces d’hébergements situés dans les colonies israéliennes. Madrid a annulé un contrat de sept cents millions d’euros pour des lance-roquettes conçus en Israël et a bloqué deux cents tentatives d’achats de contenus liés à Israël.
A la même date, alors qu’Israël voyait rouge contre l’Espagne, Pedro Sanchez a exprimé son admiration pour les manifestants pour la Palestine qui ont perturbé le Tour d’Espagne de cyclisme auquel participait une équipe israélienne. Les manifestations pour la Palestine ont impacté la compétition, interrompant plusieurs étapes et envahissant la zone finale entraînant l’annulation du dernier jour de course. Cela aurait été inimaginable en France.
Au mois de septembre 2025, le ministre espagnol de la culture a estimé qu’il fallait faire en sorte qu’Israël ne participe pas à la prochaine édition de l’Eurovision. Lorsque sous la pression des pays soutenant Israël, comme la France, Israël a finalement été maintenu dans le concours, l’Espagne, les Pays-Bas, l’Irlande, la Slovénie et l’Islande, ont annoncé leur boycott de l’édition 2026.
Devant les dernières décisions du gouvernement espagnol, des députés français de gauche et même l’ancien premier ministre de droite Dominique de Villepin s’accordent pour dire que l’Espagne sauve l’honneur de l’Europe et que la France passe à côté de l’histoire.