« Ce n'est pas un privilège » : les salariés de l'énergie massivement en grève pour défendre le tarif agent

Publié le par FSC

Marie Toulgoat
L'Humanité du 15 septembre 2026

 

Un élément de rémunération dont beaucoup, parmi les grévistes, dépendent pour vivre dignement.
© Samir Maouche pour l'humanité

 

Selon l’intersyndicale (CGT, CFDT, CFE-CGC et FO) des industries électriques et gazières (IEG), plus de 75 % des agents avaient cessé le travail ce mardi 15 septembre, pour défendre leur rémunération. Faute de garanties du gouvernement, le mouvement pourrait se durcir.


Une effusion d’énergies. Dans la foule dense réunie sur la place du Bataillon-du-Pacifique, à deux pas de Bercy, les agents et retraités des industries électriques et gazières (IEG) ont un mot d’ordre : la défense du tarif agent. « C’est un objet qui fait partie de notre contrat de travail, de notre contrat social. Un élément de rémunération, construit comme tel, et pas un privilège », martèle Dominique Santoni, déléguée fédérale de la CFDT Chimie Énergie.
Un élément de rémunération dont beaucoup, parmi les grévistes, dépendent pour vivre dignement. Alors que les fumigènes rouges emplissent l’atmosphère et que des pétards sont accueillis par des applaudissements fournis, Erwann le confirme.


« Je viens d’être embauché chez Enedis, mon salaire est de 1 500 euros par mois. On n’est pas les plus à plaindre, mais on a quand même un métier difficile, où on se met en danger tous les jours, ou on a des astreintes, on travaille dehors qu’il fasse chaud ou froid, de plus en plus dans les intempéries », liste le jeune technicien, dépêché lors des pannes pour rétablir le courant. « Pour moi, ce tarif agent n’est pas négociable. Si on me le retire, mon salaire n’augmentera pas en conséquence », assure-t-il.

Une manne dérisoire


Malgré son importance pour une partie des travailleurs, le tarif agent ne représente pas la manne que prétend la Cour des comptes, selon les grévistes. « La somme récupérée serait dérisoire », hausse des épaules Laetitia, ingénieure chez EDF, un drapeau blanc floqué FO Énergie sur le dos.
Pour beaucoup de travailleurs de l’énergie, si cette tentation de revoir la taxation du tarif agent est pour le gouvernement une manière de mettre la main sur de nouvelles recettes, elle est surtout une manière de jouer la division de la population, en pointant du doigt comme des nantis les salariés des IEG.


« Je peux le comprendre, je travaille tous les jours au contact de petites entreprises qui doivent mettre la clé sous la porte à cause de factures d’énergie trop grosses, ou de familles en défaut de paiement », souffle Erwann. Pour autant, cette tentative de fracture ne prend pas dans les rangs des grévistes des quatre fédérations représentatives (CGT, CFDT, CFE-CGC et FO) de la branche.
« Nantis ? Chiche, on généralise ! » suggère une pancarte tenue à bout de bras. « Les gens pensent que nous sommes des privilégiés ? C’est très bien !, provoque Malek Bouakkaz, secrétaire général adjoint de la CGT Énergie 93. Que ça les inspire à se battre pour obtenir un statut comme le nôtre. »


L’argument que ce tarif préférentiel pèserait sur les factures des usagers est lui aussi balayé d’un revers de manche. « Bien sûr que les factures intègrent les rémunérations ! Mais c’est aussi le cas des allers et retours que l’on fait faire à notre électricité sur le marché de l’énergie », tance la cédétiste Dominique Santini.
La réponse à ce problème est inscrite en lettres capitales sur une immense bâche bleue tendue au-dessus de la foule, que les grévistes espèrent visible depuis les étages du ministère de l’Économie : « EDF-GDF 100 % public ».

Une attaque idéologique contre le statut


Pascal Cottin a observé de près le détricotage du service public de l’énergie et du statut des IEG. Comme les quelque 160 000 retraités des industries électriques et gazières, ce retraité de 71 ans bénéficie encore de ce complément de rémunération, mis en place en 1946 suite à la nationalisation d’EDF.


« Il y a des attaques idéologiques contre notre modèle social, qui n’est pas un cas isolé puisque les travailleurs de la SNCF sont aussi ciblés. On tend à nous rapprocher de plus en plus du droit privé, y compris en matière de protection sociale », observe cet ancien administrateur CGT de la Caisse nationale des industries électriques et gazières.
Si le rassemblement devant le ministère de l’Économie donne à voir la détermination des agents face aux attaques contre leur statut, elle n’en est qu’un bref échantillon. L’intersyndicale a décompté 160 piquets de grèves partout sur le territoire et se félicite, à la mi-journée, d’un taux de 75 % de grévistes au niveau de la branche.


La suite du mouvement, elle, sera déterminée selon les réponses apportées par le ministère. Les quatre fédérations attendent des gages du gouvernement de ne pas suivre les préconisations de la Cour des comptes. Faute de quoi, les énergéticiens pourraient durcir leur mobilisation.
« On a le réseau thermique et électrique entre nos mains », prévient Malek Bouakkaz. Le message a dû arriver jusqu’aux oreilles de Bercy : sous ses fenêtres, nombreux étaient les grévistes à chanter, comme un défi : « Il va faire tout noir ! »

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