Appels à exécution, censure… La vie des réalisateurs israéliens de « Naza » en suspens pour avoir exposé la vérité sur Gaza

Publié le par FSC

Tom Demars-Granja
L'Humanité du 28 septembre 2026

Lauréat du Prix spécial du jury, le documentaire « Naza » a été ovationné, ainsi que ses deux réalisateurs, à la Mostra de Venise, le 12 septembre.
© Kristina Afanasyeva/ Venice ITALY / Capital Pictures / IMAGO

 

Les cinéastes derrière le documentaire choc « Naza », Yuval Abraham et Rachel Szor, sont revenus auprès du quotidien « Haaretz » sur la vague de haine dont ils sont la cible en Israël, dans un portrait croisé publié le 27 septembre. Entre des menaces au domicile des parents de Rachel Szor et un possible retrait de leur citoyenneté israélienne, les deux réalisateurs sont devenus des cibles privilégiées pour les soutiens du génocide à Gaza.


Les cinéastes derrière le documentaire Naza, Yuval Abraham et Rachel Szor, sont devenus des cibles à abattre au plus haut niveau de l’État israélien du fait de leur long-métrage centré sur la mise en place du génocide à Gaza. Le tandem de cinéastes – qui n’a pas pu retourner en Israël depuis son passage à la Mostra de Venise, mi-septembre – est revenu sur cette vague de haine auprès du journal israélien Haaretz, dans un portrait publié dimanche 27 septembre.
Du premier ministre Benyamin Netanyahou au ministre de la Culture, Miki Zohar, plusieurs membres du gouvernement ont agité un possible retrait de leur nationalité aux deux réalisateurs.

L’initiative de trop pour le pouvoir israélien


Une foule de militants d’extrême droite s’est quant à elle rassemblée à deux reprises devant le domicile des parents de Rachel Szor pour réclamer son exécution. Fidèle à sa rhétorique apocalyptique, Benyamin Netanyahou a même comparé, jeudi 24 septembre, Naza au lancement de « dizaines de missiles balistiques sur Israël » dans une interview accordée au quotidien Makor Rishon.


Objet d’une ovation record de vingt-cinq minutes et honoré du Prix spécial du jury à Venise, Naza présente les témoignages de vingt-quatre soldats et agents du renseignement israéliens – aux visages et voix modifiés – qui dévoilent les rouages du génocide commis dans la bande de Gaza. L’initiative de trop pour le pouvoir israélien, qui compte empêcher le film de circuler.
Le ministère de la Culture israélien a ainsi laissé entendre que les subventions aux cinémas qui projetteraient le film seraient coupées. Les cinémas israéliens ont jusqu’à présent refusé de le projeter, même gratuitement, regrettent les réalisateurs derrière le documentaire primé aux Oscars No other land (2024).


« Le public (israélien) est furieux contre nous, explique Rachel Szor. Cela soulève la question de ce qui a provoqué une telle indignation, alors même qu’ils n’ont pas vu le film. Les responsables, dans l’armée, au gouvernement, à tous les niveaux, sont en réalité à l’origine de cette situation. » La cinéaste estime ainsi que cette vague de haine « très violente » a pour objectif « d’éviter de voir ce qui est réellement dans le film ».
Le long-métrage connaîtra néanmoins une diffusion à l’international grâce au concours du quotidien britannique The Guardian, coproducteur du film avec le cinéaste Jonathan Glazer, auteur de la Zone d’intérêt. Naza sera ainsi mis gratuitement en ligne en novembre, après sa sortie en salles.
« Nous avons choisi de sortir le film en ligne dès novembre car nous sommes conscients des violences intenses qui se produisent actuellement en Israël, venant de multiples directions, et qui tentent d’empêcher sa diffusion », explique Yuval Abraham. Seule assurance : la vie des deux cinéastes a basculé pour toujours.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article