Élections en Israël : les partis arabes tendent la main, les sionistes la rejettent
Sylvain Mercadier
L'Humanité du 29 octobre 2026
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| Des électeurs dans un bureau de vote de Taibe, ville arabe située dans le nord d’Israël, le 27 octobre 2026. © Gil Cohen-Magen/dpa |
Les tractations post-électorales ont débuté en Israël, alors qu’aucune force politique n’est parvenue à obtenir la majorité à la Knesset. Obstinées à ignorer les partis dits arabes et leurs alliés, les formations sionistes vont devoir négocier entre elles, à l’aune des nouveaux équilibres des forces.
Le décompte des bulletins de vote des élections législatives israéliennes est arrivé à son terme. Les résultats définitifs confirment la poussée des partis dits arabes et de leurs alliés de la gauche israélienne. Avec un nombre historique de 19 sièges, ils se retrouvent plus que jamais en position de « faiseurs de rois » d’une future coalition à la Knesset. Mais plutôt que de prendre acte de cette réalité, la droite sioniste s’obstine à rejeter toute forme d’alliance avec la minorité non juive du pays.
« On aurait pu penser que, suite au traumatisme du 7-Octobre, la société israélienne se serait penchée vers les extrêmes lors de ce vote. Or, ce que nous observons, c’est que c’est plutôt l’inverse qui s’est produit : le vote ultra-orthodoxe a chuté et les partis messianiques des ministres Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich ont également fait des scores décevants », analyse Yohanan Plesner, directeur de l’Institut israélien pour la démocratie.
Particulièrement concerné par l’hémorragie de votes, le parti Shas, qui représente historiquement la communauté ultra-orthodoxe séfarade, a fait son pire score depuis trente-cinq ans. Mais ce recul des partis traditionalistes n’augure pas pour autant une ère de tolérance.
Le succès en demi-teinte du gouvernement sortant
Ces évolutions sont à mettre en perspective avec d’autres chiffres : le Likoud n’a pas décroché et affiche un score similaire aux élections de 2022, franchissant la barre du million d’électeurs pour seulement 50 000 voix de moins qu’il y a quatre ans. Cela en fait le parti le plus populaire de ce scrutin. « Netanyahou incarne la stabilité et l’expérience pour un électorat qui cherche un leader capable de gérer les crises internationales et de maintenir le cap en cas de guerre », explique Thomas Vescovi, enseignant chercheur spécialisé dans les dynamiques socio-politiques israéliennes et doctorant en science politique à l’EHESS.
Mais malgré le score impressionnant du Likoud, ses alliés religieux ont moins convaincu. On imaginerait alors que le premier ministre sortant allait être réceptif aux suggestions de son parrain états-unien Donald Trump, qui le conjure d’abandonner ses lieutenants messianiques pour construire un gouvernement d’unité national juif rassemblant les factions les moins radicales des deux blocs sionistes. Las, Benyamin Netanyahou a rappelé sa ferme détermination à maintenir son alliance avec l’extrême droite messianique.
La verve du leader du Likoud s’est en revanche portée sur les partis dits arabes, dénonçant une mobilisation anormale de la communauté palestinienne dans cette élection, avant de pointer du doigt des fraudes prétendument orchestrées avec des financements qataris. Le président de la commission électorale a immédiatement chargé le chef du Shin Bet (renseignements intérieurs) d’enquêter sur les informations de financement étranger, avant de reconnaître dans la journée de jeudi que les cas de fraudes étaient mineurs et que les résultats des élections remplissaient les critères de transparence souhaités. Au grand dam du bloc de Netanyahou.
Déchaînement de haine anti-Arabes
L’acharnement du leader de la droite nationaliste contre ces formations est tel qu’il irrite même son principal rival, Gadi Eisenkot, qui fustige les efforts du Likoud pour saper la légitimité des résultats. Cela même alors que sa liste, Yashar, a elle aussi réalisé un score décevant. Sa position de deuxième derrière le Likoud complique les ambitions d’Eisenkot de gouverner et encore plus celui de « dégager » le premier ministre sortant.
L’obstination n’est pas seulement l’apanage de Benyamin Netanyahou. Avigdor Lieberman, le leader ultranationaliste aux rênes du parti Israel Beitenou qui avait rejoint l’opposition, affirme haut et fort son refus catégorique de faire partie d’une coalition qui inclurait Netanyahou, les listes arabes ou encore les partis ultra-orthodoxes. La main tendue par le parti Ra’am et celui de la Liste unifiée (forts ensemble de 19 sièges) à de multiples reprises ne sera probablement pas saisie. Elle aurait toutefois permis de former un gouvernement de coalition qui tournerait l’ère du Likoud avec un effectif confortable de 67 sièges (sur les 61 nécessaires pour former une majorité).
« Les Israéliens ont la conviction profonde qu’Israël est le pays des juifs. Ils considèrent que le droit de vote est une offrande qui a été faite aux Arabes d’Israël. Il est toléré dans la mesure où il ne perturbe pas le cours des choses. Les juifs israéliens ne peuvent pas concevoir que les Arabes participent aux décisions importantes. Il n’est pas étonnant de constater que les nombreuses études faites sur la population israélienne ont montré que la vaste majorité des Israéliens considèrent que les Arabes ne devraient même pas pouvoir présenter des partis politiques aux élections », ajoute Thomas Vescovi.
Face à ce refus d’inclusion, les négociations qui s’ouvrent entre les partis en lice s’annoncent âpres. Le président israélien, Isaac Herzog, a rappelé qu’il ne souhaitait pas convoquer de nouvelles élections l’an prochain, afin d’inciter les élus à engager des négociations sincères pour parvenir à une majorité.
Pour Thomas Vescovi, c’est une phase de la politique israélienne où les alliances ne valent plus grand-chose : « Puisque les blocs politiques qui tenaient avant les élections ne sont pas parvenus à une majorité, on peut imaginer tous les scénarios d’alliance à l’heure actuelle. Lieberman et même Bennett ont fait leurs débuts en politique grâce à Netanyahou mais sont aujourd’hui dans l’opposition », explique-t-il. Un nouveau revirement de ces ultranationalistes est-il toujours possible ? Tous les scénarios sont sur la table, sauf peut-être celui qui inclurait les Palestiniens.
