Gaza : comment Netanyahou torpille les négociations pour continuer la guerre coûte que coûte

Publié le par FSC

Pierre Barbancey
L'Humanité du 10 juillet 2025

 

 

Des discussions indirectes ont lieu au Qatar entre Israël et le Hamas, mais le Premier ministre israélien a déjà annoncé qu’il poursuivrait la guerre jusqu’à l’éradication de l’organisation palestinienne. De quoi empêcher la mise sur pied d’un cessez-le-feu.

Pour Israël, un cessez-le-feu à Gaza doit s’apparenter à l’horizon. Plus on s’en approche, plus il recule. Lundi, alors qu’il recevait Benyamin Netanyahou, Donald Trump se disait optimiste quant à un accord « cette semaine », assurant que le Hamas « voulait un cessez-le-feu ». Il ajoutait même : « Je ne pense pas qu’il y ait de blocage. Je pense que les choses se passent très bien. »

Il faisait allusion aux négociations indirectes entre l’organisation palestinienne et Israël qui avaient débuté la veille, au Qatar. Les discussions étaient initiées sur la base de propositions officiellement états-uniennes, en réalité élaborées avec la partie israélienne : un cessez-le-feu de soixante jours, la libération de dix otages israéliens vivants en échange de prisonniers palestiniens dont le nombre et la condition n’étaient pas précisés.

Israël veut maintenir son armée dans Gaza
Si le gouvernement israélien affirmait s’inscrire pleinement dans ces propositions (et pour cause), le Hamas faisait savoir qu’il voulait qu’Israël s’engage à ne pas reprendre la guerre au bout des soixante jours si les discussions devaient se poursuivre, et que l’aide humanitaire ne soit pas sous la responsabilité de la Gaza Humanitarian Foundation (GHF), cet organisme créé par les États-Unis et Israël. Enfin que les troupes d’occupation quittent la bande de Gaza.

Steve Witkoff, l’envoyé spécial de Donald Trump, se voulait rassurant, répétant dès mardi soir que trois points de désaccord majeurs avaient été résolus, mais qu’un problème essentiel subsistait. Il se gardait bien d’entrer dans les détails. Le lendemain, le Hamas publiait un communiqué dans lequel il révélait que le retrait des troupes israéliennes de Gaza était l’un des nombreux points de friction restant dans les négociations.

Ce qu’a confirmé un responsable israélien à l’agence Associated Press, relevant que Tel-Aviv voulait maintenir des forces sur le territoire pendant une trêve de soixante jours, y compris sur l’axe est-ouest, qu’Israël appelle le corridor de Morag. Or, cette présence dans cette zone est un élément clé du plan israélien visant à repousser des centaines de milliers de Palestiniens vers le sud, vers une étroite bande de terre le long de la frontière avec l’Égypte.

C’est là, sur les ruines de Rafah, que serait érigée ce que le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a osé appeler une « ville humanitaire », en réalité un gigantesque camp où seraient concentrées au moins 600 000 personnes.

Pas question de négocier l’arrêt de la guerre
Les précédentes demandes d’Israël de maintenir des troupes dans un couloir séparé ont bloqué les progrès vers un accord de cessez-le-feu pendant des mois. Benyamin Netanyahou le sait parfaitement. D’ailleurs, lorsqu’il affirme que ses buts sont le retour de tous les captifs israéliens détenus à Gaza et l’éradication totale du Hamas, il avoue de fait qu’il n’est pas question pour lui de négocier l’arrêt de la guerre. Son unique problème est de parvenir à donner des gages et à Donald Trump et à l’extrême droite de sa coalition.

Le but ultime du président états-unien est d’obtenir la normalisation des relations entre l’Arabie saoudite et Israël. Pour le moment, Riyad fixe comme condition la reconnaissance par Tel-Aviv d’un État palestinien. Or, Netanyahou n’en veut pas, pas plus que la Knesset, qui a adopté une résolution « contre la création d’un État palestinien », le 18 juillet 2024. Il lui faut donc donner à la Maison-Blanche de quoi alimenter son jeu de poker menteur pour que la responsabilité de tout échec des négociations en cours soit rejetée sur le Hamas.

Le Premier ministre israélien tient dans une main un ersatz de rameau d’olivier. De l’autre il brandit un vrai fusil, au grand contentement de ses deux ministres fascistes et suprémacistes Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich. « Un retrait israélien des zones occupées par l’armée à Gaza signifierait un camouflet à la face des soldats », a prévenu ce dernier. Outre Gaza, l’armée israélienne continue à attaquer les territoires libanais et syrien et mène des opérations de nettoyage ethnique en Cisjordanie.

« Nous souhaitons un cessez-le-feu sans discussion », a fait savoir Emmanuel Macron lors de sa rencontre avec le Premier ministre britannique, Keir Starmer, tout en reconnaissant que « la solution à deux États et la reconnaissance de l’État de Palestine sont également (…) la seule façon de construire la paix ».

Pour cela, la France devrait montrer l’exemple en reconnaissant immédiatement cet État de Palestine et en prenant des sanctions contre Israël au lieu d’accepter, comme vient de le faire l’Union européenne, de fausses mesures comme l’entrée de quelques camions d’aide humanitaire supplémentaires dans la bande de Gaza pour éviter la suspension de l’accord de libre-échange UE/Israël.

 

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