Congrés CGT séance 4 du mercredi 29 mars

Publié le par FSC

 

Une chose est frappante dans le déroulement du congrés : depuis le premier jour et l'échec de la tentative d'imposer un alignement sur la composition des commisssions, le réglement intérieur préparés à l'avance par la direction sortante et devant s'imposer au congrés (avec une réaction massive de la salle envahissant la tribune) il s'est passé une chose totalement inhabituelle dans les congrés de la CGT et qui a cette fois donné la primauté aux syndicats, aux délégués et affirmé la souveraineté du congrés sur les appareils confédéraux.

Une sorte de révolution qui au départ de manière houleuse a fini par s'imposer et donner une toute autre orientation et une tout autre tonalité au congrés que celle sans doute prévue.

Par habitude et par une sorte de légitimisme les propositions de la direction sortante en matière de déroulement du congrés et des choix principaux conduisant au choix d'orientation et de direction, a fortiori en cas de désaccord c'étaient les positions de la direction sortante qui l'emportaient supportées par la grande majorité des congressistes.

Au nom souvent de la préservation de l'unité.

Comme ce fut le cas dans les congrés précédents même si la cotestation s'y affirmait déjà et si  la critique des orientations suivies notamment depuis les années 90 (dialogue social, adhésion à la CES, sortie de la FSM , syndicalisme rassemblé...) apparaissait comme un acte de division et d'affaiblissement de l'organisation.

Signe des temps, de ce qui a bougé en profondeur et dans la surprise et l'inquiétude des médias attentifs à ce qui se passe à la CGT et notamment la presse patronale économique propriété de Bernard Arnaud comme les  Echos et sa plume " syndicale " Leila de Comarmond, un changement important s'est produit.

Du coup nombre de propositions des bases syndicales sont venues enrichir les textes initiaux et n'ont pu être bloquées comme ce fut le cas par le passé.

Cette quatrième séance présidée notamment par Sophie Binet et Laurent Brun était consacrée dans un premier temps à l'examen du document d'orientation qui a vu à plusieurs reprises se confronter ceux qui considéraient que la mise en minorité du rapport d'activité était dirigée contre toute la CGT (les partisans de la direction sortante) et au contraire ceux  qui considéraient que cette mise en cause résultait aussi de l'alignement de la direction sortant sur les positions de Laurent Berger et du syndicalisme rassemblé.

Nombreux ont été les intervenantes et les intervenants, mais la contrainte du temps de parole à 4 minutes n'est certainement pas propice ni aux nuances ni à l'abord sur le fond des désaccords.

Sur la question de l'unité par exemple il est absurde de contester l'efficacité du rassemblement intersyndical à l'occasion de la lutte contre la réforme des retraites qui a revétu une efficacité certaine en donnant confiance à de très nombreux travailleurs ainsi qu'à la jeunesse.

Mais cela ne saurait faire oublier que des circonstances exceptionnelles ont présidé à son émergence : les profondes erreurs et bévues de l'exécutif, le fait que Berger était tenu par une décision de congrés sur les 62 ans, la mise sous contrôle populaire d'une revendication unique rassembleuse à laquelle personne ne peut se soustraire sans subir une réprobation sévère.

Mais cela ne saurait faire oublier que récemment encore L. Berger condamnait en reprenant le nouveau moyen de dénigrement des luttes des travailleurs sous le vocable de grève préventive.

Le fond de l'affaire étant que les organisations réformistes comme la CFDT entendent améliorer, contenir dans certaines règles le système capitaliste tandis que la CGT du moin dans ses statuts se fixe l'objectif défini dans une double besogne de renversement du capitalisme comme système d'oppression et d'exploitation.

La question de la nécessité de l'unité des travailleurs sous leur contrôle et sous l'impulsion des organisations de lutte de classe dépassant de loin la seule question des rapports entre dirigeants et directions, de leur entente de leur éventuel respect, mais renvoyant à la stratégie adoptée du changement de société.

En prenant en compte les erreurs historiques qui ont permis l'utilisation par les forces social-démocrates de l'aspiration à l'unité pour parvenir au pouvoir et pour ensuite appliquer une politique au service de l'oligarchie.

On notera dans la multiplicité des interventions la mise en valeur du rôle des Unions locales (Nathalie des Finances publiques de Moselle), la proposition de syndiquer les salariés étudiants dans des structures inter-entreprises, la propsition d'une manifestation nationale à Paris, la nécessité que la CGT donne une perspective à la lutte engagée AVANT et au-delà du 6 avril notamment pour les camarades engagés dans les grèves reconductibles, les piquets de grève depuis des jours et des jours, l'appel à la discipline syndicale de toutes les fédérations pour un engagement réel de TOUS dans l'actuel combat ...

Avec dans de nombreuses interventions la volonté affirmée d'étendre la grève actuelle, de refuser toute médiation et de continuer à exiger le RETRAIT pur et simple de la contre-réforme

Reste à voir sur quelles décisions finales va déboucher ce congrés qui en a surpris plus d'un et qui inquiéte les tenants de l'ordre établi.

