CISJORDANIE : La politique criminelle se poursuit

Publié le par FSC

Par Lucas Minisini
Le Monde du 25 juillet 2026

 

Des Palestiniens prient près des corps de victimes palestiniennes tuées lors d’une fusillade, selon les autorités sanitaires israéliennes et palestiniennes, près du village de Tel, dans les environs de Naplouse, en Cisjordanie occupée, le 25 juillet 2026. MOHAMMED TOROKMAN/REUTERS

 

Des violences qui se sont déroulées, vendredi matin, autour de Naplouse, ont provoqué la mort de deux Israéliens et de quatre Palestiniens. L’exécutif israélien a sommé l’armée « d’accélérer la légalisation des avant-postes agricoles et la construction de nouvelles implantations », illégales au regard du droit international.

Chaque vendredi, quelques dizaines de colons juifs extrémistes ont pris l’habitude de déambuler, armés, dans les montagnes autour de Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967. Vendredi 24 juillet, vers 7 heures, une centaine d’entre eux venus de la colonie de Har Brakha, illégale au regard du droit international, ont tenté de s’introduire dans le village palestinien voisin de Tel, en vain. « Ils ont blessé un habitant à la jambe avant de battre en retraite », décrit Rami Asida, un habitant de la petite commune, par WhatsApp. Selon le jeune Palestinien, les hommes, fusils M16 et Colt M4 en bandoulière, sont revenus à la charge, moins d’une heure plus tard, par le sud de la localité.
Selon leur version des faits, reprise par la chaîne de télévision israélienne i24 dans la matinée, ils auraient alors été agressés par un groupe d’habitants. Pourtant, sur les nombreuses vidéos que Le Monde a pu consulter, le groupe de colons, équipés de fusils d’assaut et accompagnés par des soldats de l’armée israélienne, invectivent et rudoient les locaux, qui ne sont pas armés. Les images montrent alors Farouk Ramadan, un jeune Palestinien, qui saisit l’arme de guerre d’un colon avant de lui tirer dessus, à bout portant. Selon Rami Asida, qui était présent dans le village à ce moment-là, l’armée israélienne a alors « tiré dans toutes les directions ».
Deux Israéliens, Benayahu Mellet, le colon à l’arme dérobée qui dirigeait l’équipe d’intervention rapide de l’implantation illégale Havat Gilad (« la ferme de Gilad »), et Yuval Ezra, un soldat, ainsi que quatre Palestiniens, deux frères et deux cousins de la famille Ramadan, ont été tués. Trois autres Palestiniens ont été grièvement blessés par balles, à l’abdomen et au thorax, et évacués vers un hôpital de Naplouse.
Dans la foulée, l’armée israélienne, qui a décrit les événements comme une « attaque terroriste », a encerclé la grande ville du nord de la Cisjordanie, 170 000 habitants et l’un de centres économiques de la Cisjordanie. Lors d’un raid mené au Nablus Specialty Hospital, un hôpital privé de la Naplouse, des dizaines de soldats ont enlevé le corps de l’auteur palestinien des tirs et arrêté deux des trois blessés à leur sortie du bloc opératoire, avec leurs familles. « Le personnel médical a été interrogé et violenté pendant plus de deux heures », dénonce, par téléphone, le docteur Souhail Eid, responsable de l’unité des soins intensifs de l’hôpital de la ville.


Des images de caméra de surveillance, consultées par Le Monde, montrent des patients et des membres de l’équipe médicale allongés sur le sol, les mains sur la tête, au pied de soldats israéliens. Autour de Naplouse, dont tous les accès ont été bloqués par des véhicules militaires, l’armée a imposé un couvre-feu strict dans les villages de Burin et de Tel. Selon le quotidien israélien Haaretz, une partie des unités affectées aux opérations au Liban et dans la bande de Gaza sont actuellement redéployées en Cisjordanie occupée.
Au lieu d’un appel au calme, le pouvoir israélien a préféré la méthode militaire. Parmi les ministres de la coalition de droite et d’extrême droite au pouvoir, le ministre des finances, Bezalel Smotrich, suprémaciste juif, a déclaré, sur les réseaux sociaux, que les villages autour de Naplouse devraient « ressembler » aux camps de réfugiés du nord de la Cisjordanie comme ceux de Jénine ou Tulkarem, en référence à la destruction systématique de ces zones lors d’opérations menées par l’armée israélienne, en 2025.
Itamar Ben Gvir, l’autre ministre suprémaciste juif de la coalition, en charge de la sécurité nationale, a demandé, sur X, que la « ville des terroristes » soit « traitée comme Beit Hanoun », du nom de la commune au nord de la ville de Gaza entièrement rasée par les bombardements de l’aviation israélienne après le 7-Octobre. « Je vais demander à l’armée de raser ces villages depuis les airs », a-t-il ajouté.


