Gaza : « Les enfants meurent de faim, les habitants sont des cadavres ambulants », dénonce l’ONU
L'Humanité du 25 juillet 2025
Le nombre de décès causés par la malnutrition touchant tout particulièrement les enfants augmente considérablement dans l’enclave, asphyxiée par un blocus humanitaire. Près d’un demi-million de personnes sont menacées selon l’ONU. Au même moment, des tonnes de vivres et de médicaments sont bloquées aux portes de Gaza par Israël.
Un sur cinq. C’est le nombre d’enfants qui souffriraient de malnutrition à Gaza, d’après les dernières données communiquées par l’Unrwa. « Émaciés, faibles et risquant fortement de mourir s’ils ne reçoivent pas immédiatement les soins nécessaires » : c’est dans ces conditions que les enfants arriveraient dans les cliniques de l’agence onusienne, rapporte son commissaire général, Philippe Lazzarini.
Alors que l’Onu alerte depuis des mois sur « la lente l’agonie du territoire palestinien », ses agents sur place ne peuvent que constater une nouvelle dégradation des indicateurs humanitaires, avec notamment un rythme des décès liés à la malnutrition qui s’accélère. Le portail d’information des Nations Unies rapportait ce jeudi qu’une quinzaine de Palestiniens, dont quatre enfants, seraient morts de faim au cours des dernières 24 heures, portant le total à 101 personnes depuis le 7 octobre 2023, « la grande majorité d’entre elles (étant) des enfants ».
470 000 personnes risquent de mourir de la famine
Selon l’Ocha – le bureau des affaires humanitaires de l’Onu – la malnutrition infantile dans l’enclave a atteint un seuil critique, avec 9 % des enfants dépistés souffrant de malnutrition aiguë en ce début de mois (16 % à Gaza City) – contre 2 % au mois de février. Une forte augmentation due à « l’effondrement des services de santé et de l’accès à l’eau potable et à une alimentation suffisante ». Une conséquence directe de la stratégie génocidaire d’un gouvernement israélien que rien ne paraît pouvoir freiner, malgré les dénonciations internationales qui, trop lentement encore, commencent à s’accumuler.
« L’enclave est asphyxiée depuis le mois de mars », rappelle ce vendredi l’Unicef : « Plus rien ne rentre, pas de nourriture, ni d’eau potable, ni de médicaments (et) les quelques cuisines et boulangeries qui permettaient aux habitants d’avoir encore à manger se sont arrêtées car il n’y a plus rien à distribuer… »
Le dernier rapport de l’indicateur IPC (cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire) pointe une situation dramatique avec un constat sans appel. Le risque de famine est aujourd’hui confirmé et permet d’affirmer que l’ensemble de la population de la bande de Gaza est en situation d’insécurité alimentaire aiguë : « 470 000 personnes risquent de mourir des conséquences de la famine. »
« Les enfants de la bande de Gaza meurent de faim ; la malnutrition sévère se propage parmi les enfants plus rapidement que l’aide ne peut leur parvenir et le monde entier est témoin de cette tragédie », a déclaré ce jeudi Edouard Beigbeder, directeur régional de l’agence onusienne pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.
« C’est urgent : les enfants doivent être protégés »
Selon lui, seul un flux soutenu et planifié d’aide humanitaire et commerciale ainsi que de carburant « en quantités suffisantes pour permettre aux services vitaux de fonctionner » serait en mesure d’inverser cette « situation catastrophique ». « C’est urgent : les enfants doivent être protégés et non tués ou abandonnés à la faim », a-t-il exhorté.
Rapportant les propos d’un collègue sur place, Philippe Lazzarini déclarait ce mercredi sur X que « les habitants de Gaza ne sont ni morts ni vivants, ce sont des cadavres ambulants », tout en rappelant que la faim frappe également les agents de l’Unrwa dans l’enclave. Ceux en première ligne « survivent avec un seul petit repas par jour, souvent composé uniquement de lentilles, dans le meilleur des cas », allant de plus en plus souvent jusqu’à « s’évanouir en plein travail ».
De son côté, le Programme alimentaire mondial estime qu’une personne sur trois passe désormais des journées entières sans manger, tandis que les ménages auraient recours à des actes de plus en plus « désespérés et indignes » pour survivre : jeûne, rationnement du pain, mendicité, fouilles des ordures.
Des tonnes de vivres et de médicaments bloqués par Israël
De son côté, Israël rejette toute responsabilité et accuse le Hamas de détourner l’aide. Pourtant, aux frontières de l’enclave palestinienne, l’aide humanitaire est bien présente, mais demeure bloquée. L’Unrwa affirme disposer de « l’équivalent de 6 000 camions remplis de vivres et de médicaments » stationnés en Jordanie et en Égypte, dans l’attente d’un feu vert des autorités israéliennes.
« Je ne peux pas expliquer le niveau d’indifférence et d’inaction que nous constatons chez trop de personnes dans la communauté internationale », a dénoncé ce vendredi Antonio Guterres, fustigeant le manque d’« humanité » et de « compassion » pour les Gazaouis. Le secrétaire général de l’ONU a pointé du doigt non seulement une crise humanitaire mais aussi « une crise morale qui défie la conscience mondiale ».
Au lendemain de l’annonce par le président français de la décision de reconnaître l’État de Palestine lors de la prochaine Assemblée générale des Nations unies, le premier ministre britannique Keir Starmer a annoncé un « entretien d’urgence » ce vendredi entre Paris, Londres et Berlin, pour discuter de la situation à Gaza, tout en réaffirmant le « droit inaliénable du peuple palestinien à un État ». « Nous discuterons de ce que nous pouvons faire de toute urgence pour arrêter les massacres et fournir à la population la nourriture dont elle a désespérément besoin », a déclaré le Britannique.
