Gaza : pour Netanyahou, une seule solution, l’occupation

Publié le par FSC

SOURCES :Pierre Barbancey
L'Humanité du 25 février 2024

Agence France Presse du 25 février 2024

 

Dans un plan présenté vendredi, le premier ministre israélien, tout en ménageant son allié états-unien et ses partenaires d’extrême droite, a redit sa volonté de garder la main sur Gaza, mais aussi sur la Cisjordanie.


Benyamin Netanyahou est en guerre. Il est en guerre contre le monde entier et si sûr de lui qu’il défie même son principal allié, les États-Unis, sans lequel son armée serait aujourd’hui à l’arrêt par manque de moyens militaires, particulièrement des munitions. Peu importe pour le premier ministre israélien qui joue sa survie politique et, pour cela, se trouve prêt à tout, y compris à embraser la région.


Vendredi, il a présenté son premier plan officiel pour la bande de Gaza, distribué aux membres du cabinet de sécurité sous la forme d’un document de travail plutôt que d’un programme préétabli. Le contenu en soi ne constitue pas vraiment une surprise. Il affirme qu’Israël garderait le contrôle des territoires palestiniens, qu’il s’agisse de la bande de Gaza ou de la Cisjordanie. Ce qui revient à rejeter la création d’un État palestinien, qu’il considère comme une menace pour la sécurité d’Israël. Mais Netanyahou, en animal politique expérimenté, s’est bien gardé de l’exprimer aussi clairement.

Les juifs israéliens hostiles à toute négociation et aide humanitaire à Gaza


Pour s’assurer le contrôle de Gaza, le chef du gouvernement propose qu’Israël soit présent à la frontière entre le territoire palestinien et l’Égypte dans le sud de l’enclave et coopère avec Le Caire et Washington dans cette région pour empêcher les tentatives de contrebande, y compris au point de passage de Rafah. Le plan prévoit la fermeture de l’agence des Nations unies pour les réfugiés de Palestine, l’UNRWA, qu’Israël a accusée à plusieurs reprises de fournir une couverture au Hamas, et son remplacement par d’autres groupes d’aide internationaux.


À ce stade, il lui faut manœuvrer habilement entre ses alliés extérieurs et ses soutiens intérieurs, notamment ceux de l’extrême droite, membres du gouvernement. D’un côté les appels internationaux s’intensifient pour mettre fin aux combats qui ont détruit de larges pans de Gaza et l’idée même d’une reconnaissance unilatérale d’un État de Palestine s’exprime dans certaines capitales européennes comme Paris, Londres, Madrid ou Bruxelles.


De l’autre les suprémacistes juifs, comme le ministre des Finances Bezalel Smotrich, insistent sur la reprise de contrôle de la bande de Gaza, l’extension de la colonisation (il vient d’annoncer le lancement de 3 000 nouvelles constructions dans les colonies). Netanyahou peut aussi compter sur une opinion publique malheureusement très guerrière.


L’Institut israélien de la démocratie a publié une enquête la semaine dernière montrant que plus des deux tiers des juifs israéliens – soit 68 % – s’opposaient « au transfert d’aide humanitaire aux résidents de Gaza en ce moment ». Dans les objectifs à long terme énumérés, le premier ministre israélien peut ainsi rejeter la « reconnaissance unilatérale » d’un État palestinien et affirmer qu’un accord avec les Palestiniens ne sera obtenu que par des négociations directes entre les deux parties – sans nommer qui serait la partie palestinienne. À aucun moment dans ce court document il ne cite d’ailleurs l’Autorité palestinienne.

Les atermoiements des États-Unis


Zaha Hassan, avocate des droits de l’homme et membre du Carnegie Endowment for International Peace, a souligné auprès de l’agence Reuters que, s’il était mis en œuvre, le plan Netanyahou laisserait les Palestiniens de Gaza dans un état de dépendance totale, sans espoir de réaliser leurs aspirations nationales. « Ce n’est évidemment pas le plan dont l’administration Biden a discuté avec les gouvernements arabes. »
Si Washington parle bien d’une solution à deux États, l’ambiguïté de la position réside dans le contenu puisque, devant la Cour internationale de justice, la semaine dernière, les avocats états-uniens ont demandé que l’occupation israélienne des territoires palestiniens ne soit pas considérée comme illégale !


