Israël en pleine confusion après des attaques antipalestiniennes et des manifestations pour une trêve

Publié le par FSC

Gwenaelle Lenoir
Médiapart du 10 mai 2024

Des feux ont été allumés à proximité et à l'intérieur du quartier général de l'UNRWA à Jérusalem-Est. © Photomontage Mediapart avec AFP

 

L’UNRWA a annoncé fermer temporairement son quartier général de Jérusalem-Est après deux incendies criminels, jeudi 9 mai, et des manifestions de l’extrême droite israélienne. Parallèlement, d’autres manifestations, en faveur d’un cessez-le-feu, se multiplient à Tel-Aviv.

Pas de répit pour l’UNRWA. Attaquée depuis des mois par le gouvernement israélien, qui l’accuse de liens avec le Hamas, entravée dans sa distribution d’aide à la population de Gaza, l’agence des Nations unies d’assistance aux réfugié·es palestinien·nes est maintenant contrainte de fermer son quartier général de Jérusalem-Est.
Jeudi 9 mai, des militants d’extrême droite israéliens manifestent devant le vaste complexe, dans le quartier de Sheikh Jarrah. « Une foule, accompagnée d’hommes armés, a été observée à l’extérieur de l’enceinte, scandant “Brûlez les Nations unies” », écrit le patron de l’UNRWA, le commissaire général Philippe Lazzarini, sur les réseaux sociaux. Les activistes crient aussi « L’UNRWA, c’est le Hamas ! », rapporte le journal Haaretz.
À deux reprises, des feux sont effectivement allumés. « Le premier, semble-t-il, a été allumé à l’extérieur du portail et s’est propagé à l’intérieur de l’enceinte, relate à Mediapart Tamara al-Riffai, porte-parole de l’agence. Il a été éteint par nos collègues avant l’arrivée des pompiers. Deux heures plus tard, un deuxième incendie a été déclenché, cette fois à l’intérieur du complexe, et beaucoup plus dangereux, car nous avons une station-essence dévolue à nos véhicules, et le feu a pris à proximité. »


Décision a été prise, par la direction de l’UNRWA sur place, de fermer provisoirement les bureaux de Jérusalem-Est. C’est l’aboutissement de mois de tensions : « Au cours des derniers mois, le personnel des Nations unies a été régulièrement victime de harcèlement et d’intimidation. Notre enceinte a été gravement vandalisée et endommagée. À plusieurs reprises, des extrémistes israéliens ont menacé notre personnel avec des armes à feu », indique le communiqué de l’ONU. Tamara al-Riffai, de son côté, souligne que « des responsables israéliens tiennent un discours public de plus en plus agressif qui semble se traduire par ce type d’action ».


La police israélienne, qui a diligenté une enquête sur les incendies criminels, indique que les auteurs sont probablement des mineurs. Mais un des meneurs des manifestations contre l’UNRWA à Jérusalem n’est autre qu’un adjoint au maire de la ville, Arieh King, activiste d’extrême droite connu pour ses campagnes en faveur de la judéisation de la partie arabe de la cité et ses invocations à enterrer vivants les Palestiniens de Gaza faits prisonniers (le tweet a ensuite été retiré).

L’aide de l’UNRWA empêchée


Commentaire de l’élu après l’épisode de jeudi soir, cité par Haaretz : « S’il s’agit d’un incendie criminel, je m’y oppose car nous devrions obtenir la fermeture de l’UNRWA à Jérusalem par des moyens légaux. Toutefois, je salue la décision de fermer les bureaux et j’espère qu’il ne s’agit que de la première étape vers la fin de toutes les activités de l’UNRWA dans la ville. »


« Essayer d’incendier le QG de l’UNRWA à Jérusalem, c’est s’attaquer à toute l’assistance apportée aux Palestiniens, non seulement dans la bande de Gaza, mais en Cisjordanie, commente Charles Enderlin, ancien correspondant de France 2 à Jérusalem. Nous voyons aussi cette logique à l’œuvre dans les attaques de convois apportant l’aide à Gaza. Des dizaines de camions, venant de Jordanie et empruntant des voies détournées pour éviter que les groupes d’extrême droite s’en prennent à eux, ont été pris d’assaut. »


Dernière action en date de ce type, jeudi 9 mai, à l’entrée de Mitzpe Ramon, une localité du Néguev. Quarante camions en provenance de Jordanie y ont été bloqués plusieurs heures, avant d’être dégagés par la police à coups de canon à eau, par le groupe Tzav 9, du nom donné aux appels d’urgence de l’armée israélienne. Les activistes de ce mouvement, qui s’est donné pour mission d’œuvrer à la libération des otages israéliens, se présentent comme des familles de prisonniers retenus à Gaza, des réservistes et des habitant·es du sud du pays. Haaretz note néanmoins que la plupart des protestataires sont des colons d’extrême droite de Cisjordanie bien connus, qui « arrivent en voiture ou dans des cars ».


« Ces militants d’extrême droite jouent l’escalade, car ils savent que l’opinion publique ne les suit pas et ne les suivra pas dans leur jusqu’au-boutisme, analyse pour Mediapart Ori Goldberg, commentateur politique israélien. Ils ont l’impression que tout était possible et que la fenêtre se referme. La guerre leur échappe. Ici, tout le monde, même chez les militaires, voit que la guerre est une impasse et qu’elle est perdue, même si c’est encore très difficile à admettre pour la majorité de la population. Du coup, ils essaient de pousser encore, en proclamant que tout accord est une trahison du pays. »

Face à l’extrême droite, des manifestations pour le cessez-le-feu


Depuis que le Hamas a annoncé, lundi 6 mai, accepter l’accord sur un échange de prisonniers et une trêve et que le cabinet de guerre israélien l’a refusé puis a lancé une offensive sur Rafah, les manifestations se multiplient dans les rues de Tel-Aviv, et ailleurs dans le pays.


Jeudi 9 mai, un cortège de plusieurs milliers de personnes a défilé à l’appel du mouvement Standing Together, qui réunit juifs israéliens et Palestiniens d’Israël, derrière le slogan « à Rafah comme à Sdérot, les enfants méritent de vivre ». Les rassemblements du samedi soir rue Kaplan à Tel-Aviv exigent la fin de la guerre, la libération des otages, la chute du gouvernement – qui est resté sourd à la demande des manifestant·es de ne pas envahir Rafah.


« Pendant longtemps, parler de cessez-le-feu était considéré comme une trahison, maintenant, des voix s’élèvent en ce sens. Elles sont minoritaires, mais des familles d’otages le disent aujourd’hui : “Nous n’aimons pas cette idée, mais si la seule façon pour ramener nos proches à la maison est de stopper la guerre, alors arrêtons la guerre”, reprend Ori Goldberg. Alors que l’extrême droite, dont ses représentants au gouvernement, juge qu’il est possible de sacrifier les otages au nom de l’intérêt supérieur de la nation. »


Les condamnations de l’incendie du QG de l’UNRWA à Jérusalem-Est occupée se sont multipliées toute la journée du vendredi 10 mai. Josep Borrell, patron de la diplomatie européenne, a rappelé à Israël sa « responsabilité d’assurer la sécurité des travailleurs humanitaires » et répété que « l’UNRWA est une ligne de vie irremplaçable pour Gaza et dans la région ». En attendant, s’alarme Médecins sans frontières, pas un camion d’aide n’a pu entrer par les deux principaux points de passage de la bande de Gaza, Kerem Shalom et Rafah, depuis lundi dernier.
 

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