RAPPELS historiques ... souvent méconnus

Publié le par FSC

Histoire Populaire
 

 

 
 
En juin 1940, la France ne se retrouve pas divisée en deux zones. Elle en compte au moins six.⠀
L'armistice signé le 22 juin à Rethondes, puis un second accord franco-italien deux jours plus tard, actent bien plus qu'une défaite militaire. En quelques semaines, la France métropolitaine se retrouve morcelée en entités aux statuts entièrement distincts — administratif, militaire, démographique. Ce que la mémoire collective a retenu — une zone occupée au nord, une zone sud sous l'autorité de Vichy — est réel. Mais c'est la lecture la plus simplifiée d'une réalité bien plus radicale.⠀
Le premier fait méconnu concerne le Nord. Les départements du Nord et du Pas-de-Calais ne dépendent pas du commandement allemand de Paris. Ils sont rattachés au commandement militaire de Bruxelles — le Militärbefehlshaber in Belgien und Nordfrankreich. Lille est, administrativement, plus proche de la Belgique occupée que de la capitale française. Derrière cette décision se profile un projet : la constitution d'un vaste espace germano-flamand, dont la frontière avec la France remonterait bien au-delà de la Somme.⠀
À l'est, le sort réservé à l'Alsace et à la Moselle est d'une autre nature encore. Leur annexion ne figure dans aucun traité — elle s'accomplit de fait, par la force, dès l'été 1940. Le français y est interdit sous peine de déportation. Les noms de communes et de familles sont germanisés. Entre 100 000 et 130 000 jeunes Alsaciens et Mosellans seront incorporés de force dans la Wehrmacht et la Waffen-SS. Ce sont les "Malgré-nous" — un mot qui dit tout sur ce qui leur était imposé.⠀
Regardez bien le nord-est de cette représentation. Trois ou quatre lignes de frontières internes s'y superposent, de la Somme jusqu'à la Suisse, découpant le territoire en tranches successives aux statuts incompatibles. À l'extrême sud-est, Menton et quelques vallées alpines figurent dans la zone sous contrôle italien — une poignée de kilomètres carrés. Mussolini revendiquait pourtant Nice, la Savoie et la Corse, des territoires qu'il n'occupera physiquement qu'en novembre 1942. Longeant les côtes, de la Manche à l'Atlantique, une bande supplémentaire est fermée aux civils. Ce n'est plus une carte de France. C'est le plan d'un démembrement.⠀
Dans la zone interdite du Nord-Est, une société d'État nazie, l'Ostland, prend le contrôle de 170 000 hectares de terres agricoles confisquées à des paysans français. Des prisonniers de guerre et des civils polonais sont mobilisés pour les cultiver au profit de l'Allemagne. L'objectif n'est pas militaire. Il est démographique : vider ces terres de leur population française pour y implanter des colons paysans allemands — recréer, à la frontière de la France, une "Marche occidentale" germanique.⠀

Ce que la mémoire populaire a surtout retenu — le clivage zone libre/zone occupée — n'était peut-être que la frontière la plus lisible. Les autres lignes, plus à l'est, portaient en elles quelque chose de bien différent : non pas une occupation, mais un effacement.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article