Guerre à Gaza : Israël cible des travailleurs humanitaires, selon un rapport de Human Rights Watch

Publié le par FSC

Théo Bourrieau
L'Humanité du 14 mai 2024

 

De la fumée s'élève après des frappes israéliennes dans le camp de réfugiés de Jabaliya, dans le nord de la bande de Gaza, le 13 mai 2024. © Abdul Rahman Salama/Xinhua

Les forces israéliennes ont mené au moins huit frappes contre des convois et des bâtiments de travailleurs humanitaires à Gaza depuis octobre 2023, selon Human Rights Watch. L’ONG de défense des droits humains appelle à l’arrêt de ces « attaques illégales » et demande à Israël de rendre des comptes.

« D’un côté, Israël bloque l’accès aux provisions humanitaires vitales à Gaza, et de l’autre, ses forces attaquent les convois qui tentent de livrer une partie de la petite quantité autorisée », fustige Belkis Wille, directrice adjointe de la division Crises et conflits à Human Rights Watch (HRW). Voilà qui semble bien résumer la situation humanitaire catastrophique dans la bande de Gaza.

Dans un rapport publié mardi 14 mai, l’ONG internationale de défense des droits humains rapporte que les forces israéliennes ont mené « au moins huit frappes contre des convois humanitaires et des locaux de travailleurs humanitaires » à Gaza depuis octobre 2023, alors même que l’itinéraire de ces convois et les emplacements de ces bâtiments avaient été communiqués par les organisations concernées. Les autorités israéliennes « n’ont averti aucune des organisations humanitaires avant les frappes, qui ont tué ou blessé au moins 31 travailleurs humanitaires et autres personnes qui les accompagnaient », estime l’ONG, qui rappelle qu’au moins 254 travailleurs humanitaires, dont 188 membres du personnel de l’UNRWA, ont été tués à Gaza depuis l’attaque du 7 octobre contre Israël, selon l’ONU.

Loin d’être des erreurs isolées


« La frappe israélienne qui a tué sept travailleurs humanitaires de World Central Kitchen était choquante, et n’aurait jamais dû se produire, en vertu du droit international », a déclaré Belkis Wille, estimant que « les alliés d’Israël devraient reconnaître que ces attaques qui ont tué des travailleurs humanitaires se sont produites à maintes reprises, et insister sur leur cessation. » Le rapport de Human Rights Watch évoque d’abord cette attaque ciblée sur cette ONG qui cherchait à apporter des denrées alimentaires aux habitants de la bande de Gaza, menacés de famine. HRW constate en effet que « les autorités israéliennes utilisent la famine comme méthode de guerre à Gaza » en bloquant l’approvisionnement en eau, en nourriture et en carburant. Le rapport estime également que des zones agricoles ont été délibérément rasées.

Cette attaque du premier avril est « loin d’être une “erreur” isolée », estime l’ONG de défense des droits humains, mais bien l’un des huit évènements de ce type. La liste est longue. Selon le rapport, les sept autres attaques sont celle sur un convoi de Médecins Sans Frontières (MSF) le 18 novembre 2023, contre une maison d’hôtes de l’UNRWA le 9 décembre 2023, contre un bâtiment abritant des employés de MSF le 8 janvier 2024, sur un site logeant des employés du Comité international de secours (International Rescue Committee, IRC) et de Medical Aid for Palestine le 18 janvier, contre un convoi de l’UNRWA le 5 février, sur un bâtiment protégeant des employés de MSF le 20 février, et contre une maison abritant un employé de l’American Near East Refugee Aid Organization le 8 mars.

Toutes les organisations dont les structures et le personnel ont été touchés ont déclaré à Human Rights Watch qu’à leur connaissance, il n’y avait aucune cible militaire dans la zone au moment de l’attaque. Si ces déclarations se voyaient confirmées, « cela rendrait les attaques illégales, compte tenu de leur caractère indiscriminé et/ou de l’absence de précautions suffisantes pour garantir que la cible était militaire », indique le rapport. Et même s’il y avait eu des cibles militaires à proximité de certains sites attaqués, Israël n’a averti les civils dans aucun de ces cas, mettant en évidence « le manquement d’Israël à son devoir de protéger les travailleurs humanitaires et les opérations humanitaires, et de manière plus générale, sa tendance à ignorer son obligation de minimiser les dommages causés aux civils », a déclaré Human Rights Watch.

L’ONG préconise qu’un groupe d’experts internationaux reconnus mène un examen indépendant du processus de « déconfliction » (réduction de risques accidentels dans un conflit) humanitaire, que les responsables israéliens et palestiniens coopèrent avec la Cour pénale internationale, et que les alliés d’Israël, y compris les États-Unis et le Royaume-Uni, « les deux États ayant fourni a Israël des armes ou pièces d’armes apparemment utilisées dans au moins une des attaques documentées », devraient suspendre leur assistance militaire et leurs ventes d’armes à Israël.

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