La Poste annonce la fermeture de 471 bureaux
Lisa Guillemin
L'Humanité du 23 septembre 2026
La Poste : 471 bureaux ferment ou se transforment, alerte SUD PTT ce 23 septembre. Le syndicat dénonce les trajets supplémentaires et les difficultés qui en découlent pour les usagers les plus précaires, mais aussi pour les petites entreprises.
Un pas de plus vers la casse des services publics. Selon des données réunies par SUD-PTT, dont l’Humanité a eu connaissance, 471 bureaux de postes sont concernés par une fermeture et un remplacement par une agence communale ou un relais chez un commerçant cette année. Ces structures maintiennent une présence postale, mais ne proposent pas tous les services de l’ancien guichet. Certaines transformations sont déjà réalisées, d’autres sont en cours ou encore à l’état de projet.
Des campagnes aux grandes villes, le recul touche une large partie du territoire. La liste transmise à l’Humanité recense des bureaux dans 89 départements : 19 dans les Bouches-du-Rhône, 17 dans le Nord, 16 dans le Bas-Rhin ou encore 15 dans le Pas-de-Calais. Des établissements de Drancy, en Seine-Saint-Denis, et de Maisons-Alfort, dans le Val-de-Marne, y figurent également.
« C’est la première fois qu’on a la liste des bureaux de poste », souligne Nicolas Galepides. La mise en place des comités sociaux et économiques (CSE) a permis aux représentants du personnel d’obtenir des informations sur les transformations du réseau, en raison de leurs conséquences sur l’emploi. SUD PTT les a rassemblées à l’échelle nationale. Dans le Sud-Est, le CSE vient ainsi de voter une expertise sur les effets de la fermeture de 147 bureaux, indique la fédération.
Le prolongement deux décennies de fermetures
Certaines opérations sur le courrier et les colis restent possibles. Mais les services bancaires se limitent à quelques prestations, comme des retraits d’espèces plafonnés, selon le type de point de contact. Pour ouvrir un compte notamment, les usagers doivent se rendre dans un bureau proposant ce service.
Le syndicat dénonce les trajets supplémentaires et les difficultés qui en découlent pour les usagers les plus précaires, mais aussi pour les petites entreprises. Cette réduction de l’offre prolonge deux décennies de fermetures : selon le décompte de SUD PTT, 6 881 bureaux ont disparu entre 2005 et 2025, soit une moyenne de 344 par an.
La Poste reste pourtant une entreprise entièrement publique, détenue par la Caisse des dépôts et l’État. Devenue société anonyme en 2010, elle doit à la fois assurer ses missions de service public et satisfaire des exigences financières renforcées. Face à la baisse du courrier et de la fréquentation des bureaux, le groupe a développé ses activités dans le colis, la banque et l’assurance, mais aussi la santé et le numérique.
Pour compenser la baisse du courrier, La Poste a multiplié les acquisitions, dont certaines ont à leur tour creusé ses pertes. Dans un rapport publié en février 2025, la Cour des comptes relevait des résultats faibles dans certaines activités de santé et du numérique, ainsi que des pertes importantes liées à certaines acquisitions internationales.
Pour le syndicat, les économies ne passent pas par des fermetures
Les recommandations de la Cour visaient aussi le réseau postal. Elle préconisait d’examiner un allègement des obligations de présence territoriale imposées au groupe. Elle appelait également à améliorer sa rentabilité afin, notamment, de « rétablir une politique de distribution de dividendes ».
L’État ne finance pourtant pas entièrement les missions qu’il confie à La Poste. En 2023, les compensations publiques restaient inférieures de 683 millions d’euros aux charges estimées par l’entreprise, selon ce même référé. La Cour soulignait que les difficultés financières ne venaient pas seulement des missions de service public : les acquisitions et les pertes de certaines activités avaient également contribué à l’endettement.
SUD-PTT conteste que les économies passent par la disparition des bureaux. Leur remplacement permet à La Poste de réduire les charges de son propre réseau, tandis que l’accueil repose sur une commune ou un commerçant. Le syndicat réclame que les conséquences pour les habitants et l’activité locale soient davantage prises en compte.
Nicolas Galepides demande aux élus de reprendre la main sur l’avenir des bureaux. La fédération souhaite également associer les représentants des salariés, les professionnels et les associations d’usagers aux décisions. Dans les campagnes comme dans les quartiers populaires, elle alerte sur les sentiments d’abandon et d’injustice nourris par le recul des services publics. « Il faut dimensionner l’offre en partant des besoins », insiste SUD-PTT.

