Roland Nivet, porte-parole national du Mouvement de la Paix : lettre ouverte au président de la République sur la situation en Cisjordanie
Tribune
Roland Nivet, porte-parole national du Mouvement de la Paix
L'Humanité du 10 août 2026
De la reconnaissance de l’État de Palestine à une initiative diplomatique française pour la paix, par Roland Nivet, porte-parole national du Mouvement de la Paix.
La catastrophe qui frappe le peuple palestinien atteint un niveau d’une gravité exceptionnelle. À Gaza, des dizaines de milliers de victimes, la destruction méthodique d’une grande partie des infrastructures civiles, l’effondrement du système de santé, les déplacements forcés de populations, la famine qui menace des milliers d’hommes, femmes et enfants ainsi que les entraves répétées à l’acheminement de l’aide humanitaire, ces crimes contre l’humanité bouleversent les consciences.
En Cisjordanie, la situation s’aggrave de jour en jour. La poursuite de la colonisation, l’occupation militaire croissante de la Cisjordanie, l’occupation militaire et les violences croissantes des colons et de l’armée israélienne, les assassinats, la destruction des oliviers mais aussi des maisons et des fermes palestiniennes, les restrictions de circulation, les expulsions se poursuivent et Jérusalem-Est est chaque jour davantage coupée de son environnement palestinien. En fait les atteintes répétées aux droits fondamentaux des Palestiniens depuis 78 ans éloignent chaque jour davantage la perspective d’une paix juste et durable. C’est le droit de vivre des Palestiniens qui est en cause.
Cette situation constitue une tragédie humaine, mais aussi un échec majeur de la communauté internationale. Chaque jour qui passe éloigne un peu plus la perspective d’une paix juste et durable fondée sur le droit international. Depuis de nombreux mois, le Mouvement de la Paix, avec des centaines d’organisations françaises, européennes et internationales, n’a cessé d’agir : manifestations, rassemblements, interventions auprès des pouvoirs publics, pétitions, rencontres avec les élus, initiatives internationales. Nous continuerons tant que le droit international ne sera pas respecté.
Nous réaffirmons aujourd’hui les exigences immédiates que nous portons avec de nombreuses organisations à savoir : l’arrêt immédiat des agressions israéliennes : génocide à Gaza, nettoyage ethnique en Cisjordanie et à Jérusalem, bombardements et déplacements massifs au Liban ; la fin immédiate de l’occupation, de la colonisation et des politiques d’apartheid ; la protection de l’UNRWA ; le respect du droit au retour des réfugiés palestiniens ; l’arrêt de tout commerce d’armes avec Israël ; la fin du commerce avec les colonies illégales, des sanctions contre Israël, notamment la suspension immédiate de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël ; l’application des mandats d’arrêt délivrés par la Cour pénale internationale contre les dirigeants israéliens.
Ces exigences sont indispensables. Elles répondent à l’urgence. Elles doivent être mises en œuvre. Nous pensons qu’il est désormais indispensable d’ouvrir une perspective politique. Car aucune paix durable ne pourra être construite sans volonté politique, sans institutions reconnues, sans coopération internationale et sans une diplomatie capable de faire vivre concrètement les droits reconnus au peuple palestinien.
En juin 2026 Le Mouvement de la paix était déjà intervenu auprès du président de la République. Cette lettre soulignait que la reconnaissance de l’État de la Palestine par la France constitue un acte politique important. Mais cette reconnaissance ne peut rester essentiellement déclarative elle doit produire des effets diplomatiques, politiques et concrets. C’est pourquoi dès cette date nous demandions avec force que la France engage le processus conduisant à la création d’une ambassade auprès de l’État de Palestine à Jérusalem Est, en complément du consulat général de France à Jérusalem
Soutenir toutes les forces qui œuvrent pour la paix
Notre solidarité va au peuple palestinien qui subit aujourd’hui des souffrances insupportables. Elle va également aux femmes et aux hommes d’Israël qui refusent la guerre sans fin, combattent la colonisation, défendent la démocratie, réclament la libération de tous les otages, dénoncent les violations du droit international et continuent, souvent au prix de lourds sacrifices personnels, à faire vivre l’idée qu’une paix est possible.
Ce sont par exemple les 17 organisations israéliennes de défense des droits humains qui le vendredi 24 juillet 2026 dans un appel commun appellent « à la solidarité de la communauté internationale pour qu’elle s’engage immédiatement pour mettre fin aux violences israéliennes et empêcher de nouveaux pogroms commis en Cisjordanie par des groupes de colons et par l’armée israélienne »
Le Mouvement de la paix qui avait soutenu en son temps l’initiative de Genève sait qu’une paix juste et durable entre Israéliens et palestiniens ne pourra se construire qu’autour de la reconnaissance réciproque des droits nationaux des deux peuples, de la fin de l’occupation et de la colonisation, du respect du droit international et de la mise en œuvre d’une solution politique garantissant à chacun sécurité, justice et dignité.