« Cela ne ruine le plan de personne », fait remarquer, dans The New York Times, Nadav Strauchler, analyste politique et ancien stratège de Netanyahou. « Il laisse beaucoup d’options ouvertes et reporte beaucoup de décisions. » Et le même d’ironiser : « Pensez au nombre d’yeux et d’auditoires différents qui lisent ce document avec des lunettes différentes. »


Porte-parole de l’Autorité palestinienne, Nabil Abu Rudeineh a fait savoir dans un communiqué que la proposition de Netanyahou était vouée à l’échec, comme tout projet israélien visant à changer les réalités géographiques et démographiques à Gaza. « Si le monde est vraiment intéressé par la sécurité et la stabilité dans la région, il doit mettre fin à l’occupation israélienne de la terre palestinienne et reconnaître un État palestinien indépendant avec Jérusalem comme capitale », a-t-il relevé.
 

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Agence France Presse du 25 février 2024
Des discussions autour d’une trêve


Samedi, le cabinet de guerre israélien a, selon des responsables et médias locaux, donné son feu vert à l’envoi sous peu d’une délégation au Qatar afin de poursuivre les discussions des derniers jours à Paris en vue d’un nouvel accord de trêve à Gaza (où les craintes d’une famine grandissent) assorti de la libération d’otages.
Pour conclure un accord, Israël pose comme condition préalable « la libération de tous les otages, à commencer par toutes les femmes », selon le conseiller à la sécurité nationale de Benyamin Netanyahou, Tzachi Hanegbi. « Un tel accord ne signifie pas la fin de la guerre », a prévenu ce proche du premier ministre sur la chaîne N12.
Le Hamas réclame, lui, un « cessez-le-feu complet » et le retrait des troupes israéliennes de Gaza. D’après une source du mouvement islamiste, le plan discuté en janvier prévoyait une pause de six semaines et la libération de 200 à 300 prisonniers palestiniens en échange de 35 à 40 otages. Ce qui n’empêche pas Israël de préparer une offensive d’envergure à Rafah, où plus de 1,4 million de Palestiniens ont trouvé refuge.

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Gaza: l’émir du Qatar attendu à Paris mardi et mercredi


L’émir du Qatar, Tamim ben Hamad Al-Thani, sera à Paris mardi et mercredi pour des entretiens avec le président français Emmanuel Macron pour évoquer notamment les négociations pour obtenir un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas à Gaza.
Il s’agira de la première visite d’Etat de l’émir qatari dans la capitale française depuis son accession au trône en 2013, a indiqué l’Elysée.
« Le Qatar est notamment à l’oeuvre sur la libération des otages qui est une priorité pour nous », fait valoir la présidence alors que trois Français sont encore retenus en otages dans la bande de Gaza.


Les discussions porteront aussi sur les « efforts en cours pour obtenir un cessez-le-feu (...) et permettre d’apporter une aide massive à la population gazaouie ».
Par ailleurs, selon la présidence française, une nouvelle opération humanitaire avec le Qatar « devrait intervenir dans les jours à venir » avec plusieurs vols acheminant notamment dix ambulances, plus de 300 tentes et du fret humanitaire pour la population de Gaza.


Doha avait annoncé en début de semaine dernière que des médicaments envoyés à Gaza dans le cadre d’un accord négocié en janvier par Doha et Paris étaient finalement parvenus à des otages.
Les discussions porteront aussi sur l’après-guerre. Le président Macron a appelé à un « élan décisif et irréversible de mise en oeuvre d’une solution à deux Etats, la seule solution viable pour la sortie de crise », a rappelé l’Elysée.

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