Le grand écrivain libanais Elias Khoury s'exprime : socialisme OU barbarie !

Publié le par FSC

REPRIS de : https://assawra.blogspot.com/2023/11/elias-khoury-et-le-conflit-israelo.html

SOURCE : L'Humanité du 08 novembre 2023

 

Pour Elias Khoury «Si on parle de violence, il faut que tout le monde arrête la violence, sinon impossible de se parler » © Isolde Ohlbaum/LAIF-REA

 

Le grand écrivain libanais Elias Khoury vient de publier " l’Étoile de la mer ", vaste épopée sur la Palestine. Il nous fait part de ses réflexions sur l’actualité brûlante d’un conflit israélo-palestinien qui a de si profondes racines.

Il explore l’identité, la mémoire, l’amnésie volontaire, la trahison et les rapports entre la Shoah et la Nakba. Actuellement rédacteur en chef de l’édition arabe de la Revue d’études palestiniennes, Elias Khoury, citoyen libanais (né à Beyrouth en 1948), décidait, dans les années 1960, de devenir membre du Fatah, alors la plus importante organisation de résistance palestinienne dans l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). En 1975, il fut sérieusement blessé lors de la guerre civile au Liban, à laquelle il prit part. Il nous parle depuis Beyrouth, où il vit.

Vos prises de position publiques, ainsi que tous vos écrits, ont toujours témoigné de convictions laïques et démocratiques. N’assiste-t-on pas, à l’inverse, à l’exaspération absolue du religieux à des fins politiques, dont les tenants et aboutissants agissent bien au-delà de l’aire géographique de Gaza et d’Israël ?

Elias Khoury


Je suis un homme laïque, un démocrate de gauche. J’ai toujours très clairement critiqué le mouvement et l’idéologie islamistes mais l’Autorité palestinienne, nos camarades laïques en Palestine ont cessé de résister à l’occupation. Ils travaillent sous l’occupation. Cela crée une situation très grave et très problématique pour nous et pour nos camarades dont le Fatah (la branche politique de l’OLP créée par Yasser Arafat). Lors de la seconde Intifada, le Fatah a créé les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa (branche armée du Fatah). Ce mouvement a été détruit par l’Autorité palestinienne. Aujourd’hui, les jeunes sont en colère contre cette Autorité qui ne les représente pas.



Que faire, face à tant de morts violentes et de massacres d’innocents ?

Elias Khoury

Les massacres sont toujours à condamner. Et je rappelle que cela fait cinquante ans qu’il y a des massacres d’innocents dans les territoires occupés. L’armée israélienne entre dans les maisons des Palestiniens. Elle fait tout ce qu’elle veut, elle terrifie les familles, détruit les bâtiments, s’empare de jeunes gens de 14-15 ans qu’elle jette en prison. Rappelons-nous ce qui eut lieu, en février dernier, à Huwara, en Cisjordanie occupée.

Cette ville palestinienne près de Naplouse a été totalement brûlée par des colons israéliens sous les yeux de l’armée. Si on parle de violence, il faut que tout le monde arrête la violence, sinon impossible de se parler. Il faut aller, une fois pour toutes, vers une solution rationnelle : donner au peuple palestinien le droit à l’autodétermination. N’est-il pas le seul peuple au monde à être aujourd’hui sous colonisation ? Comment les partisans des droits de l’homme peuvent-ils accepter ça ?



Aux côtés du poète palestinien Mahmoud Darwich, entre autres, vous avez lutté sans répit contre l’ignorance, facteur de haine et de cruauté. En cette période, est-ce bien le moment de se demander ce que peut la littérature ?

Elias Khoury


Elle peut très peu et beaucoup de choses. Peu face à des guerres comme ce que nous sommes en train de vivre, mais elle peut aussi de très grandes choses, comme d’insister sur les valeurs humaines. Le monde souffre du manque de valeurs, partout, de l’est à l’ouest, de la Chine jusqu’à la France. Quand j’entends ce que madame Le Pen dit sur la Palestine : « Il faut jeter les Palestiniens dans le désert du Sinaï ! »

Entendre une femme politique française s’exprimer de cette façon. Pour nous, pour tous les intellectuels du monde, la Révolution française a joué un si grand rôle dans notre conscience, dans nos valeurs humaines et culturelles. Voir ce qui se passe maintenant. C’est vraiment triste.



La solution, jadis envisagée, de deux États, depuis longtemps compromise, est-elle encore concevable ?

Elias Khoury


Elle est totalement caduque, car les Israéliens l’ont voulu ainsi. Maintenant, en Cisjordanie, il y a 700 000 colons. Aujourd’hui, surtout avec les nouvelles tendances politiques, qui sont religieuses et fascisantes, les Israéliens ne laisseront pas tomber des villes comme Naplouse ou Hébron. Pour eux, il s’agit bien d’un mythe, sur lequel se fonde leur État.



Que dire, si l’on replace ces événements tragiques dans le contexte général de l’état du monde où la guerre sous toutes ses formes se manifeste ici et là, portée par des régimes de fer ?

Elias Khoury


Nous sommes pratiquement entrés dans la quatrième guerre mondiale. Je pense à cette remarque toujours juste de Karl Marx : « L’humanité doit choisir entre la barbarie et le socialisme. » Il semble que l’humanité ait choisi la barbarie. Le capitalisme est l’une des manifestations de cette barbarie.

 

 

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