A l’issue d’une réunion d’urgence du cabinet de sécurité, qui réunit un groupe restreint de ministres, le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, et son ministre de la défense, Israel Katz, ont officiellement ordonné une « opération contre-terroriste de grande ampleur » dans le nord de la Cisjordanie occupée. Selon leur déclaration commune, les deux dirigeants ont notamment demandé à l’armée israélienne de confisquer les armes trouvées dans les villages des environs de Naplouse, de révoquer les permis de travail des Palestiniens de la zone, ou encore de « démolir » la maison du responsable palestinien du tir mortel sur le soldat et le colon extrémiste israéliens.
Enfin, l’exécutif israélien a sommé l’armée israélienne « d’accélérer la légalisation des avant-postes agricoles [illégales au regard du droit international] et la construction de nouvelles implantations [illégales au regard du droit international] ».

118 communautés déplacées de force


En Cisjordanie occupée, la situation des Palestiniens ne cesse d’empirer. Dans un rapport publié le 6 juillet, Peace Now, ONG israélienne de défense d’une solution à deux Etats, a documenté le déplacement forcé de 118 communautés palestiniennes par l’avancée de la colonisation, entre 2023 et 2025.
Durant la même période, l’organisation a noté 185 nouvelles implantations illégales, et la légalisation, selon la loi israélienne uniquement, de 102 colonies contrevenant au droit international. En moins d’une semaine, trois Palestiniens ont été tués lors de violences impliquant des colons juifs extrémistes et l’armée israélienne, dans les environs de Ramallah.
Le 18 juillet, Fadi Al-Nassan, jeune espoir du football palestinien de 17 ans, est mort des blessures causées par des tirs au niveau des jambes, lors d’une attaque de colons sur son village d’Al-Mughayyir, près de Ramallah, une semaine plus tôt.


Le 20 juillet, Odeh Farakhna et Ahmad Abou Mkhou ont été tués par des tirs de l’armée israélienne, qui les accusait d’avoir jeté des pierres dans leur direction, lors d’une attaque de colons venus voler du bétail dans leur village de Deir Jarir, au nord de Ramallah. Selon le ministère de la santé de l’Autorité palestinienne, 87 Palestiniens ont été tués en Cisjordanie occupée depuis le début de l’année 2026, dont 21 par des tirs de colons.

Les colons profitent de la campagne


Pour Nadav Weiman, le directeur exécutif de Breaking the Silence, une ONG de vétérans documentant l’occupation des territoires palestiniens et les violences de l’armée, les colons extrémistes profitent de la campagne électorale en vue du scrutin législatif du 27 octobre pour tenter de démultiplier le nombre de colonies illégales et d’implantations illégales. « Leur projet politique va mettre le feu à la Cisjordanie », soupire le militant.


Vendredi 24 juillet, les attaques de colons extrémistes contre des Palestiniens se sont multipliées. Dans le village de Fa’rata, à l’ouest de Tel, huit personnes ont été blessées lors de violentes confrontations avec des colons armés. Selon le Croissant-Rouge palestinien, un jeune homme a été touché d’une balle dans la tête tirée par l’armée israélienne intervenue sur place. Deux Palestiniens ont aussi été blessés par des colons extrémistes à Sarta. Dans ce village à l’ouest de Naplouse, un groupe d’hommes armés a mis le feu à six maisons et trois véhicules appartenant aux habitants palestiniens. Tout l’après-midi, dans les localités de Maadama, Jiljilya, Asira Al-Qibliya ou Orif, des extrémistes ont incendié des habitations comme des terrains agricoles et déraciné des oliviers.
Dans un communiqué, Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, a condamné ces raids : « Nous prévenons que cette escalade, qui inclut l’expansion de la colonisation et le raidissement des actions militaires, pousse la Cisjordanie occupée vers une explosion et menace d’aggraver la situation. » Sur la Chaîne 13 de la télévision israélienne, l’armée a mis en garde contre le risque de « nouvelle intifada ».


Dans la soirée du vendredi 24 juillet, une partie des colons armés sont revenus dans le village de Tel, raconte au Monde Rami Asida, l’un des habitants présents sur place. « Ils ont brûlé une maison avant de repartir », décrit-il. L’armée, qui poursuit son opération sur place et a saisi toutes les images de caméra de surveillance disponibles dans la localité, n’aurait rien fait pour les en empêcher.
 

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