C’est pourquoi le Mouvement de la Paix continuera à soutenir toutes les organisations israéliennes et palestiniennes qui œuvrent ensemble pour la paix, la justice, les droits humains et la réconciliation.
Donner un contenu concret à la reconnaissance de l’État de Palestine
Le Président de la République a pris une décision importante en reconnaissant officiellement l’État de Palestine. Le Mouvement de la Paix a salué cette décision, qu’il appelait de ses vœux depuis de nombreuses années. Nous avions d’ailleurs adressé une première lettre au Président de la République pour lui proposer que cette reconnaissance s’accompagne d’initiatives diplomatiques concrètes.
Aujourd’hui, la dégradation dramatique de la situation nous conduit à renouveler cette démarche avec une conviction encore plus forte. La reconnaissance d’un État constitue un acte politique majeur. Mais une reconnaissance ne peut rester uniquement symbolique. Elle doit être suivie d’une politique diplomatique cohérente qui lui donne tout son sens.
Nous sommes convaincus qu’il est aujourd’hui possible de franchir une nouvelle étape. La France dispose d’une occasion historique de mettre sa diplomatie au service de la paix. Non pour se substituer aux Nations unies. Mais pour contribuer à recréer les conditions d’une solution politique aujourd’hui gravement compromise.
C’est pourquoi nous proposons que la France prenne une initiative diplomatique ambitieuse, conforme à son histoire, à ses responsabilités internationales et à sa récente reconnaissance de l’État de Palestine.
L’urgence d’une initiative diplomatique française pour la paix, accompagnant l’ouverture d’une ambassade de France en Palestine
Le Mouvement de la Paix réitère sa proposition faite au président de la République le 16 juin pour que la France engage une initiative diplomatique nouvelle autour de l’ouverture d’une ambassade de la France en Palestine et plus précisément à Jérusalem-Est
Cette proposition ne constitue pas un geste symbolique supplémentaire. Elle vise à demander que la France s’engage à donner une traduction concrète à la reconnaissance de l’État de Palestine et à créer une dynamique politique aujourd’hui gravement compromise.
Une ambassade est bien davantage qu’un bâtiment ou qu’une représentation protocolaire. Elle est un instrument permanent de dialogue, de coopération et de présence politique. Elle permet d’accompagner durablement les institutions d’un État, de soutenir les collectivités locales, les universités, les établissements hospitaliers, les acteurs économiques, les organisations de la société civile et l’ensemble des initiatives qui contribuent à construire la paix.
Une ambassade de France auprès de l’État de Palestine ne serait pas seulement un symbole diplomatique. Elle constituerait un instrument concret pour renforcer l’ensemble des coopérations entre la France et la Palestine : coopération politique et institutionnelle ; formation des administrations et des services publics ; coopération universitaire, scientifique et culturelle ; coopération sanitaire et hospitalière ; soutien à l’éducation et à la recherche ; développement économique et social ; coopération dans les domaines de l’eau, de l’énergie et de l’environnement ; partenariats entre collectivités territoriales ; soutien aux associations, syndicats et organisations de la société civile ; protection et valorisation du patrimoine palestinien ; développement des échanges entre les jeunesses française et palestinienne.
Ces coopérations contribueraient à renforcer les institutions palestiniennes, à consolider l’État de droit et à préparer les conditions matérielles et humaines d’une paix durable Elles permettraient aussi de donner davantage de cohérence aux actions de solidarité conduites par les collectivités locales, les universités, les hôpitaux, les syndicats, les ONG et les mouvements citoyens français ou internationaux
La France dispose déjà d’un atout majeur : le Consulat général de France à Jérusalem, dont le rôle historique auprès de la population palestinienne est reconnu depuis de nombreuses décennies. Nous avons en tant que Mouvement de la paix pu constater l’importance du travail réalisé par ce consulat lors de nos délégations en Palestine Cette présence diplomatique constitue une base solide sur laquelle peut s’appuyer une nouvelle étape conforme à la reconnaissance de l’État de Palestine.
Notre proposition s’inscrit dans une pratique diplomatique déjà largement engagée par de nombreux États. Plusieurs pays disposent de représentations diplomatiques auprès des autorités palestiniennes, notamment l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, la Chine, le Brésil, le Chili, l’Afrique du Sud, l’Égypte, la Turquie et plusieurs autres États européens, arabes, africains, asiatiques et latino-américains. La France ne serait donc ni isolée ni pionnière ; elle donnerait simplement une cohérence nouvelle à sa propre décision de reconnaître l’État de Palestine.
L’installation de cette ambassade à Jérusalem-Est donnerait également un contenu concret à la position constamment affirmée par la France selon laquelle Jérusalem a vocation à devenir la capitale des deux États, Israël et la Palestine. Une telle décision ne remettrait pas en cause le droit à l’existence et à la sécurité d’Israël. Elle affirmerait que ces droits ne peuvent être durablement garantis par la négation des droits nationaux, politiques et territoriaux du peuple palestinien. La paix suppose la reconnaissance égale des droits des deux peuples.
