« Le silence n’est plus possible » : au festival d'Avignon, les artistes donnent de la voix contre le génocide à Gaza

Publié le par FSC

Samuel Gleyze-Esteban
L'Humanité du 14 juillet 2025

 

 

Cinq artistes ont pris la parole contre le génocide en cours en Palestine, brisant le silence trop grand du début de cette 79e édition. Ils s'inscrivent dans la continuité de la « Déclaration d’Avignon » effectuée en 1995 lors de la guerre en Yougoslavie,
Il était temps : cinq grands noms de la scène théâtrale et chorégraphique européenne, programmés au Festival d’Avignon, ont donné de la voix pour Gaza, samedi 12 juillet, sur la place du palais des Papes. C’est Laurence Chable, fondatrice du Théâtre du Radeau aux côtés de François Tanguy, qui a pris la parole aux alentours de 20 heures pour lire la « Nouvelle Déclaration d’Avignon », un texte signé par de nombreux artistes de théâtre et directeurs de lieux et publié dans Télérama le 5 juillet.
« Nous, femmes et hommes du spectacle (…), ne nous résignant pas à l’impuissance ni à l’invisibilisation du crime, déclarons notre solidarité avec le peuple palestinien », a entamé la comédienne. Ces mots ont résonné sous les applaudissements d’un millier de participants, artistes, directeurs de lieux, festivaliers et habitants d’Avignon confondus. Les chorégraphes Anne Teresa de Keersmaeker et Radouan Mriziga, les metteurs en scène Milo Rau et Marcial Di Fonzo Bo se sont succédé à la tribune pour lire l’appel en anglais, en arabe, en allemand et en espagnol. Le directeur du Festival d’Avignon, Tiago Rodrigues, s’est tenu à leurs côtés, sans toutefois prendre la parole.

Radouan Mriziga fait résonner la déclaration en arabe
« Nous exigeons la cessation du massacre de masse en cours », poursuit la déclaration, qui appelle « à la reconnaissance de l’État palestinien, à l’application des sanctions prévues par le droit international, à la suspension de l’accord d’association UE-Israël et à l’arrêt de la criminalisation des prises de parole et des associations soutenant la cause palestinienne ». Des revendications pressantes, à l’heure où les Palestiniens continuent de mourir sous les frappes israéliennes et la famine organisée par le gouvernement de Netanyahou.
« Nous sommes contemporains, après des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et des actes génocidaires, de ce qui se dessine comme la disparition programmée d’un peuple, et notre responsabilité collective à toutes et tous est engagée », conclut le texte. La grande Anne Teresa de Keersmaeker est émue après sa lecture. « Je m’exprime en tant qu’artiste, mais aussi en tant qu’être humain, femme et mère. Le silence n’est plus possible. Et je suis contente que d’autres artistes, comme Nan Goldin à Arles, prennent la parole », confie la chorégraphe, faisant référence aux propos tenus par la photographe américaine en ouverture des Rencontres de la photographie, mardi dernier.
« Notre travail implique de réfléchir à ce que le monde traverse. On ne peut pas faire comme si on n’entendait et ne voyait rien. », poursuit le chorégraphe Radouan Mriziga, qui a fait résonner la déclaration en arabe. « C’est un moyen de dire aux Palestiniens que nous résistons avec eux. Je sais que des gens leur ont déjà envoyé des vidéos de notre prise de parole. C’est plus qu’important. »

Le silence relatif de l’organisation du Festival d’Avignon
L’appel pose enfin une voix claire et unifiée sur un malaise qui avait commencé à sourdre depuis le début du festival. D’une salle à l’autre de la cité des Papes, des artistes affichent des signes de soutien à la Palestine, souvent au moment des applaudissements – drapeaux et keffiehs ont été vus dans les spectacles du Théâtre du Radeau, d’Anne Teresa de Keersmaeker, de Radouan Mriziga, de Mohamed Toukabri ou de Mohamed El Khatib ; et çà et là dans le off, chez des artistes comme Marie Devroux, Audrey Vernon ou Nicolas Barry. En parallèle, le silence relatif de l’organisation du Festival d’Avignon, timidement brisé par un communiqué très protocolaire publié trois jours avant le début du Festival, commençait à faire grincer.
A fortiori dans une édition consacrée à la langue arabe, où certains des artistes programmés sont directement touchés par la guerre coloniale menée par Israël au Moyen-Orient. En s’affichant aux côtés des artistes à la tribune, Tiago Rodrigues pallie, dans une certaine mesure, une prudence devenue intenable au regard de la gravité de la situation à Gaza.
Avec, c’est aussi l’idée de l’engagement des artistes qui samedi a repris un peu du poil de la bête dans un moment qui en manquait cruellement. Cet appel pour Gaza s’inscrit dans l’héritage de la « Déclaration d’Avignon » énoncée sous l’impulsion de François Tanguy il y a exactement trente ans, lors des massacres de Srebrenica. D’autres rendez-vous de solidarité avec la Palestine sont donnés. La voix de poètes palestiniens résonnera le 18 juillet à 18 h 30, à la maison Jean-Vilar, lors d’une soirée de lectures et de témoignages organisée à l’initiative des Amis de l’Huma.


Voix palestiniennes-voix de résistance, le 18 juillet de 18 h 30 à 20 heures à la maison Jean-Vilar (Avignon). Rens. : www.maisonjeanvilar.org

 

 

 

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