Lettre ouverte de la CGTG - Santé et Action sociale à Marisol Touraine en visite en Guadeloupe

Publié le par FSC

Pointe-à-Pitre, le 17 juillet 2014

A Mme Marisol TOURAINE

Ministre de la santé et des affaires sociales

14, avenue Duquesne
75350 PARIS 07 SP

Objet : Votre visite en Guadeloupe.

Madame la Ministre,

Profitant de votre présence sur notre territoire ce jour, par la présente lettre ouverte, permettez-nous de vous interpeller sur la situation problématique de notre île quant aux questions sanitaires et sociales qui, en dehors du traitement médiatique, nous semblent relevées d’une impérieuse volonté politique. Nous avons payé le lot de notre restructuration, notamment à Marie-Galante.

Notre organisation syndicale, forte de la confiance que lui témoignent les usagers et les professionnels de la santé et du social, a contribué à plusieurs rencontres pluripartites pour faire passer la voix des femmes et des hommes de terrain et prévenir les dites-problématiques. Elle n’a pas toujours été entendue mais continue, sans relâche, son combat pour améliorer les conditions de travail et de vie des personnels et pour pouvoir remplir une mission de service publique de qualité dans ces deux secteurs..

Nous vous prions de noter, entre autres, notre participation aux discussions préalables à l’élaboration du plan régional de santé et aux assises territoriales du travail social. Ces deux expériences, certes enrichissantes, nous ont interpellés sur l’avenir de la fonction démocratique des organisations syndicales dans le jeu public. Si ces initiatives sont heureuses de prime abord, elles laissent une amertume quant à la non-prise en compte des propositions des professionnels et à l’impression d’un simili-débat pour faire passer des décisions déjà prises.

En conséquence et directement, nous souhaitons attirer votre attention au nom des militants de la Fédération Santé et Action Sociale affiliée à la Confédération Générale du Travail en Guadeloupe (F.S.A.S.-C.G.T.G.), sur au moins cinq points non exhaustifs qui convoquent, chez nous, une inquiétude justifiée voire un diagnostic sévère au vu du traitement politique qui leur est réservé et ce, pour certains, depuis plus d’une décennie :

  • Le projet de Direction commune des deux Hôpitaux de la côte-sous-le-vent.

Nous avons déjà eu l’opportunité, et au travers d’une autre lettre ouverte adressée à M. le Directeur de l’A.R.S. en date du 12 Mai dernier, de dénoncer la logique comptable qui prime sur la logique humaine et singulièrement dans le projet de la Direction commune des deux Hôpitaux de la côte-sous-le-vent (Centre Hospitalier Louis-Daniel BEAUPERTHUY et Centre Hospitalier Maurice Selbonne). Notre refus de ce projet repose sur le fait que des spécialistes, s’appuyant sur des travaux de recherche non contestables, ont informé de ce qui suit :

« La côte-sous-le-vent est la zone géologique la plus sure du territoire. En cas d’activités volcaniques en sud-Basse-Terre ou de séismes sur la faille du centre, la meilleure zone de repli immédiat se situe entre le nord de Bouillante et Deshaies. C’est exactement sur cet espace que sont construits ces deux hôpitaux avec les divers services qu’ils rendent à cette population excentrée des grands centres urbains mais aussi qu’ils pourraient rendre au reste de la population en cas de catastrophe naturelle ». Nous pensons que ces deux entités doivent demeurer dans leur singularité sans rejeter le principe de coopération inter-hospitalière. Il a fallu la mobilisation du personnel pour être écouté sans la garantie d’être entendu. Promesse a été faite d’étudier la question, avec l’éclairage des professionnels au sein de comités de suivi, nous restons vigilants tout en participant à ces comités.

  • La pandémie du Chikoungounia.

