Les sales coups d'été de la macronie
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Cécile Rousseau
L'Humanité du 23 juillet 2026
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| Les restes à charge des malades n’ont cessé d’exploser sous les quinquennats d’Emmanuel Macron. En 2024, les franchises médicales avaient déjà été doublées. © Nicolas Guyonnet / Hans Lucas via AFP |
Le gouvernement se prépare à doubler le plafond sur les consultations et sur les médicaments. Une mesure hautement contestée, qui avait été rejetée par les députés lors de l’examen du budget 2026.
Un nouveau coup au porte-monnaie des malades. Jeudi, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a annoncé sur RMC le doublement de 100 à 200 euros du plafond annuel des franchises médicales sur les consultations et sur les médicaments. « Les Français, s’ils dépassent un nombre de consultations ou un nombre de boîtes de médicaments, payent aujourd’hui, au maximum, 100 euros par an. Ce que nous faisons, c’est que nous doublons ce plafond qui n’a pas évolué depuis vingt ans », a-t-elle précisé, ajoutant qu’un décret était en préparation.
Mise en place en 2008, la franchise d’un euro par boîte de médicament est aujourd’hui limitée par un plafond annuel de 50 euros. Quant à la participation forfaitaire de 2 euros exigée pour les patients majeurs lors des consultations ou actes réalisés par un médecin, mais également sur les examens radiologiques et les analyses de biologie médicale, elle ne peut excéder 8 euros par jour et 50 euros par an.
En 2024, ces franchises médicales avaient déjà été doublées. L’exécutif avait alors expliqué ne pas toucher aux plafonds pour épargner les personnes ayant « le plus fort recours aux soins »…
« On s’attendait à des sales coups pendant l’été, c’était implicite dans (…) l’annonce de chercher un milliard de coupes sur la Sécu, dès 2026, faite par le gouvernement en juillet », a dénoncé Denis Gravouil, secrétaire confédéral CGT. « Ce sont des restes à charge pour les plus fragiles, on continue le déshabillage de la Sécurité sociale. Il faudra être riche pour pouvoir aller régulièrement chez le médecin. C’est vraiment le contraire de la justice sociale », a-t-il estimé.
Une stigmatisation des patients
L’été dernier, l’ancien premier ministre, François Bayrou, avait déjà brandi cette mesure très inflammable en perspective du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2026 avant que celle-ci ne soit finalement rejetée par les députés.
Qu’à cela ne tienne, obsédé par le déficit de la Sécurité sociale qui devrait atteindre 23,2 milliards d’euros en 2026 et par le fait de « responsabiliser » des patients soupçonnés d’abuser du système, le gouvernement n’a donc pas hésité à remettre le sujet sur le tapis en plein mois de juillet.
« Si vous êtes quelqu’un qui a une maladie chronique, en moyenne, c’est 78 euros par an actuellement (payés par l’assuré), donc si on double, on peut estimer qu’il sera plutôt à 150 euros qu’à 200 euros », a déroulé la ministre, sans ciller, en justifiant ces restes à charge par la nécessité de « continuer à investir dans notre hôpital (…) pour l’accès aux soins (et) pour avoir encore les médicaments les plus efficaces ». Selon Les Échos, la mesure rapporterait 750 millions d’euros en année pleine à l’Assurance maladie.
L’avant-goût d’un projet loi de finance 2027 austéritaire
Dominique Corona, secrétaire général adjoint de l’Unsa, a lui aussi jugé « scandaleuse » cette décision qui va toucher « ceux qui vont le plus souvent, malheureusement, chez le médecin. Il aurait été plus sage, de la part du gouvernement, d’attendre le prochain budget de la Sécurité sociale (à l’automne – NDLR) pour tout mettre sur la table et mettre également à contribution les entreprises, les industries du médicament ou les professionnels de santé », a-t-il pointé.
Si la ministre de la Santé a insisté sur le fait que 18 millions de Français, femmes enceintes ou mineurs ne seront pas concernés par ce doublement des plafonds des franchises médicales, elles restent payées par la majorité des usagers dont ceux en affection de longue de durée (ALD).
Ce coup de massue arrive après les plus de 6 milliards d’euros d’économies contenues dans le PLFSS 2026, des mesures répressives, avec la limitation des arrêts maladies à 31 jours pour la première prescription et la fin de l’exonération du ticket modérateur pour les patients en ALD sur les médicaments à service médical rendu faible à compter du 1er octobre.
Avant même l’intervention de la ministre de la santé, le premier ministre, Sébastien Lecornu, dans une interview à Paris Match, avait annoncé un PLFSS 2027 austéritaire. Toujours dans une rhétorique de stigmatisation des patients, il entend « demander un effort à ceux qui achètent plus de 50 boîtes de médicaments par an ou vont plus de 25 fois chez le médecin par an, tout en protégeant les plus fragiles socialement ».
Alors que les restes à charge des malades n’ont cessé d’exploser sous les quinquennats d’Emmanuel Macron, cette mesure demeure à haut risque. L’an passé, un sondage Elabe avait montré que 72 % des Français y étaient opposés.
