Elle s'appelait Clara ZETKIN

Publié le par FSC

 
Peut être une image de texte : « Presque aveugle, soutenue par deux personnes. Elle monte à la tribune. La salle est pleine de chemises brunes. n »
 
 
 
Elle s'appelait Clara Zetkin.⠀
Née le 5 juillet 1857 à Wiederau, en Saxe, fille d'un instituteur de village. Elle apprend à lire dans les livres de son père, et décide très tôt que le monde tel qu'il est n'est pas le monde tel qu'il devrait être.⠀

>À vingt et un ans, elle adhère au Parti social-démocrate allemand. L'année même où Bismarck interdit les socialistes.⠀

Elle part en exil avec son compagnon Ossip Zetkin, condamné à l'expulsion. Elle adopte son nom sans être mariée — un choix délibéré, pas une obligation. Elle le portera toute sa vie, même après sa mort à lui, même après son propre remariage, même quand il n'y aura plus personne pour s'en souvenir avec elle.⠀
À Paris, ils élèvent deux fils dans un appartement du Ve arrondissement. En 1887, le propriétaire les expulse pour loyer impayé. Ils emportent les livres et les habits qu'ils ont sur eux. C'est tout.⠀
Ossip meurt en juin 1889. Elle est atteinte de tuberculose. Elle passe plusieurs mois dans un sanatorium en Forêt-Noire. Puis elle se relève, s'installe à Stuttgart avec ses deux fils, et prend la direction d'un journal ouvrier qu'elle renomme Die Gleichheit — L'Égalité.⠀
Elle le dirige pendant vingt-six ans.⠀
En 1907, elle cofonde à Stuttgart l'Internationale socialiste des femmes. En août 1910, au congrès international des femmes socialistes à Copenhague, elle co-propose avec Luise Zietz une Journée internationale des femmes annuelle. Plus de cent déléguées de dix-sept pays votent la résolution à l'unanimité.⠀
En 1915, elle est arrêtée pour pacifisme. Le motif retenu : trahison. Elle passe quatre mois en détention. Elle est libérée parce que sa santé s'effondre — pas parce qu'elle a tort.⠀
En 1917, le SPD lui retire Die Gleichheit. Le parti à qui elle avait consacré sa vie lui prend le journal qu'elle avait fondé, renommé et fait vivre. Au motif que ses positions ne correspondent plus à la ligne. Elle avait soixante ans.⠀
Elle rejoint le Parti communiste, continue, vieillit, s'affaiblit. Elle perd peu à peu la vue.⠀
Le 30 août 1932, elle a soixante-quinze ans. En qualité de doyenne d'âge du Reichstag, elle doit prononcer le discours d'ouverture de la session. La salle est envahie de députés nazis en uniformes bruns. Elle monte à la tribune soutenue par deux personnes, presque aveugle, et appelle à l'écrasement du fascisme.⠀
C'est la dernière fois qu'elle parle à l'hémicycle.⠀
Quelques mois plus tard, le KPD est interdit. Elle part en exil en URSS. Elle meurt le 20 juin 1933, à Arkhangelskoïe, près de Moscou — quinze jours avant son soixante-seizième anniversaire.⠀
La RDA fera d'elle une icône d'État après 1949. Son visage sur les billets de banque, son nom sur les rues, sa mémoire dans les discours officiels. Ce qu'on efface à ce moment-là, c'est la militante qui avait été évincée par son propre parti. La femme qu'on commémore n'est plus tout à fait celle qui avait gravi ces marches.⠀
Et dans presque tous les récits sur la Journée internationale des femmes, le nom de Luise Zietz — qui avait co-proposé la résolution à ses côtés — a disparu.⠀
La mémoire ne se transmet pas toute seule.⠀
Elle s'appelait Clara Zetkin
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