À Paris, un 1er mai pour ne pas « toucher au repos du prolo »

Publié le par FSC

Naïm Sakhi
L'Humanité du 1er mai 2026

 

Sophie Binet et Marylise Léon à Paris, le 1er mai 2026.© Tomas Stevens/ABACAPRESS.COM

 

Un cortège fourni a défilé dans la capitale, entre les places de la République et de la Nation, à l’appel de la CFDT, la CGT, l’Unsa, Solidaires et la FSU. Les manifestants ont dénoncé les attaques faites contre la journée internationale des droits des travailleurs par les macronistes et l’extrême droite.
« À écouter les clients, il faudrait être à leur service tous les jours de l’année ». En tête du cortège parisien de la CGT, Caroline est venue en tenue de travail. « Nous sommes contre le travail le 1er mai », martèle cette boulangère, employée depuis une dizaine d’années dans un établissement parisien. Accompagnée de plusieurs de ses collègues, cette militante de la FNAF-CGT assure que « dans la pratique, beaucoup de salariés de boulangeries sont forcés de travailler. Le volontariat est souvent une fable, d’autant que l’inspection du travail contrôle très rarement les commerces ».


Cette année, les cortèges du 1er mai avaient des atours particulièrement revendicatifs. Depuis plusieurs semaines en effet, la journée internationale des droits des travailleurs est attaquée par l’exécutif, qui cherche à autoriser le travail dans les boulangeries et fleuristes lors du seul jour obligatoirement chômé et payé du calendrier.
« Touches pas à mon 1er mai, repos du prolo », peut-on lire sur une pancarte, au départ de la place de la République. Un message que partage Marylise Léon. « Le 1er mai est un jour particulier. Il doit être préservé. C’est le message porté par l’ensemble des organisations syndicales », prévient la secrétaire générale de la CFDT.

Le gouvernement s’obstine


Pourtant, le gouvernement a confirmé qu’un projet de loi verrait le jour pour permettre à certains commerces de détail d’ouvrir en cas d’accord de branche. Avec la promesse que les salariés de ces échoppes seraient volontaires et payés double. Le texte vient supplanter une proposition de loi centriste et LR, adoptée au sénat, et reprise par le député Renaissance Gabriel Attal, visant à autoriser le travail d’1,5 millions de salariés de commerces de proximité. « Nous sommes face à une vague de fond populiste qui consiste à faire croire qu’il suffirait de travailler le 1er mai pour gagner mieux sa vie », poursuit la cédétiste.
À ses côtés, Caroline Chevé, secrétaire générale de la FSU, assure que les agents de l’éducation nationale « voient au quotidien les conséquences de l’affaissement du Code du travail sur les jeunes ». À savoir « le travail du dimanche et les horaires décalés qui concernent davantage les mamans solos ».

Sébastien Lecornu provoque les syndicats


Loin de tenter l’apaisement, le premier ministre Sébastien Lecornu a joué la provocation en achetant symboliquement du pain, ce vendredi, dans une boulangerie de Saint-Julien-Chapteuil. Le premier ministre s’est déplacé en Haute-Loire à l’invitation du patron des députés LR et local de l’étape, Laurent Wauquiez. Une mise en scène « assez ridicule », selon Murielle Guilbert. » Le message envoyé est qu’ils sont prêts à revenir sur l’ensemble des acquis sociaux, même les plus historiques, au moment où les superprofits explosent », tance la co-délégué de Solidaires.
Dans la foule qui s’élance en direction de la place de la Nation, Pascal a tenu à venir avec une pancarte : « Fourmies 1er mai 1891, devoir de mémoire », honorant le souvenir des onze personnes tuées pour avoir réclamé la journée de travail de huit heures. « Ma famille vient du Nord, nous avons de la mémoire. Le 1er-Mai est une journée de lutte et revendicative, en hommage à ceux qui sont tombés pour obtenir de meilleures conditions de travail », tranche cet ouvrier du BTP.


Pas en reste, Laurent Escure, président de l’Unsa, entend maintenir le « cadre démocratique, condition sine qua non de la défense des travailleurs » alors que « la loi du plus fort » s’impose à l’international. Au départ de la manifestation, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, s’est d’ailleurs déclarée « solidaire », des « travailleurs argentins, italiens, indiens en lutte contre leurs gouvernements d’extrême droite », à l’heure où, en France, plusieurs maires RN s’attaquent aux célébrations de la journée internationale des droits des travailleurs. Notamment à Liévin ou l’extrême droite a supprimé la cérémonie en hommage aux 42 mineurs morts d’un coup de grisou, le 27 décembre 1974.
 

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