MACRON ! C'est à Paris que ça se passe !

Publié le par FSC

Pierre Cazemajor
L'Humanité du 17 juillet 2026

 

Au cœur du dispositif d’aide aux personnes sans domicile, le Samu social de Paris fait face à une hausse continue des demandes d’hébergement.
© Sebastien ORTOLA/REA

 

À Paris, les places d’hébergement ouvertes pendant la vigilance rouge canicule ont été refermées. Familles avec enfants, nourrissons et personnes isolées se retrouvent de nouveau à la rue. De leurs côtés, les travailleurs du Samu social se sont mis en grève pour dénoncer le manque de moyens dédiés.
Il est à peine 9 heures, mais la chaleur est déjà lourde. Devant le Samu social de Paris, sur le bitume, plus d’une centaine de personnes attendent, assises sur des bâches ou réfugiées sous de petites toiles tendues pour trouver un peu d’ombre. Des enfants jouent au ballon. Plus loin, des nourrissons dorment dans les bras de leurs mères. Il y a aussi des adultes seuls, des jeunes hommes, des femmes enceintes. Beaucoup ont passé la nuit dehors.


Depuis la veille au soir, quelque 150 personnes sans abri occupent le parvis du Samu social, aux côtés des grévistes du 115 et d’Utopia 56. Le mouvement social, engagé depuis le 23 juin, porte sur la dégradation de leurs conditions de travail, les effectifs insuffisants, la gestion de la pénurie et bien sûr les conséquences humaines des refus d’hébergement.

Les places d’urgence disparaissent après l’alerte canicule


La séquence caniculaire a brutalement remis en lumière ce que les travailleurs sociaux dénoncent depuis des années : l’ouverture de places d’urgence au rythme des alertes météo, puis leur fermeture une fois le pic passé. « Quand on est passé en vigilance rouge, des places ont été ouvertes en gymnase. Mais dès que c’est passé, les places ont été fermées », explique Jordan Bernard, secrétaire général de la CGT Samu social de Paris.


Officiellement, la préfecture a annoncé, au plus fort de l’épisode de juin, 427 places d’hébergement d’urgence « canicule » à Paris, en complément des dispositifs pérennes. Au niveau national, le gouvernement a indiqué que plus de 2 000 places supplémentaires avaient été ouvertes face aux fortes chaleurs. Mais sur le terrain, associations et grévistes dénoncent une réponse trop éphémère, incapable d’absorber le manque structurel de places.
Lokua Madalena, mère de deux enfants, a été mise à l’abri quelques jours avant d’être de nouveau renvoyée dehors. « Pendant le plan canicule, on m’a mise à l’abri pendant trois jours puis, une fois fini, on m’a remise à la rue avec mes deux enfants », raconte-t-elle. Assise à l’ombre, épuisée, elle ajoute : « Nous, on va mourir si on reste dehors. C’est trop dur. Je me sens faible, fatiguée. Je suis épuisée. »


À côté, Sayi Candy tient son bébé de 9 mois dans les bras. Elle vit dehors avec ses enfants. « On appelle sans cesse le 115, mais il n’y a pas de solution. Il n’y a jamais de solution pour nous », souffle-t-elle. Lors d’un appel, raconte-t-elle, on lui a expliqué qu’aucune prise en charge n’était possible faute de lit bébé. « Mais moi, avoir un lit bébé ou non, je m’en fiche, du moment que moi et mes enfants on n’est pas à la rue. »

Des familles laissées à la rue par les pouvoirs publics


« Cette gestion politique du thermomètre, c’est uniquement quand il y a une pression de la part de l’opinion publique », estime Nathan Lequeux, coordinateur de l’antenne parisienne d’Utopia 56, qui dénonce « beaucoup d’effets d’annonce » et « une irresponsabilité totale de la préfecture ».
Au Samu social, les salariés grévistes font le même constat. « Le problème, il est systémique », résume Jordan Bernard. « Il y a de plus en plus de familles à la rue. Chaque été, c’est compliqué, mais cette année, c’est encore plus dur. Tout le système dysfonctionne. » Dans leur préavis, les agents demandent des effectifs et des financements à la hauteur des besoins.


Pour les familles, l’urgence n’est pas seulement de trouver un toit pour une nuit. À quelques semaines de la rentrée, Sayi Candy et Lokua Madalena demandent un lieu stable. « On aimerait pouvoir être logées au même endroit, dans un lieu fixe, pour pouvoir envoyer nos enfants à l’école, qu’ils aient des repères », expliquent-elles. Faute de réponse publique, elles disent dépendre des associations : « Là, c’est Utopia qui nous aide parce que l’État ne fait rien. »


Enoch Ntumba, demandeur d’asile de 23 ans, vit dehors depuis décembre. Homme seul, majeur, il n’est pas prioritaire. « Je n’ai le droit à rien », dit-il. « Moi aussi, je peux mourir dans la rue. » Il voudrait un logement, mais aussi travailler. « On nous parle d’intégration, mais on fait tout pour nous la rendre impossible : impossible de se loger, interdit de travailler. C’est absurde. »
Avant de partir, Lokua Madalena interroge à son tour : « Est-ce que vous pensez que les choses vont changer ? Est-ce que vous pensez qu’on va nous aider ? » Autour d’elle, les enfants continuent de jouer sur le trottoir. La journée commence à peine, et la chaleur monte déjà.

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