La Cisjordanie occupée sous tension en raison de nouvelles attaques d’extrémistes juifs

Publié le par FSC

Par Luc Bronner
Le Monde du 26 août 2026

 

Des colons israéliens arrivent pour se confronter à des activistes israéliens de Standing Together qui tentent de protéger les Palestiniens à Janatha, en Cisjordanie occupée, le 25 août 2026. ILIA YEFIMOVICH/AFP

Les habitants sont confrontés quotidiennement au harcèlement violent des colons israéliens. La situation se dégrade, faisant craindre des risques d’une explosion de violence palestinienne en réponse aux agressions incessantes.

Jour après jour, les attaques, les incendies, les destructions provoqués par des colons extrémistes juifs se multiplient en Cisjordanie occupée au point que leur recensement devient presque impossible. Au point aussi que les déplacements la nuit sont désormais jugés dangereux par beaucoup d’habitants. Les autorités palestiniennes font état d’une aggravation significative de la situation ces dernières semaines. « Le Cabinet a mis en garde contre l’escalade des attaques de colons à travers les gouvernorats, menées avec la protection et la participation des forces israéliennes, avec plus de 470 attaques enregistrées pour la seule semaine écoulée », a alerté l’Autorité palestinienne, mardi 25 août. Plus de 1 100 Palestiniens ont été tués par l’armée ou des colons depuis le 7 octobre 2023.


Les modes opératoires sont similaires sur la quasi-totalité du territoire. Des violences physiques par des groupes de colons qui provoquent régulièrement des blessés graves ou des morts. Des incendies volontaires de maison – 36 détruites la semaine du 17 août, selon l’Autorité palestinienne. Des destructions de champs d’oliviers. Des dégradations de puits ou de conduites d’eau. Des vols de bétail quotidiens. Des voitures et des engins incendiés ou endommagés. Les violences visent aussi les militants israéliens qui tentent de protéger les Palestiniens comme ceux du mouvement Standing Together, présents mardi à Janatha, où « des colons masqués, armés de matraques et de gaz lacrymogènes » les ont violemment agressés. Des journalistes de l’Agence France-Presse ont aussi été légèrement blessés au même moment.


Même les personnels de santé sont régulièrement ciblés : sur les sept premiers mois de l’année, 98 agressions ont été recensées par l’Organisation mondiale de la santé sur des soignants, notamment des ambulanciers, un chiffre en forte augmentation. Près d’une centaine de cas d’obstructions des services de secours, par l’armée ou les colons ont par ailleurs été signalés. Ces constats ont récemment conduit l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, pourtant défenseur de la colonisation juive en Cisjordanie, à qualifier les colons impliqués dans les dernières violences de « terroristes israéliens ».

Positionnement ambigu de l’armée


Fait rare, l’analyse de l’Autorité palestinienne sur la gravité de la situation est similaire à celle des commandants militaires de l’armée israélienne. Selon des propos, convergents, rapportés par différents médias israéliens, le commandant en chef de la Cisjordanie, Avi Bluth, a expliqué, au cours d’une réunion avec le premier ministre, lundi, que les extrémistes juifs pouvaient « être l’étincelle qui met le feu ». L’état-major s’inquiète ouvertement des risques d’une explosion de violence palestinienne en réponse aux attaques incessantes des colons. Des sources militaires ont dit à la presse avoir observé que les Palestiniens ripostaient de plus en plus souvent – avec des pierres – aux incursions de colons.


Le positionnement de l’armée n’en demeure pas moins ambigu. Si, d’un côté, des officiers supérieurs s’alarment des tensions et du risque d’embrasement, d’autres, sur le terrain, continuent d’apporter leur soutien quotidien aux colons pour occuper de nouvelles terres ou pour attaquer des villages, comme le relaient de nombreux activistes. L’armée continue, par ailleurs, d’opérer avec des règles d’engagement qui permettent l’usage des armes y compris contre des enfants palestiniens. Un garçon de 14 ans a encore été tué à Naplouse, le 23 août. « Cela s’est produit lors d’un raid au cours duquel des Palestiniens ont jeté des pierres. Les forces israéliennes auraient tiré à balles réelles et usé de grenades lacrymogènes, selon des partenaires locaux et des sources médicales », a précisé le bureau des Nations Unies pour les affaires humanitaires (OCHA).


L’armée mène aussi très régulièrement des opérations massives. Comme à Kalandia, où un camp de réfugiés a fait l’objet d’une intervention violente, au début du mois d’août, provoquant des douzaines de blessés. Jusqu’à 150 personnes à la fois ont été interpellées. Dans certains cas, note OCHA, des maisons de Palestiniens sont réquisitionnées pour servir de centres d’interrogatoires. L’armée continue aussi d’arrêter des Palestiniens de tous les âges et de tous les profils. Le 20 août, l’organisation de défense des droits humains B’Tselem a exprimé son inquiétude après l’arrestation – pour des posts sur Facebook – d’une médecin de 55 ans, victime d’un accident cardiaque après son interpellation.


Le contexte électoral, avec des élections générales israéliennes prévues le 27 octobre, rend la situation particulièrement dangereuse. « Il y a une tentative continue, au quotidien, de la part du gouvernement [de Benyamin] Nétanyahou d’embraser la Cisjordanie à l’approche des élections du 27 octobre », souligne, sur X, Neri Zilber, conseiller d’Israel Policy Forum. Mardi matin, un député israélien d’extrême droite, Zvi Sukkot, s’est rendu, sous la protection de l’armée, dans un village du sud de la Cisjordanie pour détruire à coups de masse un mémorial palestinien pour les morts du conflit, qualifiés de « martyrs » par les Palestiniens, de « terroristes » par les Israéliens.

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