La pandémie du chikougounia semble surprendre or, avec l’expérience de la réunion en 2005, et celle des luttes anti-vectorielles des anciennes DDASS et DSDS, nous pouvions au moins la ceindre et éviter ses conséquences désastreuses notamment sur le plan économique. A ce propos, nous autres syndicalistes avons trouvé, là, plus fort que nous en tant que « démolisseurs de l’économie » (puisque c’est la formule consacrée par ceux qui rêvent de supprimer le droit de grève). Si aucune statistique sérieuse n’est à notre portée de main, notre réseau professionnel et nos constats in situ nous suffisent pour affirmer que le coût des arrêts maladies flambera la caisse de sécurité sociale et les absences aux lieux de travail flamberont les « charges du personnel » ralentissement oblige. Cette réalité n’est bien-sûr pas mise en exergue par nos grands défenseurs de la logique comptable car elle met à mal leur folle théorie. En ce qui concerne l’argument des produits préventifs d’antan, devenus toxiques, il est étonnant que ce principe de précaution n’ait été appliqué pour le traitement de la banane, si ce n’est après un procès. En tout état de cause, la population est « prise en otage » par un plan de communication qui lui impute toute responsabilité nonobstant la responsabilité publique et nous en sommes désolés d’avoir à pointer cette faillite.

  • La nécessité d’un Tep scan en Guadeloupe.

Cet appareil est une obligation sur notre territoire insulaire mais répondant, aussi, à une demande régionale caribéenne complétant l’offre de la Martinique en stéréotaxie et curiethérapie. Trop de patients ont du mal à supporter les longs voyages et pourraient être pris en charge localement avec un gain de chance incomparable. Cet investissement, certes lourd mais d’utilité publique, a son binôme qu’est le cyclotron pour produire le fluorodésoxyglucose nécessaire au fonctionnement du Tep scan. Un rêve fou, diraient certains, mais créateur d’activités nouvelles pour faire face à des pathologies de plus en plus récursives. Notre organisation soutient que ces appareils sont une nécessité absolue en Guadeloupe pour, aussi, relancer la recherche et ouvrir des perspectives aux étudiants en médecine.

  • Le retour à l’unicité de la psychiatrie en Guadeloupe.

Après moult péripéties, il est proposé au Centre Hospitalier de Montéran de reprendre en main le service de psychiatrie du Centre Hospitalier Universitaire. Une expertise est en cours et devrait permettre aux deux Directions de s’accorder sur les modalités de transfert administratif mais non physique. Le personnel des deux établissements s’interroge, à juste titre malgré l’assurance de l’ARS, sur ce transfert. Notre organisation syndicale reste vigilante sur ce nécessaire transfert mais pas à n’importe quel prix. En effet un précédent, lors de la partition de la psychiatrie, est resté en mémoire et nous contraint à exiger que les moyens en hommes et infrastructures soient donnés pour offrir une psychiatrie de qualité à un public déjà en grande souffrance de par la précarisation sociale. Ce transfert, s’il est fait, ne doit pas se faire à moyens constants sous peine de mettre en difficulté cette spécialité sur le territoire.

  • Le manque criant de moyens dans les établissements sociaux et médico-sociaux.

Notre alerte sur ces sujets, en venant à vous, fait de nous les porte-paroles de professionnels compétents mais las car ne se retrouvant plus dans les différents corps de métiers qu’ils occupent. Il leur est rétorqué l’incontournable mutation mais, in fine, c’est le non-sens qu’ils perçoivent. Nous voulons croire que les pouvoirs publics sauront se donner les moyens de répondre à ces problématiques au risque que la dégradation du travail n’entraine une dégradation sociale. Les réformes successives, depuis 1991, dans le domaine de la santé, de la protection sociale, de la formation, n’ont cessé de porter atteinte aux acquis des professionnels et aux droits des usagers et de leurs familles.

Madame la Ministre, à quand le changement tant attendu ? Faut-il attendre l’irréparable pour espérer la mise en place d’un plan d’action où, enfin, on respecterait les droits humains en mettant l’Homme au cœur des préoccupations ? Les professionnels et les usagers seront attentifs aux réponses que vous nous apporterez.

Dans l’attente,

Nous vous prions, Madame la Ministre des affaires sociales et de la santé, d’accepter nos sentiments respectueux.

Pour la F.S.A.S. –C.G.T.G.

Le secrétaire général Philippe BELAIR

Publié dans Luttes - actualités

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