À Marseille, un bateau français prend la mer en soutien à Gaza

Publié le par FSC

Adèle Surprenant
Mediapart du 31 août 25

 

Le voilier chargé d’aide humanitaire quittant le Vieux-Port de Marseille, le 31 août 2025. © Photos Jean Kader (Encrage) pour Mediapart

 

Dimanche 31 août, à Marseille, un voilier du mouvement Thousand Madleens pour Gaza a pris le large, chargé d’aide humanitaire. La flottille internationale mettra ensuite le cap vers l’enclave palestinienne à la mi-septembre pour dénoncer le blocus à Gaza et réclamer un cessez-le feu.
Marseille (Bouches-du-Rhône).– Au large, une quinzaine de zodiacs et de voiliers, drapeau palestinien au mât, naviguent entre les bateaux de plaisance, suivis de près par une unité nautique de la police nationale et par les regards des dizaines de militant·es et de curieux et curieuses, resté·es sur le rivage. Le rendez-vous est donné sur le quai du musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem), à Marseille, pour assister au départ d’un voilier chargé d’aide humanitaire.


L’événement marque le lancement du mouvement Thousand Madleens France, notamment en présence du député La France insoumise (LFI) Manuel Bompard et du médecin Baptiste André, membre de l’équipage du Madleen.
Le voilier battant pavillon français doit acheminer sa cargaison jusqu’à un point de rendez-vous en Méditerranée, dont la localisation précise n’a pas encore été rendue publique pour des raisons de sécurité. Mi-septembre, une dizaine de bateaux partira de ce port en direction des côtes gazaouies, dans le but de briser le blocus imposé par Israël aux 2 millions de Palestiniennes et Palestiniens vivant dans la bande de Gaza. Plusieurs embarcations de la Global Sumud Flotilla, une initiative similaire, partiront le même jour de Barcelone, en Espagne.
L’identité des 80 passagers et passagères – élu·es, journalistes, personnalités, personnel médical, militant·es et citoyen·nes – qui seront de l’équipage de l’un ou l’autre des bateaux du Thousand Madleens demeure pour l’instant inconnue. L’organisation souhaite « ouvrir un corridor humanitaire » et « espère que cette flottille sera la dernière ».
Sur le Vieux-Port de Marseille, les derniers touristes de la saison s’agitent autour des offres de croisière dans le parc national des Calanques. C’est là que Wilo, coordinatrice de la délégation française, raconte la genèse du mouvement, né dans la foulée de l’arrestation des douze membres de l’équipage du bateau humanitaire Madleen en eaux internationales, le 9 juin. « Ils [les forces armées israéliennes – ndlr] peuvent arrêter un bateau mais ne peuvent pas en arrêter mille », résume-t-elle.

Mouvement citoyen
Des militant·es et citoyen·nes organisent alors un nouveau convoi international, Thousand Madleens, « mille Madleens » pour Gaza. En France, le mouvement rassemble plus de 500 militant·es, réuni·es autour de 30 groupes locaux. Plus de 170 000 euros ont été récoltés depuis la mise en ligne d’une cagnotte, il y a à peine deux mois et demi. L’argent est principalement dédié à l’achat des bateaux – entre 15 et 30 000 euros chacun – aux frais de réparation, d’équipement ou encore d’assurance.
« La particularité de notre cagnotte, c’est qu’on a énormément de donateurs, qui font de petits dons. C’est là qu’on voit que c’est vraiment un mouvement citoyen », dit-elle. Autres exemples : la « manifestation en mer » du dimanche 31 août et celles prévues pour accompagner la flottille sur une partie de son trajet vers Gaza.
Pour Lucile, coordinatrice du pôle médical et juridique de la délégation française, le but du Thousand Madleens est justement de « permettre aux gens de retrouver une agentivité » face au génocide en cours à Gaza. La quantité de denrées alimentaires, médicales et scolaires acheminée par la flottille est « symbolique », selon l’infirmière de profession.
« La vraie aide humanitaire est bloquée à la frontière égyptienne », affirme-t-elle, en référence aux centaines de camions chargés de marchandises, bloqués au poste-frontière de Rafah, en attente de l’autorisation d’Israël pour pénétrer dans le territoire palestinien.

« Devoir d’agir »


Le mouvement, lui, n’a pas eu besoin d’attendre que l’ONU reconnaisse officiellement la famine à Gaza, le 22 août, pour dénoncer le blocus israélien qui a atteint de nouveaux sommets, le 2 mars, avec la suspension de toute entrée de marchandises dans le territoire palestinien enclavé. 
La distribution a depuis repris au compte-gouttes, principalement assurée par la Fondation humanitaire de Gaza (GHF), soutenue par les États-Unis et Israël. Ses pratiques sont largement remises en cause par les organisations internationales et l’ONU. À compter de son entrée en fonction, le 27 mai, au moins 1 655 Palestiniens et Palestiniennes auraient été tué·es et 12 000 blessé·es en tentant d’accéder aux denrées alimentaires, d’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Parmi les dizaines de militant·es réuni·es à Marseille pour le coup d’envoi national du mouvement Thousand Madleens, fin août, certain·es partiront peut-être pour Gaza, dans moins d’un mois. Sophie, 31 ans, n’a pas hésité à se porter volontaire. Elle connaît les risques de voir la flottille arraisonnée par Israël avant d’atteindre les côtes gazaouies, mais croit à la « mission » du Thousand Madleens et « au fait qu’elle puisse atteindre son objectif », briser le blocus à Gaza.


Tous les scénarios sont cependant envisagés, et les équipes y sont préparées par divers partenaires, comme Reporters sans frontières (RSF), Médecins sans frontières (MSF) ou un haut gradé de la marine, spécialiste du Moyen-Orient. En mai, un bateau de la flottille de la Liberté avait été attaqué par des drones israéliens en eaux internationales, au large de Malte.
Quand elle parle de la Palestine, les larmes montent aux yeux d’Hannan. Son sourire, lui, s’illumine. À 51 ans, elle pourrait rejoindre un des bateaux de la flottille comme skippeuse.
Navigatrice expérimentée, elle a d’abord mis son expertise au service de l’achat et de la préparation des bateaux, avant d’envisager de prendre elle-même le large. Depuis, Hannan « traverse des moments de peur et des moments d’évidence ». Ses convictions sont, elles, inébranlables et son cœur, « tout le temps là-bas », dans la bande de Gaza.

 

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