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SOURCE : La Marseillaise

Le 29 mars 2023 :

CGT : le bilan de la direction confédérale sortante rejeté à 50,32%

Coup de théâtre mardi au 53e congrès de la CGT : les congressistes ont rejeté à 50,32 % le rapport d’activité de la direction sortante. Une première. Le congrès s’est interrompu, le comité confédéral national (CCN) s’est ensuite réuni sans communiquer plus avant à l’heure où nous écrivions ces lignes La tension de cette journée a encore été un cran au-dessus de celle de la veille, où les débats avaient déjà été très vifs.

« Camarade Philippe Martinez, qui t’a donné mandat pour parler de médiation alors que les travailleurs sont dans la rue ?», a vivement interpellé Murielle Morand, de la Fnic 69 (fédération de la chimie). Une critique qui s’ajoute à bien d’autres. Verticalité, autoritarisme... « Il y a une absence totale de concertation sur l’adhésion au collectif Plus jamais çà, qui est même devenu la vitrine de la CGT, sur la signature d’une tribune problématique avec le Medef appelant à l’unité nationale au début du Covid, alors même que les salariés se retrouvaient au front sans protection, avec la CFDT pour applaudir le plan de relance de Macron et Merkel », a fustigé à la tribune Samia Bruas-Chetri, de la fédération des organismes sociaux. Et de synthétiser : « Le bilan tel que présenté ne correspond pas à la réalité.»

« Plus de problèmes que nos orientations »

Ce bilan a été défendu par Fabrice Angei, issu de la CGT du Var. Déplorant que « certaines luttes mobilisent beaucoup la CGT et d’autres non », en citant l’assurance chômage, il a parlé des effectifs – « 40 000 ont rejoint la CGT en 2022, des chiffres très supérieurs à la moyenne» et 12 000 ces deux derniers mois – avant de s’interroger : « Pourtant, nous perdons des adhérents, la question est pourquoi?» Et de citer, pêle-mêle, la difficulté à répondre aux demandes d’adhésions en ligne ou à trouver un syndicat d’accueil pour les travailleurs isolés, avant de conclure : « Cela pose plus de problèmes que nos orientations. » Plaidant pour « une CGT ouverte vers l’extérieur», il mentionne « les associations qui ont intégré les revendications sociales à leurs orientations». Où il faut évidemment voir le collectif Plus jamais ça.

Ces options, certains sont venus les défendre à la tribune. Ainsi, Cyril Briffaut, de la Chapelle d’Arblay. Cette usine de papier recyclé, « c’est la CGT qui l’a sauvé, après trois ans de lutte », clame-t-il. « On a contesté notre action à Bercy, car c’était avec le collectif Plus jamais ça. On a travaillé avec tous ceux qui voulaient travailler avec nous. Sans cela, on se serait fait bouffer.»Autre exemple, Simon, du médico-social de la ville de Paris, racontant trois mois de lutte victorieuse, avant de conclure en écho aux divisions qui s’affichent dans ce congrès « Tous ceux qui s’opposent ici sont venus nous aider. Sans eux, on n’aurait pas tenu. Dans la bagarre, la CGT est soudée.»

« Respecter les trois candidatures »

Devant la presse, en marge de la manifestation à Clermont-Ferrand, Philippe Martinez a livré son propre bilan : « L’ensemble des syndiqués que je vois sont fiers d’être à la CGT, de ce qu’elle mène dans cette lutte avec les autres organisations syndicales. C’est l’image d’une organisation contestataire et qui fait des propositions, c’est une image de la CGT telle qu’elle est et pas telle que parfois on essaye de la caricaturer ».

Mais, entre la gestion du conflit des retraites - « l’intersyndicale ne se décrète pas à Paris, sur le terrain, c’est nous qui menons toutes les actions !», lance une congressiste - et la désignation du successeur de Philippe Martinez, la charge est lourde dans l’enceinte de la Grande halle d’Auvergne, où se déroule le congrès. Pointant les « errements de ce mandat », Nicolas Le Pain, du service des eaux, enfonce le clou : « peut-être est-ce une volonté de confier les clés de la CGT à un courant qui promeut la fusion avec Sud et la FSU ? ». Et de viser sans la nommer Marie Buisson, la candidate proposée par Philippe Martinez.

« Aujourd’hui, il y a trois candidatures qui émergent, il faut les respecter », a campé Sébastien Menesplier, secrétaire général de la puissante Fédération Mines Énergie, celle de Marie Buisson comme celle de Céline Verzeletti, qu’il soutient, et celle d’Olivier Mateu, secrétaire général de l’UD CGT des Bouches-du-Rhône. Devant les médias, Céline Verzeletti s’est dite « disponible» pour prendre la tête d’une CGT, « avec une direction qui souhaite donner à voir une organisation syndicale beaucoup plus offensive, avec une identité encore plus forte de masse et de classe».

Angélique Schaller

(La Marseillaise)

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