GAZA : déni et mensonges

Publié le par FSC

Pierre Barbancey
L'Humanité du 10 août 2025

 

Le Premier ministre israélien visé par un mandat d'arrêt de la CPI, Benyamin Netanyahou s’exprime lors d’une conférence de presse au bureau du Premier ministre à Jérusalem, Israël, 10 août 2025.© ABIR SULTAN/Pool via REUTERS

 

 

Le premier ministre israélien a convoqué la presse internationale pour expliquer que tout ce qu’on lui reprochait était faux. Il n’entend pas changer son plan, malgré les 100 000 manifestants réunis à Tel-Aviv samedi.
Quand une machine de guerre se met en marche, elle est accompagnée d’une autre machine. De propagande celle-là. Le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a donc décidé de convoquer la presse en deux temps. D’abord, ce dimanche 10 août, en début d’après-midi, les médias étrangers puis, en début de soirée, israéliens.

 

Dans son intervention d’ouverture, sur un ton calme et qu’il voulait didactique, il a d’abord expliqué que « la vérité est que le Hamas compte des milliers de terroristes armés à Gaza, et que l’organisation veut répéter les atrocités du 7 Octobre, encore et encore. Le Hamas asservit les Gazaouis, vole de la nourriture et tire sur ceux qui tentent de traverser vers des zones sûres. Les Gazaouis nous supplient (sic), ainsi que le monde entier, de nous libérer et de libérer Gaza du Hamas. Aucun gouvernement ne permettrait un gouvernement génocidaire à Gaza, et notre objectif n’est pas d’occuper Gaza, mais de la libérer des terroristes du Hamas ».

Netanyahou aveugle aux faits


Le décor de la démonstration étant dressé, Benyamin Netanyahou a expliqué, diaporama à l’appui, que les « cinq principes pour mettre fin à la guerre » sont les suivants : « le démantèlement du Hamas », « la libération des otages », « la démilitarisation de Gaza », « le contrôle de la sécurité (du territoire) assuré par Israël » et, pour terminer, « une administration civile pacifique non israélienne ».
Pauvre Netanyahou, qui n’a « d’autre choix que de terminer le travail et de vaincre définitivement le Hamas ». Et pourtant, le voilà face à une « campagne mondiale de mensonges » qu’il apparente à ces campagnes « qui ont précédé les massacres contre le peuple juif ».


Dans sa démonstration devant la presse internationale, il a ainsi ouvert un chapitre intitulé « le mensonge des enfants affamés », utilisant deux photos, dont l’une en titre de Une du New York Times (qu’il menace de poursuites), pour expliquer qu’il s’agissait d’enfants malades.
Plus de 60 000 personnes ont été tuées dans la bande de Gaza. Il y en a sans doute autant sous les décombres de ce territoire détruit à 80 %, mais, pour cela, le premier ministre israélien n’a pas eu un mot, préférant dénoncer « les monstres du Hamas ».
De même, si l’aide humanitaire ne parvient pas aux Gazaouis, ce n’est pas la faute d’Israël mais de l’ONU qui, elle aussi, ment. La main sur le cœur, Benyamin Netanyahou a juré qu’il ne voulait que le bien des Gazaouis, que lui et ses ministres traitaient pourtant d’« animaux humains » et qu’une bonne bombe atomique pourrait sans doute régler le problème d’une population considérée comme partisane du Hamas. Ce qui n’empêche pas le chef du gouvernement israélien d’affirmer, on l’a vu, que les Gazaouis demandent son aide.

La bande de Gaza interdite aux journalistes « pour [leur] propre sécurité »
Humain jusqu’au bout. Lorsqu’une journaliste lui demande pourquoi la presse internationale n’a pas accès à la bande de Gaza, il répond sans honte : « Pour votre propre sécurité. » Et d’ajouter qu’il avait ordonné à l’armée israélienne ces derniers jours de « faire venir davantage de journalistes étrangers ». Pour voir quoi exactement ? Des snipers israéliens comme à la fête foraine face aux milliers de personnes qui, chaque matin, tentent de trouver de la nourriture ou de l’eau potable ?
Le plan de Netanyahou, qu’il n’a évidemment pas dévoilé, s’apparente à un nassage de la population puis un passage au tamis. Il a ainsi montré sur un écran les deux zones de la bande de Gaza que l’armée israélienne n’a pas encore totalement investies : la ville de Gaza et la zone, au sud-ouest, appelé Al-Mawasi. L’ensemble représentant 25 % du territoire palestinien.
Netanyahou projette l’ouverture d’un corridor sécurisé pour faire passer l’aide depuis Kerem Shalom (en Israël), l’établissement de nouveaux points de distribution sous l’égide de la sinistre Gaza Humanitarian Foundation (GHF) et des parachutages de vivres. Il espère ainsi faire sortir la population, les regrouper dans un camp puis les expulser. Mais cela, il ne l’a pas dit.
Habitué jusque-là à ce que personne ne critique les décisions de son gouvernement, Benyamin Netanyahou a senti que, depuis l’annonce de la réoccupation totale de la bande de Gaza, le fossé grandissant entre la politique israélienne et la communauté internationale devenait abyssal. La question humanitaire, les images de ces enfants mendiant littéralement de la nourriture et devenant la cible de tirs de l’armée israélienne et des contractants-mercenaires de la Gaza Humanitarian Foundation ont choqué le monde entier.
Mais, dans le même temps, les déclarations offusquées des pays européens pas plus que des pays arabes ne se sont traduites par des actes concrets : l’Union européenne n’a pas suspendu son accord d’association avec Israël et personne ne prend de véritables sanctions susceptibles de faire plier Netanyahou et d’arrêter sa stratégie génocidaire.
En Israël même, le premier ministre est devenu une cible pour tous. Ses partenaires d’extrême droite lui demandent d’en faire plus, d’aller plus loin encore. Le ministre des Finances, Betsalel Smotrich, suprémaciste juif, menace de claquer la porte de la coalition et de faire tomber le gouvernement. « Je veux tout Gaza, le transfert (de sa population – NDLR) et la colonisation », a renchéri l’autre figure fasciste, Itamar Ben Gvir.


Et puis, il y a ces Israéliens qui manifestent de plus en plus nombreux, pour qu’un accord permette la libération de tous ceux qui sont encore détenus dans la bande de Gaza et qui estiment que cela passe par l’arrêt de la guerre. Ils étaient 100 000 l’autre soir à Tel-Aviv et un appel à la grève générale a été lancé pour faire plier le premier ministre. Lors d’une conférence de presse dans la cité, les membres du Conseil d’octobre des familles ont annoncé la grève pour protester contre la décision du gouvernement d’occuper la ville de Gaza, « qui met en danger les otages et les soldats ».
La centrale syndicale Histadrout refuse néanmoins d’y participer. Le président du groupe parlementaire Hadash-Taal, le député communiste Ayman Odeh, s’est prononcé en faveur de la grève, appelant « tous les citoyens d’Israël » à y participer et affirmant qu’il est impossible de poursuivre la guerre d’extermination et l’occupation.

 

 

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