Documentaire « Naza » : Netanyahou lance une traque contre ses propres soldats lanceurs d’alerte
Stéphane Sahuc
L'Humanité du 12 octobre 2026
En exigeant des poursuites pénales contre les 24 militaires ayant témoigné dans le documentaire Naza, le premier ministre israélien lance une traque aux lanceurs d’alerte. Une offensive politique et judiciaire qui vise à étouffer les révélations de ces soldats sur l’invisibilisation des victimes civiles à Gaza.
Benyamin Netanyahou ne tolère pas qu’on regarde la guerre à Gaza de trop près, surtout quand les regards critiques portent l’uniforme de son propre pays. Le premier ministre israélien vient de franchir un cap en ciblant directement les militaires qui ont témoigné dans Naza. Ce documentaire, réalisé par Yuval Abraham et Rachel Szor, documente de l’intérieur la manière dont l’armée sélectionne ses cibles. Aujourd’hui, ceux qui ont accepté de parler risquent la prison.
Dans une récente déclaration, le chef du gouvernement a exigé des poursuites pénales contre les participants au film. Il a saisi les plus hauts responsables de la sécurité et de la justice – l’armée, le Shin Bet et la procureure générale – pour démasquer ces lanceurs d’alerte. Les accusations avancées sont lourdes : atteinte à la sécurité de l’État et diffamation. Cette pression gouvernementale s’inscrit dans un climat déjà très dur pour les réalisateurs.
Depuis que Naza a été primé à la Mostra de Venise, Yuval Abraham et Rachel Szor font face à des menaces de mort. Des ministres sont même allés jusqu’à demander qu’on leur retire la nationalité israélienne, assimilant leur enquête à une trahison. Dans la même veine, le chef d’état-major de l’armée israélienne, Eyal Zamir, avait aussi assuré que l’armée « ne permettra pas que les soldats soient pris pour cibles par des mensonges ».
Le journal britannique The Guardian, qui fait partie des producteurs du film, a démonté ces accusations, rappelant que « le processus d’évaluation de la crédibilité des témoignages a été rigoureux.
Il a notamment inclus des documents classifiés ayant fait l’objet de fuites, une vérification détaillée de frappes spécifiques et une corroboration par un large éventail de sources journalistiques confidentielles qui n’apparaissent pas à l’écran dans le film ».
Le journal a ajouté qu’au cours des trois dernières années, il avait « interrogé plus de 100 sources connaissant bien les systèmes de Tsahal utilisés dans la guerre à Gaza, y compris des commandants de haut rang directement impliqués dans l’autorisation des frappes ».
Benyamin Netanyahou confirme ce que le film dénonce
Ce qui inquiète tant le pouvoir israélien, c’est que le film s’appuie sur la parole de 24 militaires et agents du renseignement. Ces témoins racontent le quotidien de leur mission. Ils décrivent un système où la mort des civils palestiniens – les fameux « Naza » (dommages collatéraux en jargon militaire) – est calculée comme une simple statistique.
Le Guardian précise d’ailleurs que la tentative par l’armée israélienne de « présenter les 24 participants à Naza comme des officiers subalternes impliqués uniquement dans les premières étapes du processus de ciblage est fausse. Il s’agit notamment d’officiers et de soldats qui ont participé à de multiples étapes du processus de ciblage à Gaza, y compris le renseignement, les opérations et le processus d’autorisation finale », ajoute le journal.
En voulant traîner ces lanceurs d’alerte devant les tribunaux, le gouvernement cherche à envoyer un message clair : le silence sur les crimes doit primer dans les rangs de l’armée. En essayant d’étouffer cette souffrance interne à coups de menaces judiciaires, Benyamin Netanyahou confirme finalement ce que le film dénonce.
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La photo: Benyamin Netanyahou a exigé des poursuites pénales contre les participants au film. Il a saisi les plus hauts responsables de la sécurité et de la justice pour démasquer ces lanceurs d’alerte.
© Maayan Toaf/Israel Gpo via ZUMA Press Wire
