Du CORPORATISME ... journalistique

Publié le par FSC

 

 

Dans notre pays, le corporatisme est une vieille histoire qui s’enracine dans les corporations médiévales où boulangers, tisserands, forgerons, etc. fixaient les règles de travail, de formation, et de prix dans une logique une logique de monopole collectif. Le sens du terme a évolué de façon péjorative avec l’émergence de la notion d’intérêt général auquel s’opposait le corporatisme accusé de donner la priorité aux intérêts d’une profession organisée. L’accusation est aujourd’hui quasiment insultante. Ce qui n’empêche pas de corporatisme d’être particulièrement vigoureux dans toutes les professions.

Nous venons d’en avoir deux jolis exemples avec l’épisode de Raphaël Enthoven déclaré persona non grata un festival littéraire de Besançon et la séquence provoquée par le dévoilement des connivences, voire complicités avec un parti politique, de deux journalistes officiant sur le service public et par conséquent tenu à l’impartialité et au devoir de réserve.

En ce qui concerne l’éviction de Raphaël Enthoven, celle-ci a été motivée par ses prises de position de soutien sans faille au génocide commis par Israël en Palestine. Ponctuées par une déclaration particulièrement infecte à propos des 200 journalistes assassinés par Israël à Gaza. Les organisateurs avaient jugé que cette présence n’était pas souhaitable, en raison de l’émotion et des troubles qu’elle aurait pu susciter.

Naturellement ce fut immédiatement une levée de boucliers chez les soutiens habituels des exactions israéliennes, assortie de l’anathème habituel à la fois grotesque et odieux, qualifiant la mesure d’antisémite. « Raphaël Enthoven était exclu parce que juif. » C’est devenu une forme de routine et qui ne mériterait même pas d’être relevée, s’il n’y avait pas le danger de cette manipulation qui finalement présente les horreurs commises à Gaza comme étant « d’essence juive ». Fidèle à lui-même et à la mission qu’il s’est assigné, le CRIF dénonça « cette atteinte à la liberté d’expression », en oubliant opportunément ses constantes interventions pour exiger la censure de Rima Hassan ou de Houria Bouteldja ou ses démarches auprès des libraires pour exiger le retrait de leurs étals des livres qui lui déplaise.

Mais ce qui fut curieux, ce sont les réactions dans le monde de la littérature en général et chez les écrivains en particulier. Y compris parmi les opposants farouches à ce que fait Israël. Qui apportèrent leur soutien au militant pro Nétanyahou au nom de la liberté d’expression, et en particulier de celle des écrivains qui devraient bénéficier d’une forme de passe-droit. Et on a pu constater avec surprise que le statut d’auteur de livres à prétention littéraire valait sauf-conduit et exonération de toute responsabilité politique. « Raphaël Enthoven a écrit un livre sur sa mère, donc pas le droit de ne pas l’inviter à un salon ».

Ce corporatisme particulier n’est pas nouveau. Rappelons-nous ce qui s’est produit à la Libération au moment de la condamnation à mort de Robert Brasillach. Plusieurs écrivains incontestables résistants, étaient intervenus derrière François Mauriac pour tenter d’obtenir du général de Gaulle la grâce de Brasillach. Démarche finalement assez stupéfiante pour sauver un personnage qui s’était vautré dans la trahison et de la pire des façons. Dans le même temps où les Français libres se faisaient tuer à Bir Hakeim, et où « l’État français » se mettait au service du nazisme en organisant la rafle du Vel’ d’Hiv’, il écrivait cette ignominie atroce : « L’archevêque de Toulouse proteste contre les mesures prises envers les juifs apatrides en zone non occupée et accuse le gouvernement du Maréchal de suivre des inspirations étrangères ! Il parle de brutalités et de séparations que nous sommes tous prêts à ne pas approuver, car il faut se séparer des juifs et ne pas garder de petits, l’humanité est ici d’accord avec la sagesse ». Le même Brasillach avait commis une « Histoire de la guerre d’Espagne », dans laquelle il justifiait tous les massacres franquistes avec la seule réserve de l’assassinat du poète Federico Garcia Lorca. Corporatisme quand tu nous tiens…

Pendant ce temps Bernanos homme de droite catholique, écrivait « Les grands cimetières sous la lune ». Et pour refuser la grâce Charles de Gaulle disait : « Dans les lettres, comme en tout, le talent est un titre de responsabilité. ». Enthoven n’en a aucun, et bien évidemment la période n’est pas celle de la Libération, mais cette exigence d’une impunité intellectuelle pour les horreurs que l’on profère quotidiennement n’est pas acceptable. Et dans une solidarité déplaisante, pleurnicher sur son sort au nom de la liberté d’expression est au fond assez indigne.

Toujours en matière de corporatisme, il y a eu la jolie séquence qui nous a été donnée par la publication de l’accablante vidéo de la rencontre de deux journalistes du service public avec des représentants de la direction du parti socialiste. En renvoyant à nos propos publiés dans ces colonnes, on ne reviendra pas en détail sur les faits et ce qu’il faut en penser. C’est de moindre importance que l’affaire Enthoven et cela n’a été qu’une confirmation de qui sont Patrick Cohen et Thomas Legrand. Deux « journalistes » du service public sur lesquels pèsent normalement une obligation impérative d’impartialité dans l’exercice de leurs fonctions et un devoir de réserve général dans leur expression publique. Tout le monde sait bien et depuis longtemps que nous avons affaire à deux militants fermement décidés à défendre les causes politiques qu’ils ont choisies. D’ailleurs, Internet n’oubliant rien, on voit passer un florilège de prise de position précédente particulièrement accablantes, de nos duettistes.

Leurs réactions ont été risibles. Tout d’abord Patrick Cohen a annoncé martial qu’il allait déposer plainte pour atteinte à la vie privée et qu’il entendait également poursuivre tous ceux qui relaieraient la vidéo. Bigre ! La connaissance de l’article du Code pénal invoqué (226-1) et de sa jurisprudence permet de qualifier la démarche d’esbroufe. Et que dire des explications confuses et embarrassées du pauvre Thomas Legrand.

Cependant et comme d’habitude levée de boucliers dans une partie de la caste journalistique. D’abord pour des raisons de réflexes corporatiste, on ne touche pas aux confrères. Même si cette confraternité peut être qualifiée de « haine vigilante ». Mais au-delà de ce réflexe, ce qui est en cause c’est le système, celui qui permet du haut en bas de cette profession d’aller à la soupe. La presse française, totalement asservie à l’oligarchie et à son fondé de pouvoir installés à l’Élysée, est une des pires du monde. L’information portée à notre connaissance par la diffusion de cette vidéo, a fait apparaître l’importance du « projet Glucksmann ». Emmanuel Macron en bout de course politique, que plus personne n’écoute, internationalement ridicule, ne peut pas se représenter en 2027. Alors le bloc élitaire imagine plusieurs solutions et Raphaël Glucksmann représente l’hypothèse socialiste : « un autre Macron est possible ». Tout ceci est validé d’abord par la personnalité des deux « journalistes » et ensuite, la présence de deux dirigeants du PS.

Normalement cette séquence aurait dû être catastrophique et entraîner le départ immédiat des duettistes du service public. Au contraire, la profession journalistique s’est immédiatement transformée en forteresse pour banaliser et travestir l’épisode en réclamant l’impunité pour les fautifs. La routine quoi.

Comme le reste, la morale publique française est à la dérive.

 

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