L’ULTRA DROITE EFFACE LE NOM DE RENÉ VAUTIER DU CINÉMA D’ELNE
Après avoir retiré dès le lendemain de son élection, les couleurs du drapeau arc-en-ciel (symbole de la communauté LGBT +) du passage piéton qui menait au cinéma de sa commune. le maire d’extrême droite d’Elne, Steve Fortel, s’attaque désormais au lieu de culture en lui-même. La ville, ancien bastion communiste passé à l’extrême droite lors des dernières municipales de 2026, va voir son cinéma changer de nom.
Cette structure culturelle baptisée, depuis 20 ans, « René Vautier », deviendra « La bobine illibérienne ». René Vautier (1928-2015) était un réalisateur, documentariste et scénariste français, figure majeure du cinéma politique et engagé de l’Hexagone. Entré en Résistance à 16 ans, décoré de la croix de Guerre, il revendiqua ses positions anticolonialistes. Il fut également un soutien du FLN, le front de libération nationale, mouvement politique et militaire pour l’indépendance de l’Algérie. René Vautier réalisa le court-métrage, Afrique 50 (1950), considéré aujourd’hui encore comme le premier film anticolonialiste français, interdit de projection pendant plus de 40 ans. Son œuvre, Avoir vingt ans dans les Aurès (1972), qui revenait sur le quotidien des jeunes appelés pendant la guerre d’Algérie, avait été récompensé au Festival de Cannes. René Vautier était donc un homme éminemment engagé.
C’est là tout ce que lui reproche le nouveau maire d’extrême droite, Steve Fortel. Lors du conseil municipal ce 22 septembre 2026, alors que les élus d’opposition dénonçaient ce changement de nom, le nouvel édile tonnait : « Je veux donner un nouvel élan à ce cinéma qui ne ressemblera plus à l’ancien. Et je ne souhaite pas politiser la culture ». Sauf que René Vautier est, d’après Wikipedia, « un réalisateur et scénariste français, communiste, anticolonialiste et cinéaste du FLN algérien ».
« Je ne veux pas de connotation politique. Avec la Bobine illibérienne, je reste neutre ». Derrière la quête de neutralité affichée, l’édile assurait aussi que « si demain, je dois retirer d’autres noms de rues ou d’endroits de gens qui ont soutenu le FLN, je le ferais ».
René Vautier, qui n’était pas un membre encarté du FLN, ne se résumait pas à cet engagement. C’est en tout cas ce qu’a plaide sa fille, signataire d’une lettre qui a été lue par le conseiller municipal d’opposition Roland Castanier, lors de celle séance plénière : « Tout au long de sa carrière, il a réalisé ou participé à plus de 180 films, dont nombre fut censurés, interdits ou empêchés de diffusion. En 1973, il entreprit une grève de la faim pour détendre la liberté de création et s’opposer à la censure. Il s’est aussi engagé en faveur de l’expression régionale et d’un cinéma ancré sur les territoires. Toute son existence témoigne d’une même conception du cinéma: un outil d’émancipation, de transmission, de mémoire et de résistance face aux injustices et au silence imposé ».
La descendante du cinéaste défendant que ce changement de nom ne serait pas un simple acte administratif. « Mais ce serait effacer de ce lieu de culture populaire, le nom d’un résistant, d’un cinéaste dont toute l’œuvre fut précisément consacrée à faire vivre la mémoire et la liberté de création ».
La majorité du maire d’extrême droite a tranché. Le cinéma est bel est bien débaptisé. L’engagement s’efface, au profit de la neutralité.
Diane Sabouraud (L’Indépendant, le 24 septembre 2026)