C’est pourquoi nous proposons de maintenir le consulat de la France à Jérusalem comme outil indispensable aux côtés de l’Ambassade. Enfin il est absolument nécessaire d’avoir un outil diplomatique à Ramallah, mais aussi à Gaza en particulier pour tout ce qui concerne le soutien humanitaire et la reconstruction.
Une nouvelle étape dans la coopération entre la France et la Palestine : une diplomatie au service des peuples
Cette initiative pourrait également ouvrir une nouvelle étape dans la coopération entre la France et la Palestine. Depuis de nombreuses années, des régions, des départements, des communes, des universités, des établissements hospitaliers, des associations, des syndicats et de nombreuses ONG françaises développent des partenariats remarquables avec leurs homologues palestiniens.
Ces coopérations témoignent de la vitalité des liens entre nos deux peuples. Une ambassade pourrait devenir un véritable point d’appui pour renforcer ces partenariats, favoriser les échanges universitaires, scientifiques, agraires, culturels et sanitaires, accompagner la reconstruction de Gaza lorsque les conditions le permettront et soutenir les collectivités territoriales engagées dans la coopération décentralisée.
Elle constituerait également un lieu privilégié de dialogue avec toutes les forces palestiniennes et israéliennes qui continuent de défendre une solution politique conforme au droit international. Ainsi, cette initiative contribuerait non seulement à renforcer les relations franco-palestiniennes, mais aussi à soutenir toutes celles et tous ceux qui refusent la fatalité de la guerre.
Une responsabilité particulière de la France
Membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, la France dispose d’une responsabilité particulière dans la défense de la Charte des Nations unies et du droit international. Elle peut aujourd’hui contribuer à recréer un horizon politique alors que beaucoup pensent qu’il n’existe plus d’alternative à la violence.
Nous appelons la France à prendre l’initiative d’une action diplomatique auprès de ses partenaires européens afin que l’Union européenne joue pleinement son rôle en faveur de la paix, du respect du droit international, de la protection des populations civiles et de la reconstruction.
Nous appelons également notre pays à soutenir toutes les initiatives internationales visant à faire appliquer les décisions de la Cour internationale de Justice et de la Cour pénale internationale, ainsi que l’ensemble des résolutions pertinentes des Nations unies.
Un appel aux parlementaires, aux élus et aux citoyens
Nous appelons les députés, les sénateurs, les élus locaux, les présidents de collectivités territoriales, les responsables associatifs, syndicaux et universitaires ainsi que l’ensemble des citoyennes et citoyens attachés à la paix à prendre connaissance de nos propositions et à les soutenir.
Nous les invitons à intervenir auprès du Président de la République et du Gouvernement afin que la reconnaissance de l’État de Palestine soit désormais accompagnée d’une véritable politique diplomatique au service de la paix.
Il appartient désormais à chacune et chacun de contribuer à faire vivre cette initiative. La paix ne se construira pas uniquement autour des tables de négociation. Elle se construira également par les liens entre les peuples, par la coopération, par le respect du droit et par des institutions capables de donner corps à une paix juste et durable.
Demande d’audience
Au nom du Mouvement de la Paix, nous sollicitons une audience auprès du Président de la République afin de lui présenter cette proposition et d’échanger sur les initiatives que la France pourrait prendre pour contribuer à la mise en œuvre d’une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens.
Notre démarche se veut constructive. Elle ne consiste pas seulement à dénoncer les violations du droit international, aussi indispensables que soient ces dénonciations. Elle vise à proposer des initiatives concrètes permettant de rouvrir un chemin politique aujourd’hui gravement menacé.
La France a pris une décision historique en reconnaissant l’État de Palestine. Nous lui proposons aujourd’hui de donner à cette reconnaissance toute sa portée. Parce qu’aucune paix durable ne pourra être fondée sur la guerre permanente, l’occupation, la colonisation ou la négation des droits d’un peuple.
Parce que la sécurité d’Israël comme celle de la Palestine repose sur le respect du droit international et sur la reconnaissance réciproque de leurs droits. Parce que la paix se construit par des actes autant que par des paroles. Au-delà de la tragédie actuelle, il en va de l’avenir du droit international, de la crédibilité des Nations unies et de la capacité de la communauté internationale à faire prévaloir la paix sur la loi de la force.
Le Mouvement de la Paix appelle le Président de la République à prendre cette initiative et l’ensemble des parlementaires, des élus et des citoyens à s’en saisir pour que la France contribue pleinement à rouvrir le chemin d’une paix juste, durable et fondée sur le droit pour les peuples palestinien et israélien.
Recevez Monsieur Le Président de la République l’expression de notre considération respectueuse
