Austérité : le remboursement des séances de kiné dans le viseur de l’Assurance maladie
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L'Humanité du 11 août 2026
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| L’Assurance maladie a remboursé 5,3 milliards d’euros de dépense de kinésithérapie entre 2015 et 2025. © David CESBRON/REA |
Dans sa quête d’économies tous azimuts, l’Assurance maladie pointe du doigt la hausse des montants dépensés pour des soins en kinésithérapie, de 4 % par an depuis 2015.
Après la mise au pilori de l’indemnisation des arrêts de travail, le rognage des aides aux patients atteints de maladies longue durée, c’est au tour des modalités de remboursement des soins en kinésithérapie d’être dans le viseur d’une assurance maladie en quête d’économies.
Malgré une formulation diplomatique, les demandes d’« évolutions des modalités de financement » du remboursement de ce type de soins, énoncées dans le rapport annuel que l’Assurance maladie consacre aux propositions pour l’année 2027, a mis en émois les organisations de praticiens.
La Fédération Française des Masseurs-Kinésithérapeutes Rééducateurs (FFMKR), la plus grosse d’entre elles, a ainsi réagi en alertant « sur le risque d’une réponse essentiellement comptable fondée sur des dispositifs aveugles, complexes ou punitifs : plafonds de séances, dégressivité tarifaire, restrictions de remboursement ».
5,3 milliards d’euros remboursés par l’assurance maladie
Pour demander des économies, l’Assurance maladie se base sur un constat que personne ne conteste : entre 2015 et 2025, les remboursements des dépenses en kinésithérapie ont augmenté de 4 % par an, contre 3,2 % pour les autres soins de ville. « Les honoraires sans dépassements (HSD) ont atteint 7,1 Md€ en 2025 et ont été remboursés par l’assurance maladie au taux moyen de 75 % soit 5,3 Md€ de dépenses », précise le rapport.
Cette progression est allée de pair avec une augmentation de 37 % du nombre de professionnels, passé sur la même période de 61 600 à 84 500, mais aussi de patients – de 10,5 à 12,9 millions soit 22,7 % de hausse – et de séances (de 239 à 327 millions), qui traduisent l’accroissement du recours à ce type de soins.
Bémol néanmoins, cette amélioration globale de l’accès aux soins kinésithérapeutiques n’a pas permis d’aplanir les inégalités territoriales. « La densité varie de 47 masseurs kinésithérapeutes pour 100 000 habitants en Seine-Saint-Denis à 269 masseurs-kinésithérapeutes dans les Hautes-Alpes », souligne l’Assurance maladie.
Surtout, elle ne s’est pas traduite pas une augmentation du niveau de vie des praticiens, bien au contraire. « Les honoraires moyens par masseur kinésithérapeute n’augmentent que de 0,6 % par an sur la période, dans un contexte de forte hausse des effectifs. Cette faible dynamique des honoraires par tête se traduit par une dynamique faible des revenus déclarés qui augmentent de 0,3 % entre 2015 et 2023 » note le rapport. Un constat partagé par les organisations professionnelles, qui rappellent qu’avec l’inflation, cette stagnation des revenus a abouti à une perte net de pouvoir d’achat.
Les professionnels craignent une régulation arbitraire
Experts de la branche maladie et organisations professionnelles s’accordent également pour attribuer cette hausse, au moins en partie, au vieillissement de la population et à la hausse des maladies chroniques. Ils divergent en revanche sur le rôle qu’y jouent les praticiens.
En estimant, que « plus de la moitié de la croissance est liée à des évolutions de pratique : hausse du recours et intensification de la prise en charge », l’assurance maladie semble sous-entendre que les professionnels poussent en quelque sorte à la consommation. « Nous n’avons pas la même lecture, souligne Vincent Daël, délégué général de la FFMKR. Les kinés ne profitent pas, ils répondent à une demande ».
Cette divergence d’analyse entraîne un désaccord sur les solutions. À pas feutrés, et en s’inspirant des exemples étrangers, l’assurance maladie ouvre la porte à un plafonnement du nombre de séances, sous la forme d’un forfait global par pathologie.
« Une régulation arbitraire qui serait vécue comme punitive, et se traduirait pour le patient par une limitation du nombre de séances, alors que sur le terrain, les professionnels adaptent les soins au plus près de la réalité de chaque patient », dénonce Vincent Daël.
La prévention, un outil majeur de santé publique négligé
« Plutôt que de chercher la responsabilité du côté des professionnels, il faudrait regarder du côté du système qui ne fait pas assez de prévention », estime le délégué général, tout en appelant à l’ouverture de négociations conventionnelles cet automne. Il pointe ainsi du doigt le manque de réaction face à « l’épidémie de sédentarité », qui engendre des problèmes de santé nécessitant des soins, ou encore « l’enjeu de la santé au travail qui n’est traité que sous son aspect punitif via la restriction de l’accès aux arrêts ».
Autre exemple, celui des visites à domiciles, en nombre insuffisant car très mal rémunérées pour les professionnels, mais dont la multiplication aiderait à prévenir les chutes chez les personnes âgées. Si le statu quo ne semble être une option pour aucun acteur, reste à savoir ce qui sera au final sur la table des discussions.
