« Rien ne justifie ce que j’ai vu », témoigne une médecin à l’hôpital Al-Aqsa
Clothilde Mraffko
Le Monde du 09 juin 2024
Une médecin référente pour MSF à l’hôpital Al-Aqsa témoigne après avoir reçu un grand nombre de victimes de l’attaque israélienne de samedi. Les bombardements israéliens ont repris dimanche à Gaza.
L’hôpital Al-Aqsa de Deir Al-Balah a reçu un grand nombre de victimes de l’attaque israélienne sur Nousseirat samedi, lors de laquelle plus d’une centaine de Palestiniens au moins ont été tués et quatre otages israéliens libérés. Deux membres des équipes médicales de l’ONG Médecins sans frontières (MSF) témoignent.
« Tout a commencé autour de 11 h 30 du matin. Il y a eu une énorme explosion juste à côté de notre bureau. Nous venions de revenir de l’hôpital Al-Aqsa où la situation était très calme. Nous avons commencé à entendre une activité de l’armée israélienne très intense : beaucoup de bombardements, des tirs, les hélicoptères… », témoigne Karin Huster, médecin référente pour MSF à l’hôpital Al-Aqsa, dans un message vocal transféré au Monde.
Elle a pu rejoindre l’hôpital en début d’après-midi ; elle ignore combien de personnes tuées a reçues l’hôpital, car elle n’a pas eu le temps d’aller à la morgue.
« C’était le chaos total à l’intérieur, (…) avec des patients sur le sol, raconte-t-elle. Il y avait des centaines de patients. » Les blessures étaient graves, « amputations, éviscérations, traumatismes, blessures au cerveau, des fractures, grandes brûlures. Nous étions en mode survie », poursuit-elle. Des enfants notamment étaient en état de choc, muets ou hurlant à la recherche de leurs parents. « Rien ne justifie ce que j’ai vu », insiste Karin Huster.
Chris Hook, chef de l’équipe médicale de MSF à l’hôpital Nasser, plus au sud, assure avoir reçu « cinquante patients grièvement blessés », dont plusieurs enfants inconscients. « Nous avons des ressources très limitées », dont très peu d’anesthésiques, précise-t-il dans un enregistrement transféré au Monde. L’hôpital Nasser a été partiellement remis en fonction, mais reste majoritairement endommagé après avoir été attaqué par l’armée israélienne.
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Bombardements israéliens à Gaza au lendemain du massacre commis à Nousseirat
L’armée israélienne a bombardé dimanche 09 juin la bande de Gaza, au lendemain du massacre commis dans le camp de réfugiés de Nousseirat, où le ministère local de la santé a fait état de 210 personnes tuées et plus de 400 blessés.
Quatre membres d’une même famille ont été tués et plusieurs autres blessés dans une frappe aérienne qui a touché leur maison à Al-Darraj, un quartier de la ville de Gaza située dans le nord du territoire palestinien assiégé, selon les médecins de l’hôpital Al-Ahli.
Sur Telegram, les forces armées israéliennes ont affirmé « poursuivre les combats dans l’est de Deir Al-Balah et l’est d’Al-Boureij » et « des combats ciblés et basés sur des informations de renseignement dans la région de Rafah ».
Selon l’Agence France-Presse, dans le centre de la bande de Gaza, des témoins ont signalé par ailleurs des tirs d’hélicoptères à l’est du camp d’Al-Boureij et des tirs d’artillerie à Deir Al-Balah. Des tirs ont également été signalés à Rafah, dans le Sud. (Afp du 09 juin 2024)
